Ce qu’en pensent les critiques de séries français … ou non

Par • Publié le : 15/11/2011 à 13:46 • 10 commentaires.

Être un critique de nos jours est devenu quelque chose de particulièrement compliqué. Nous sommes à une période cruciale où la profession est en pleine mutation, où son propre rôle est en train d’être redéfini, car internet a changé la donne. Aujourd’hui, plus besoin d’une carte de presse pour que son opinion puisse valoir quelque chose auprès d’un groupe de lecteurs. Aujourd’hui, vivre sur Paris donne accès à multiples projections de films, des premières de séries, des soirées, car sur le web, peut-être, un commercial a trouvé votre site et pense que vous pouvez lui faire de la publicité.

C’est alors le soulèvement de bien des questions sur le rôle du critique, sa place dans le média, et vers où il se dirige. Aujourd’hui, la presse professionnelle (papier ou virtuelle) se mélange avec les blogs, qu’ils soient influents ou non.

Sauf que … Sauf que, tout cela est merveilleux (d’une façon, cela l’est), mais où se trouve le critique de séries là-dedans ? Il est absent. Non pas qu’il n’existe pas, qu’il soit reconnu ou non, il est juste absent. Personne ne semble parler de critiques et personne ne se donne vraiment la peine d’établir un consensus. Pas que je suis pour le procédé, mais que pense véritablement la presse française du Mentalist ou des Borgia ou de la troisième saison de Breaking Bad ?

Il existe bel et bien une communauté sériephile. Elle vit à son propre rythme et l’une de ses plus grandes forces se trouve peut-être dans le fait qu’elle n’a pas besoin de vivre à Paris. Elle a accès à ce qu’elle veut, le plus souvent en allumant son poste de télévision. Pour cela, peut-être, son avis semble moins important. Pourtant, il n’y a pas de raison que cela ne soit pas le cas. Mais, le monde de la série télévisée semble actuellement (en tout cas selon ma boite mail) vivre au rythme du cinéma : quelques soirées pour des avant-premières de séries pour avoir un avant-goût, la présence de shows ou de scénaristes télévisuels dans quelques festivals. Pas que certains membres de la presse ne reçoivent pas tout ce qu’il faut dans leur boite postale, mais ce n’est qu’une minorité qui, sans trop prendre de risque à mon avis, vit à Paris.

Le problème est que la série ne dure pas deux heures, qu’elle ne se passe pas sur grand écran, qu’un avis n’est pas définitif après trois épisodes – surtout si elle en fait 22 – et que, pour autant, cela ne veut pas dire que le critique de séries n’a rien à dire ou à apporter. Au contraire. Tout art mérite ses critiques, car c’est la raison même de l’art. S’il n’y a personne pour admirer, à quoi bon ? S’il n’y a personne pour juger, où va-ton ? À une époque où tout le monde a une opinion, le critique a une valeur prépondérante.

Il y a plus de dix ans, les experts séries français comme Martin Winckler signifiait au mieux que les choses commençaient à changer, au pire se plaignaient des diffusions françaises et de l’absence de reconnaissance pour une œuvre qui peinait à faire son trou chez nous. 10 ou 15 ans plus tard, les choses ont changé. Pas forcément dans le bon sens. Il y a du monde sur internet pour parler séries télévisées, du monde au travail pour échanger. C’est ce qui est bien. Mais le critique, lui, semble perdu dans la masse, sa voix peinant à se faire distincte. Le critique de séries français est bien là, il n’y a pas de raison que cela ne soit pas le cas. À une époque où justement, dans multiples milieux culturels, on donne du poids à des personnes qui se sont exprimées sur internet et ont su fidéliser, la communauté séries télévisées – et par extension, à un certain degré, le critique – est toujours ignorée. Il apparaît quand même bien difficile de crédibiliser un art si on refuse de lui fournir ce qui le sort de son simple produit de consommation : un critique.

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Vos Commentaires

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  • Wilelmina |

    En France, la série est encore considérée comme un art populaire, de part ses origines (le feuilleton), son histoire (le soap), son médium de diffusion (la télévision, méprisée même par ceux qui la font, et très certainement par l’intelligentsia).
    Les changements sont lents, et les précautions oratoires de certains critiques en sont la preuve: “The Wire, c’est une série télé, mais c’est très bien”, “Boardwalk Empire, c’est une série télé, mais créée par Martin Scorcese”.
    Déjà deux institutions culturelles, Télérama et France Culture font de plus en plus de place aux séries, et pas seulement celles de HBO.
    Courage, ça vient!

  • balzane |

    Abonné à Télérama, j’apprécie leur effort envers les séries TV. Ce sont eux qui m’ont fait découvrir Breaking Bad ou Mad Men. Le problème pour les sériephiles c’est qu’ils n’en parlent qu’à partir du moment où la série est diffusée en France donc 1 an après la sortie US/UK ou parfois mieux avec quelques mois comme Game of Trones qui avait été rapidement acheté par Orange. Mais le décalage reste trop important.

    Télérama donne une critique des Borgias, mais elle reste globale et non épisode par épisode. Au passage une critique de cette série par Critictoo aurait été intéressante, non ? Allociné fait des efforts aussi en rassemblant critiques et sériphiles dans des tables rondes.
    Dans les grands média n’en parlons même pas quand on voit comment il traite le cinéma en lui servant la soupe plus qu’autre chose.
    A quand un Masque et le plume consacré aux séries ?

    La non reconnaissance du critique de série vient d’abord de la non reconnaissance des séries TV comme un art en tant que tel. Les séries frenchies ont longtemps été indigentes, sauf qq perles comme Les rois maudits. Canal + change un peu la donne, mais reste elle une chaine cryptée, engagée financièrement à soutenir le cinéma français (et pas les séries) et le foot, élitiste pour certains.

  • dupoint |

    Plaidoyer pro domo, dont je ne comprends pas l’intérêt. Les séries occupent de facto l’essentiel du paysage audio-visuel… et des conversations, et je ne vois pas en quoi il faudrait davantage les “crédibiliser” (?). Maintenant si la critique était vraiment fine, écrite dans une langue moins fautive, et surtout réellement pertinente, elle s’imposerait d’elle-même. Car, désolé !, même ici, ça ne dépasse pas le niveau du café du coin.

  • balzane |

    Faire une critique exhaustive de séries demande du temps, plus que pour le cinéma. Petit calcul : en 2010, 600 films sont sortis en France soit 1100 heures de visionnages, à 1h50 le film. Pour les séries, votre bilan saison 2009/2010 comprend 177 séries soit 2400 heures de visionnage à la louche (18 ep de 45mn). C’est vrai toute ne sorte pas à la TV en France mais il y a la VOD. Difficile pour un média non spécialisé séries de se payer des critiques pour autant d’heures.

    dupoint est un peu méchant mais n’a pas forcément tort. Evidemment Carole défend ici son bifteck. Certaines critiques de séries ici tiennent plus du résumé que de l’analyse de fond (mais ça me sert quand même quand je suis un peu largué dans l’épisode). Peut être faudrait-il se consacrer à moins de séries pour avoir le temps de les approfondir. Mais il y a certainement un problème de modèle économique. Comment rentabilisez-vous ce genre de site ? J’avais déjà posé la question… qui était restée sans réponse.

    C’est un peu la tendance avec internet, les forums, les blogs… la critique s’est démocratisée. Tout un chacun donne son opinion, sans qu’il soit nécessaire d’avoir des leaders d’opinion. C’est la problématique du journalisme en général.

  • morgannelle |

    Le calcul de Balzane est un problème inéluctable. On peux ajouter qu’un critique engagé sur une série qui bat de l’aile au fil de l’année aura quand même du mal à quitter le navire en cours de route pour se consacrer à une nouveauté plus prometteuse que ne le laissait présager son pitch.

    Et il y a la maladie franco-française de l’élitisme qui s’entête à mépriser ce qu’elle ne comprends pas. Tous le courant de la fantasy est piétiné, on dirait de l’obscurantisme moyenâgeux. Au mieux c’est traité comme un conte pour enfants et le critique ne fera que des contre-sens perplexes de psychologies de comptoir. “Game of thrones” a (enfin) secoué ce petit monde très sûr de lui mais je ne suis pas sur que l’onde de choc sera digéré. Quant à la SF, cinquante ans et ils n’ont toujours pas compris les clefs de lecture.

    Il y a aussi le flou total concernant la légalité …droit d’auteur …mondialisation … bla … diffusion psycho-timbré en France … grille de programme schizophrène qui mélange les patates et les bananes … face à cela le critique aura du mal à éviter la discussion politique.

    Au delà de résoudre cette absence de critique, il serait bon que les chaines TV et autres média reprennent leur métier au lieu de se cantonner à “diffuser” du contenu externe. Internet a déjà gagné cette guerre qui de toute façon n’est pas le coeur de métier des chaines. Les émissions qui entourait la diffusion des séries comme Temps X, club dorothée, la trilogie M6, les après midi séries, les speakerines, etc tout a disparu au lieu d’évoluer. Au contraire ils consacrent une part énorme de budget à acheter en externe des séries qui sont ensuite injecté en tant que bouches-trous dans la grille ou classé sans suite dans le catalogue VOD. Résultat il n’y a aucun présentateur ni aucun contenu pour donner une identité, ou guider le spectateur dans le contexte.

  • Fitz |

    De toute manière faire la critique d’une série épisode par épisode est totalement vain. Mis à part quelques oeuvres qui ont la richesse nécessaire tant dans le fond que dans la forme pour permettre d’en décortiquer chaque scène, la plupart des séries ne peuvent montrer des tendances (pour les séries feuilletonesques) ou des sujets (pour les séries à loners) que sur plusieurs épisodes.

    La critique est plus erratique que régulière. Difficile pour des shows à 20 épisodes à l’année de renouveler suffisamment leur matière pour justifier qu’on en parle chaque semaine.

    Sinon concernant l’article en lui même, il fait un peu écho à une mode actuelle qui voudrait que les avis de spécialistes (qui ont fait la guerre) prévalent devant ce media douteux et sensationnaliste qu’est Internet.

    Et il est d’ailleurs vrai que la sériephilie n’a pas clairement d’épicentre. Il n’est pas obligatoire d’habiter une grande ville où la capitale pour suivre ses séries. Et depuis que la fiction télé à gagner quelques galons on peut remarquer que les avants premières et autres évènements promotionnels se font plus nombreux. Comme si maintenant que l’élite reconnaît (du bout des lèvres) quelques qualités aux séries, il fallait élever le propos.

  • Nick |

    “De toute manière faire la critique d’une série épisode par épisode est totalement vain.”

    Je ne suis pas d’accord, de nombreux sites américains très sérieux proposent des reviews épisode par épisode de chaque série. Evidemment, c’est plus intéressant pour une série feuilletonnante que pour un procedural à la CSI, mais le fait est que c’est quelque chose de très répandu outre-Atlantique (L.A. Times, The AV Club, Aol TV, Hitfix, etc.) et ça n’empêche pas de faire à côté des articles avec plus de recul, sur le bilan d’une saison ou sur un thème précis (du type, “le nouveau rôle du père de famille illustré dans Modern Family et Up All Night”).

    Le problème, c’est que la France, si on la compare aux USA, n’a ni la culture série (on en est qu’aux tout débuts, ça fait 6-7 ans qu’on lit toujours les mêmes articles dans la presse traditionnelle qui nous expliquent que “les séries, c’est bien”), ni le paysage audiovisuel qui s’y prête avec son mode de diffusion.

    Peut-être qu’on “trouvera” la solution lorsqu’on parviendra nous-mêmes, français, à produire des séries populaires ET de qualité, à l’instar des Urgences ou Desperate Housewives. Entre le degré zéro d’un Camping Paradis et le côté déjà trop segmentant d’un Braquo (je prend des extrêmes volontairement), il doit bien exister un juste milieu où se situe déjà une sympathique comédie comme Fais pas ci, fais pas ça, par exemple.

    Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression qu’il y a toujours un gros frein qui empêche la réelle reconnaissance des séries parce que l’offre française fait pâle figure comparé à ce que propose le “french cinema” (et là je ne parle pas du dernier film de Kad Merad ou de Camping 2 bien sûr). On applaudit les Mad Men et Sur Ecoute pour “faire bien” mais au fond de soi, on continue de cracher sur la télé (en mélangeant tout, par ignorance évidemment).

    • dupoint |

      Je trouve qu’il y a bcp de paranoïa dans les réactions : contre une certaine “élite” (???), contre l’attitude ultra-cliché qui voudrait qu’on crache les séries face au cinéma… Il y a belle lurette que tout cela est dépassé…

  • Fitz |

    Pour moi c’est totalement vain de reviewer chaque épisode d’une série puisqu’à partir d’un moment (quand la série dépasse les 40 épisodes) , il me semble difficile pour les scénaristes de ne pas raconter quelque chose qu’ils n’ont pas déjà fait (au mieux une variation) . Je ne vois pas trop l’intérêt de reviewer un CSI, NCIS, House, Castle et autres formula show (ça ne veut pas dire que je déprécie ces séries là) . Mis à part rabâcher ce que l’épisode à montrer, j’ai du mal à croire qu’il puisse y avoir une analyse de fond suffisamment intéressante pour justifier d’en parler hebdomadairement.

    Dupoint, tu dis “…qui voudrait qu’on crache (sur ?) les séries face au cinéma…”

    Parce que mis à part dans le microcosme des sériphiles, pour beaucoup de personnes du milieu la télé c’est caca. Au pire on fait ça pour gagner quelque sous (parce qu’on est surtout des gros crevards et qu’il faut bien payer les factures) . Mais Ô malheureux, on ne regarde pas la télé ! Et on ne parle surtout pas de séries, mais plutôt de films. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes !
    Par exemple la politique de fictions de Canal montre parfaitement à quel point ses dirigeants s’en battent les steaks de faire des séries. Ils veulent faire du cinéma à la télé. Pour eux ça marche, tant mieux. Mais bon, ça leur coûte toujours une blinde de tourner quelques pauvres épisodes.
    C’est pas tellement un cliché. (en tout cas je ne pense pas)

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