On donne probablement beaucoup trop de crédit à la télévision anglaise pour son originalité, en particulier quand on regarde la quantité de séries policières génériques produites dans le pays. Malgré cela, il est indéniable que le petit écran britannique nous offre ponctuellement une série qui nous prend au dépourvu.

Aucune ne l’a fait de façon plus radicale qu’Utopia ces dernières années, et ce, dans tous les sens du terme. Annulée après deux saisons, cette création de Dennis Kelly est rapidement devenue culte de par ses ambitions et, malheureusement, sa confidentialité.

L’histoire nous entraine auprès d’un groupe de personnes qui n’ont rien d’autre en commun que leur passion pour le graphic novel The Utopia Experiment. Ils ne voulaient que lire la suite de cette bande-dessinée qui les captivait et ils se sont alors retrouvés pris au cœur d’une conspiration menée par des personnes sans scrupule qui tuent avec une facilité déconcertante et avec beaucoup d’imagination.

Voici donc 5 bonnes raisons de plonger dans le monde étrange d’Utopia :

1. Où est Jessica Hyde ?

Sorte de catchphrase de la saison 1, où est Jessica Hyde ? n’est que l’une des premières questions que l’on nous pose et elle est loin d’être la dernière qui nous vient en tête quand on regarde Utopia. Comme tout bon thriller conspirationniste qui se respecte, la série nous immerge dans son univers en multipliant les inconnues et en forçant les protagonistes à partir à la recherche de réponses pour sauver leur peau.

En deux saisons, les révélations ne manquent pas et elles commencent à arriver dès la première moitié de la saison 1. En seulement 12 épisodes, Utopia nous tient en haleine et parvient toujours à nous surprendre avec une explication étonnante ou une trahison. Surtout, elle sait poser les questions qu’il faut pour ne pas nous laisser une seconde baisser notre garde.

2. À la vie à la mort et plus encore

Dans le registre des questions, Utopia n’a justement pas peur d’en poser qui nous pousse dans un débat éthique complexe. Une fois que l’on sait ce qui se joue réellement, Dennis Kelly a l’intelligence de ne pas adopter une approche manichéenne, laissant ainsi ses personnages douter et nous avec.

Au cœur du show s’installe alors progressivement un véritable dilemme fortement bien argumenté au sujet de la sauvegarde de l’espèce humaine et, surtout, de la manière de l’assurer. Le scénario va assez loin dans son exploration du sujet, mais n’offre jamais un seul point de vue et nous laisse toujours avec de quoi réfléchir.

Utopia - Saisons 1 et 2
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3. L’erreur humaine

Utopia a peut-être l’apparence d’un thriller conspirationniste sous acide, c’est avant tout un observatoire de la nature humaine dans lequel chaque protagoniste se voit fixer une limite pour pouvoir mieux la franchir afin de servir une cause qui est beaucoup plus grande qu’eux.

Ils sont tous, d’un côté comme de l’autre, forcés de confronter leurs peurs et les erreurs qu’ils ont commises, devant alors prendre des décisions qui les changeront tous à jamais.

4. Couleurs saturées pour violence exagérée

Une chose qui frappe immédiatement quand l’on plonge dans l’univers d’Utopia, c’est sa photographie détonante et la banalité de sa violence. Indéniablement destinée à un public adulte, la série possède une approche cinématographique très poussée qui est ici accentuée par une stylisation qui favorise les couleurs vives et les contrastes.

L’idée semble d’ajouter une pointe de surréalisme qui rend la barbarie dont font preuve certains personnages plus surprenante. Meurtres et tortures ne sont jamais excusés, mais la mise en scène les intègre dans le récit de manière organique qui les rend tolérables et presque nécessaires. L’approche est certes légèrement controversée, mais elle sert le show de façon inattendue et avec une efficacité effrayante.

5. L’esprit comic books

Pour beaucoup de personnes qui ne lisent pas de comic books ou de bandes-dessinés de manière générale, les histoires de super-héros génériques ont plus ou moins établi un standard qui ne représente pas réellement l’intégralité de la production. Comme l’adaptation de Preacher, Utopia se propose de rectifier cela en nous plongeant dans un monde coloré et violent où l’esthétique léchée est au service de l’histoire.

Dennis Kelly n’adapte pas un comic book, mais il en utilise un pour construire les bases de son univers et développer sa mythologie, rendant alors un bel hommage à ce médium qui est plus riche et varié qu’on ne lui en donne le crédit.

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Pour terminer, il ne serait pas honnête de recommander Utopia sans parler de sa fin. Annulée après deux saisons, l’histoire était arrivée à un tournant, mais n’était pas vraiment complète.