Le genre policier est assurément très populaire, qu’il soit sur papier ou à l’écran. Chaque série se doit d’avoir son propre style et/ou sa propre formule pour se démarquer. L’originalité n’est pas forcément visible au premier coup d’œil, saisir les nuances demande plus souvent qu’on ne l’imagine un minimum d’investissement. Après, bien entendu, rien ne pousse à adhérer à la marque de fabrique de la série, mais c’est un autre débat.

La particularité de The Mentalist se trouve donc sans discussion dans son titre : c’est Patrick Jane. Un fait qui se trouve encore plus accentué au sein de la saison 3 actuellement en diffusion aux USA, au vu de la place ridicule qu’y occupe Cho, Rigsby et Van Pelt. Seule Lisbon conserve un statut quasi égalitaire avec l’homme qui fait allumer le poste de télévision pour regarder la série. C’est quelque peu dommage, il faut bien le dire, les personnages ne méritent aucunement cela (bien que je n’ai aucune sympathie pour Van Pelt !), mais cela illustre sans détour le fait que la série ne s’est aucunement bâtie sur son groupe d’agents du CBI avec un consultant, mais bien sur un mentaliste travaillant avec le CBI.

Ce qui m’a tout de suite séduite chez Patrick Jane est sans aucun doute que malgré la tragédie qui l’a frappé – le meurtre de sa femme et de sa fille -, le personnage s’est tout de suite révélé à nous comme un homme qui n’avait pas perdu goût à la vie, ou en tout cas qui ne s’est pas noyé dans une noirceur sans fin. Non, Jane est un homme souriant, et de par ce fait, il suscite une sympathie qui est presque anormale.

Patrick Jane est un manipulateur sans fin, et le style du personnage en est l’expression même : la consommation de son thé, un goût vestimentaire chic, de belles dents blanches. Il n’est pas bien compliqué de s’attacher à cet homme, et même de lui pardonner bien des faux pas… Ou bien des comportements dépassant les limites de la bienséance.

Le tour de force du personnage est que derrière sa maitrise et sa manipulation, la noirceur qui au premier regard parait absente se trouve bel et bien là. Ses entourloupes dépassent clairement le drame qui l’a frappé, mais à l’image de Monk, il n’est pas bien difficile d’en conclure que Red John n’a fait qu’amplifié les traits de caractère de Jane, un homme qui a un sens de la justice fort personnel, se préoccupant bien peu des techniques tant qu’il parvient à ses fins, quitte à heurter les autres de plein fouet.

De Patrick Jane émane une complexité qui étoffe la série d’une façon inestimable. Plus le show progresse, plus il plonge dans l’introspection de son personnage principal, décidé à affirmer ce qui le dévore de l’intérieur, ayant d’ailleurs clairement orienté ce début de saison 3 sur sa soif de vengeance. Son comportement à la fois joviale et borderline nous divertit, mais ce sont ses motifs et ce qui le pousse à agir ainsi qui démarquent la série de ses consœurs, tendant à placer The Mentalist au dessus d’un bon lot de séries policières que je regarde. Il y a une fascination pour son personnage principal qui en ressort, une habilité scénaristique à jouer sur différentes cordes, nous entrainant dans le même chemin que le personnage, malgré un sens de l’amoralité discutable. Finalement, le spectateur est peut-être Lisbon, croyant stupidement à une certaine influence sur Jane, une idée qui parait bien naïve pour la jeune femme, et dont il est difficile de savoir si elle cherche à le convaincre ou à se convaincre elle-même qu’elle pourrait le moment venu l’arrêter. Comme avant que cela n’arrive, du temps va s’écouler, il y a largement le temps de croire que c’est possible, et c’est peut-être cela qui maintient l’espoir. Patrick Jane est un homme déterminé à coincer les coupables, mais c’est aussi un homme qui a besoin d’être sauvé de lui-même et cette idée-là est à la fois effrayante et attrayante, laissant croire que c’est possible, tout en pointant continuellement l’idée que c’est voué à l’échec.

Derrière le sourire du mentaliste se cache donc toute l’ambivalence de la série, et ce qui fait à mes yeux son succès créatif.