Hank Moody, auteur désillusionné pour série en fin de vie

Hank Moody

Dans quelques semaines, Californication arrivera à la fin de sa septième et dernière saison. À ce stade, il semble indéniable que l’arrivée d’une conclusion sera bienvenue, car Tom Kapinos n’a visiblement plus rien à raconter avec son show. D’ailleurs, ses personnages avancent plus ou moins en mode automatique, quelque peu blasés et abrutis par ce qu’est devenue leur existence.

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Certains diront surement que Californication était destinée à s’achever dans une certaine forme de vacuité, celle qui constituait le trou noir qu’Hank passa des années à tenter de fuir, mais dont l’attraction se montrait toujours plus importante. Néanmoins, il fut un temps où la série avait des thématiques à approfondir et il aurait été pertinent qu’elle s’arrête avant que cela ne soit plus le cas. Trop tard.

Quoi qu’il en soit, si la dépravation qui semblait définir accidentellement le quotidien d’Hank Moody était une distraction qui a poussé du monde à ne retenir que la dose de légère vulgarité ambiante que le show n’a jamais cessé de distiller, il y avait vraiment plus à voir. En fait, Californication s’est efforcée de nous parler d’art.

Tout débuta avec l’histoire de ce romancier à la dérive qui a perdu son inspiration et qui s’enferma dans son Enfer personnel, entre alcool, drogue et sexe. Tout ça pour soigner une dépression latente et la peur de ne plus pouvoir créer après que son œuvre majeure lui ait été enlevée pour être diluée et formatée afin d’être plus consommable par la masse. Hank était un auteur orphelin qui luttait pour reconnecter avec lui-même.

Au fil des saisons, il n’a alors pas cessé de naviguer autour de pseudo-artistes, créateurs d’une médiocrité pour laquelle ils étaient célébrés. Au milieu, il trouva quelques génies et parvient occasionnellement à retrouver une part de lui. Tom Kapinos en profita pour explorer plusieurs formes d’arts, de la littérature à la musique, en passant par le cinéma pour atterrir finalement à la télévision. Les commentaires qu’il nous sert ne sont jamais très glorieux. Les égos répugnent et l’argent corrompt, alors que l’art en lui-même demande une inspiration qui est toujours plus étouffée.

Arrivée à la saison 6, Hank apparaissait être simplement résolu à prendre les dollars qu’on lui offrait pour exercer son art, son aventure dans l’industrie hollywoodienne ayant tué en lui les dernières illusions créatives qui lui restaient. Désormais scénariste pour la télévision, il parait penser qu’il a juste touché le fond. Kapinos l’a d’ailleurs entouré de névrosés, narcissiques et autres créatifs qu’il ne semble pas capable de définir autrement qu’à travers leur médiocrité. C’est finalement assez pathétique de voir un auteur jeter un regard si blasé et quelque peu désespéré sur un business qui lui a permis de s’exprimer et d’être entendu. Cela a duré trop longtemps pour lui, pour Hank et pour Californication.

D’un autre côté, il cible ouvertement la fameuse série qui aurait pu voir le jour, cette suite au Flic de Beverly Hills, le genre de show que Kapinos craint certainement de devoir faire à présent. On pourrait presque penser que cette saison 7 est un cauchemar qu’il tente de tuer avant qu’il ne puisse devenir une réalité, mais c’est probablement également une manière pour lui d’exorciser ses mauvais souvenirs de l’époque Dawson’s Creek – ce qui n’était pas ce qu’il voulait faire en rejoignant l’industrie, mais cela payait. Dans la writers’ room de Santa Monica Cop, Hank ne semble jamais à sa place, mais il continue à faire son job pour l’argent et la stabilité – surtout pour l’argent. Le fait est qu’il traite son travail avec peu de respect et d’intérêt, écrire n’étant pour lui qu’une façon d’obtenir un salaire.

Que reste-t-il donc à sauver à ce stade ? L’amour, bien entendu. Californication se doit d’apporter à Hank et Karen une conclusion, ils la méritent. Forcément, il faut gagner du temps et tout ce que l’on nous sert ne ressemble alors qu’à une large distraction. À la fin de la saison précédente, Hank avait choisi de tout laisser tomber pour rejoindre Karen. C’était une bonne chute, mais un mauvais début pour ce qui était à venir. Karen ne pouvait pas être là pour accueillir Hank comme elle était censée le faire, on recule donc pour mieux sauter.

Pour patienter jusqu’au season finale, on navigue dans la médiocrité et on enchaine les clins d’œil faits aux grandes heures de la série, ces instants passés qui ne sont désormais plus qu’un carburant pour nostalgique. Hank aura certainement sa fin heureuse, mais Californication s’est réellement terminée il y a un bon moment maintenant, tout ce qui nous reste est un épilogue qui peine à maintenir en vie la flamme.

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