The Walking Dead débarque sur AMC, adaptation du comic book au titre éponyme, et nouvelle occasion de se pencher sur le passage du papier au petit écran, et de ces moments où la vie du spectateur et celle du lecteur se rencontrent, pour le meilleur et pour le pire.

Si je me suis dit que j’allais aborder la question, c’est surtout qu’au visionnage du pilote de The Walking Dead, je me suis demandé : « Et si on me demandait s’il était préférable de lire la BD avant de regarder la série, quelle aurait été ma réponse ? ». Pour tout dire, avant de voir une seule image, j’aurais forcément répondu : « Comme tu veux, ce n’est pas une obligation. » Comme tout, il ne sert à rien de se forcer, et si à la base, rien ne vous branche dans l’œuvre d’origine, il ne m’apparait pas judicieux de mettre le nez dedans, car quelqu’un a décidé de mettre des images sur des mots.

Surtout, l’œuvre télévisuelle reste indépendante de la version papier. Certes, sans avoir lu le livre, on ne peut pas déterminer s’il s’agit d’une bonne adaptation, mais l’essentiel est de pouvoir dire si c’est une série de qualité. Bien entendu, quand on a lu, la critique en sera forcément influencée, on peut faire ce qu’on veut, mais pour peu qu’on se souvienne de l’œuvre papier, difficile de ne pas en tenir compte, en tout cas pour un pilote – ou pour une mini série.

Je reviens alors à The Walking Dead, qui ne se dote pas de la forme d’une mini-série, mais qui sera construite pour durer. S’il n’y a que 6 épisodes, la chaine ne souhaite assurément pas s’arrêter là, autrement, elle aurait fait une mini. Pour le coup, il apparait presque judicieux de ne pas lire, en tout cas au départ, le comic. Au visionnage du pilote, j’ai presque eu un léger regret, me questionnant sur la perception que j’aurais eue de l’épisode si je n’avais pas lu la BD. Dû à ma consommation de séries télévisées, il se trouve que la bande dessinée franco-belge et américaine est ce que je consomme le plus en termes de lecture. Le temps a en tout cas démontré que cela s’adaptait fort bien à mon style de vie, et comme j’aime ça, il n’y a pas de raison de se priver. The Walking Dead a donc croisé ma route il y a déjà quelque temps maintenant, en tout cas, bien avant que AMC n’annonce la commande de la série. Ainsi, en tant que lectrice de la BD – entre nous, je n’en avais que faire qu’ils adaptent la série, celle-ci n’appartenant aucunement à mes lectures préférées -, un élément majeur s’impose : il y a nécessité de prendre des libertés pour que la série puisse vivre et s’épanouir loin de l’œuvre qui lui sert de point de départ.

Robert Kirkman – l’auteur – a lui-même conseillé que la série s’éloigne du comic book, pour que le lecteur-spectateur puisse y trouver son compte. C’est un point de vue que je partage. Attention, cela ne s’applique pas forcément à une mini-série, le format court étant clairement le plus adapté pour fournir une fidèle adaptation – plus long qu’un film, mais avec un nombre d’heures limité permettant de venir au bout de l’œuvre. Après, la fidélité dépend de multiples paramètres, dont l’interprétation de chacun. Soit dit en passant, une mauvaise adaptation n’aboutit pas forcément sur quelque chose de mauvais, je tiens quand même à l’écrire. Dans le cas d’une série, c’est un autre business, car elle se doit de durer, et pour cela, elle doit pouvoir trouver sa propre route.

The Walking Dead nous a offert un pilote on ne peut plus fidèle à sa version papier, et va, sûrement très rapidement, prendre ses distances. Pour le bien de la série. C’est là que s’effectue le dur travail d’adaptation, où il faut retranscrire l’esprit de l’œuvre, tout en s’éloignant d’elle pour s’affirmer. Ce n’est clairement pas la tâche la plus aisée au monde.

Après, justement, il existe autant de spectateurs qu’il existe de lecteurs. Les fans de Legend of the Seeker savent assurément cela ! Il se trouve que j’ai simplement dû lire 60 pages du livre, suffisamment en tout cas pour savoir que c’est franchement différent, et pour en être on ne peut plus satisfaite. Certains lecteurs n’ont clairement pas dû apprécier, je n’en doute pas une seconde. Mais, la vérité qu’exprime la série est que justement une adaptation littéraire est plus à destination de ceux qui n’ont pas lu – étant plus nombreux. Personnellement, je ne compte plus le nombre passé sous mes yeux, et il m’est d’ailleurs arrivé de les enchainer et de passer mon temps à dire/écrire : « Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai vu l’adaptation. »

L’adaptation est toujours un sujet épineux, car elle doit à sa façon parvenir à contenter le lecteur de la première heure (de la dernière aussi, tant qu’on y est) avec le spectateur non familier à l’ouvrage. La vérité est que ce dernier reste dominant est plus important. Comment faire monter les ventes de Sherlock Holmes si les 7.5 millions de téléspectateurs avaient lu les nouvelles/romans avant ? N’est-ce pas non plus aussi l’un des rôles de ces fameuses adaptations d’entrainer son spectateur vers le livre ? Le fait est que Sherlock se trouve être un bon exemple, la transposition à notre époque l’éloignant fortement de sa source, et devant alors conserver l’esprit de cette dernière sous une forme moins évidente, mais qui reste palpable – se montrant ainsi séduisante aux yeux de tous les publics.

À l’arrivée, il ne faut pas non plus se leurrer : on ne peut pas satisfaire tout le monde, et il y en aura toujours pour râler. Le fait est qu’il s’agit d’un obstacle à surmonter pour le scénariste en amont, qui finit par tomber dans les mains du lecteur en aval. Le non-lecteur, lui, n’en a que faire, étant complètement vierge et ne demandant qu’à obtenir une production qui le satisfait, qu’elle soit fidèle ou non a peu d’importance. Ainsi, il faut reconnaître qu’il est justement agréable d’être ce non-lecteur et que c’est sûrement lui qui a la meilleure place dans l’histoire.