Comment The Killing est devenue une bonne série

29 Juin 2013 à 14:28

The Killing - Saison 3

Avant le retour de The Killing pour sa saison 3, j’écrivais que la série méritait le coup d’œil juste pour ses deux têtes d’affiche, Mireille Enos et Joel Kinnaman. D’un point de vue scénaristique, les deux premières saisons souffraient de gros problèmes qui pouvaient laisser songeur sur ce qui était à venir. Pourtant, après 5 épisodes, on peut commencer à tirer les premières conclusions et celle qui s’impose à ce stade est que le show est officiellement devenu bon.

À mes yeux, le problème de The Killing se trouvait dans son matériel d’origine, dans le fait qu’il s’agissait d’une adaptation de l’excellente série danoise Forbrydelsen. Les responsables du show américain n’avaient pas su reprendre les composants narratifs pour se les réapproprier.

Les deux premières saisons de The Killing – pour un total de 26 épisodes – sont consacrées à l’affaire Rosie Larsen, qui est alors l’équivalent de l’enquêté Nana Brik Larsen dans la saison 1 de Forbrydelsen, développée sur 20 épisodes.

La série danoise, disons-le, devait beaucoup à son enquêtrice, interprétée par Sofie Gråbøl, que l’on découvrait particulièrement obsessionnelle au point de prendre de gros risques, de même que de s’isoler des autres. Forbrydelsen était une production haletante avec une bonne gestion du suspense, malgré une tendance à abuser un peu des retournements de situations par moment. Elle développait trois points de vue – la police, la politique et la famille – qui imposaient dès lors des enjeux particuliers, soulevant de chaque côté différentes problématiques. Le meurtre de l’adolescente devenait ainsi plus qu’un crime, c’était une croisade pour les enquêteurs, une tragédie pour ses proches et un problème de société pour les politiciens.

Ce qui fut alors frappant avec la version américaine était que l’équipe créative semblait être passée totalement à côté de cela. Les scénaristes n’y ont vu qu’un mystère à la Laura Palmer, pensant que le téléspectateur n’avait besoin d’être accroché que par la recherche du coupable. Aucune attache quelconque ne fut développée avec la victime et Rosie Larsen resta, quasiment d’un bout à l’autre, une morte au lieu de devenir une jeune femme dont la vie avait été tragiquement écourtée. De ce fait, la partie familiale aura beaucoup peiné et alourdit le récit à un certain niveau.

Du côté de l’investigation, comme de la politique, la première saison de The Killing marchait dans les pas de la série danoise, en faisant des détours. Cela donna le jour à une enquête policière inconsistante avec deux enquêteurs qui semblaient dénués de logique ou d’instinct. Le but était souvent de mener à un certain point, mais de tenter de prendre une route différente pour y parvenir. C’était juste mauvais. Quant à la partie politique, la géographie s’était dès le départ chargée de réduire à néant son intérêt, passant de Copenhague à Seattle – soit de la capitale d’un pays à une ville américaine n’ayant pas du tout le même poids économico-social.

Pourtant, The Killing  restait une série avec du potentiel, car dès qu’elle s’éloignait de l’originale, elle devenait bien meilleure. Il n’était alors pas trop surprenant que son duo de flics formé par Linden et Holder s’impose comme le véritable moteur du show. Lund était tellement iconique qu’il avait fallu prendre ses distances – et c’est ce qui fut fait en saison 1 pour totalement s’émanciper en saison 2.

À ce niveau-là, The Killing s’éloignait de façon plus concrète de Forbrydelsen, mais elle se construisait sur des bases instables. En somme, il fallait toujours résoudre le meurtre de Rosie Larsen et, par conséquent, c’était comme se trimballer des boulets aux pieds par moment. Une bonne chose en ressortira tout de même : grâce à cela, il ne s’agissait plus d’une simple adaptation, mais d’une série à part entière. D’une certaine façon, on peut presque voir la petite apparition de Sofie Gråbøl en début de saison 2 comme un symbole, avec la série américaine obtenant là la liberté de se détacher complètement de sa mère.

Arrivée en saison 3, The Killing peut donc laisser derrière elle tout ce qui n’allait pas dans ces deux premières saisons pour n’en conserver que le meilleur – soit la relation entre Linden et Holder et la météo de Seattle. Et c’est exactement ce qu’elle va faire.

Il n’est plus question d’adaptation, mais de créer de toutes pièces une intrigue qui trouvera sa conclusion à la fin de la saison. Créativement parlant, la série est libérée de tous les obstacles, choisissant finalement de ne garder que la structure de base avec les trois points de vue, mais en les modifiant. On suit bien évidemment toujours la police qui enquête sur un tueur en série qui s’en prend à de jeunes mineures. Cela nous entraine dans le monde de la rue où les adolescents tentent de survivre, mais aussi dans le couloir de la mort ; l’affaire est liée à une vieille enquête de Linden dont le coupable a été jugé et condamné à mourir ; seulement, au vu des récents évènements, il pourrait être innocent.

Le résultat est alors étrangement fascinant, avec des enjeux palpables et une véritable couche émotionnelle. La série ne se perd plus dans des détours inutiles, l’investigation suit une route logique qui aide à crédibiliser les personnages et l’environnement dans lequel ils évoluent. Linden et Holder ont tous les deux un background bien posé maintenant et les scénaristes réussissent à jongler entre leur travail et leur vie privée avec un grand naturel. Les jeunes de la rue se révèlent aussi attachants qu’ils peuvent être désespérés. Leur univers apparait aussi dur que le monde carcéral où se mélangent froideur et humanité avec les condamnés et les gardes.

Pour le coup, avec cette saison 3, The Killing est en train de devenir la série qu’elle aurait dû être dès le début. Elle possède un mystère qui soulève de nombreuses questions, elle explore des thématiques sociales qui donnent au récit de la gravité et un véritable poids émotionnel, le tout bien évidemment toujours mené à la perfection par Linden et Holder.

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