Californication a-t-elle encore quelque chose à raconter ?

2 Mar 2013 à 10:07

Californication (saison 6)

Quand Californication fut lancée durant l’été 2007 sur Showtime, la série avec David Duchovny se proposait de poser un regard décalé sur le monde artistique de Los Angeles, avec une grosse touche de mélancolie et de sensibilité.

En ce temps-là, Hank Moody se noyait dans ses vices non pour coller au style de vie d’un milieu qui ne connecte plus avec la réalité, mais pour oublier un tant soit peu ses démons personnels. La nature maniaco-dépressive de l’auteur nourri au rock grunge sera d’ailleurs la source de beaucoup d’introspection et de réflexion sur le monde qui l’entoure et, tout particulièrement, sur la culture des paillettes de Los Angeles.

Derrière son comportement provocateur, Moody était parfait pour fournir un regard critique sur les dysfonctionnements de la société et des autres « artistes » proclamés. Si le show n’a jamais tenté de nous entrainer vraiment dans le processus créatif de son protagoniste, Hank bloguait au départ pour nous signifier le mal-être de ses compatriotes ou leurs désillusions les plus profondes.

Californication a naturellement évolué au fil des années, continuellement habité par l’histoire d’amour entre Hank et Karen sa muse ou entre l’écrivain et sa fille Becca. Les deux femmes de sa vie ont poussé Moody à prendre les bonnes comme les pires décisions, et elles ont toujours été ce qui justifiait le combat psychologique qu’il pouvait mener.

Hank est un écrivain avec des doutes, un aimant à femmes qui se retrouve pris régulièrement dans les pires situations et qui, comme le show le démontrera, semble plus ou moins incapable de progresser ou de se sortir de la mélasse dans laquelle il est. Il est bien souvent passif face à un défilé de personnages hauts en couleurs qui nous offrent un aperçu peu glorieux du milieu dans lequel évolue Hank. Les excès dominent l’univers de Californication, peuplé de gens irresponsables, stupides, vulgaires, excentriques (ou fous !), narcissiques, mégalomaniaques, dangereux et j’en passe. La nonchalance de Moody a toujours su entrainer un bon nombre de rires et même aujourd’hui encore, la série a de la ressource.

Californication est en fait arrivé à un point où elle utilise les mêmes ressorts pour fournir des situations aussi drôles que déjantées. Cependant, alors qu’elle était avant une caricature de ce monde artistique, elle est maintenant une description grossière dénuée de tout propos.

Pire que tout : les personnages sont tout simplement incapables d’aller de l’avant. Dès que le show donne le sentiment qu’il va y avoir une évolution, on finit toujours par revenir au point de départ ; c’est à se demander si Tom Kapinos lui-même n’a pas abandonné ou s’il faut y voir un message sur la nature humaine et son refus de changement. Malheureusement, il faut reconnaitre qu’arriver en saison 6, c’est assez dommageable.

Ce que Californication tentait de faire et de dire lorsqu’elle a été lancée s’est donc dilué au fil du temps. On pourrait au fond déclarer que la série n’a pas su s’arrêter au bon moment, et pour être précise à la fin de la saison 4 — qui donnait la sensation de clore vraiment un chapitre.

On ne peut pas dire que depuis la saison 5, le show a changé de ton ou quoique ce soit d’autres. Elle fait toujours la même chose et elle se laisse encore suivre, avec ses bons épisodes, ses blagues de mauvais goûts qui fonctionnent ou non et malheureusement, Becca – peu aidée par le jeu exécrable de son interprète.

Quand une série arrive à ce stade, ce n’est pas rare qu’elle se soit éloignée de son point de départ ou qu’elle ait perdu un peu de son sens. Certaines rebondissent à leur façon. Même si Californication n’est plus ce qu’elle était, on peut se demander finalement ce qu’elle est, si ce n’est les tribulations d’une bande d’amis et d’amants tous aussi instables les uns que les autres. Ce n’est pas la pire des choses, mais ce n’est pas non plus ce qu’il y a de mieux.

Californication est donc devenu un show qui est divertissant et qui se suit aussi par simple fidélité. Quand cela fait 6 ans que l’on côtoie des personnages, il y a une part d’affectif qui ne peut être totalement oublié et qui justifie souvent que l’on reste plus longtemps que l’on ne le devrait à leurs côtés. Perdu dans ses dérives, le show de Tom Kapinos n’a plus grand-chose à raconter, mais a un don étrange pour, sans prévenir, délivrer un épisode poétique, nostalgique ou empreint d’une touche d’émotion comme il faut, qui redonne de l’espoir.

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