Je n’entre pas souvent dans les débats sur la qualité des productions françaises sur notre petit écran. Je m’en fiche un peu, et je trouve souvent les reproches gratuits et faciles. On tire sur l’ambulance avec plaisir. Et puis, ce serait trahir mon bel esprit, moi, qui n’en regarde quasiment pas, comment pourrais-je me permettre d’en dire du mal ?

Me voilà pourtant à y songer. Je viens de regarder Einstein & Eddington, dont Fabien a fait un avis plutôt positif. Je dois dire que j’ai été agréablement surprise. Avant tout, car je n’étais pas des plus enthousiastes, et qu’à l’arrivée, j’ai trouvé cela vraiment bon.

Que vient faire la production française là dedans, allez-vous me dire ? Parce qu’il n’y a pas encore si longtemps, avec les idées de grandeurs de notre président, on disait qu’il voulait faire de France Télévisions le nouveau BBC. Seulement, quelqu’un s’est-il arrêté sur la programmation de la chaine ? Quelqu’un a-t-il regardé l’étendue du réseau, les différences culturelles, le fossé qui existe entre notre monde télévisuel et celui de l’Angleterre ? La BBC a été créée en 1922. C’était la pause culturelle. Rome n’a pas été fondé en un jour. Je vois mal comment nous pourrions faire comme chez eux.

Ce n’est pas possible. Mettons de côté le budget, les ambitions, les possibilités. Ce n’est tout simplement pas possible. C’est culturel. J’aime bien ce qui passe sur la télévision anglaise, ce qui est scénarisé. Mais, vous avez idée du nombre de séries de documentaires qu’ils ont ? De télé-réalité, de figures connues qui présentent des émissions, qui font le tour du monde ? Ils ne font pas la télévision comme nous, ils ne font pas la télévision comme des Américains. Ils la font façon anglaise.

Je suis très bien placée pour émettre un tel avis. Pourquoi ? Car je me fiche comme de l’an 40 de ce qui se passe chez nous. Alors oui, je regarde Kaamelott. Et j’ai suivi David Nolande. That’s all, my friend ! À un moment, j’ai essayé de rester proche, de suivre ce qui se passait dans le petit monde français. J’ai arrêté. Chacun sa culture. Cela fait partie de notre identité. Je ne lis quasiment pas de romans français, je n’écoute pas de variétés françaises, et je n’ai pas un film français dans ma DVDthèque. Pourtant, honnêtement, je n’ai rien contre le cinéma français. C’est ainsi. Je ne l’ai pas particulièrement voulu, c’est juste qu’ici, ce n’est pas moi.

Regarder un téléfilm français, cela ne me vient pas à l’esprit. Par contre, regarder Florence Nightingale (qui était mauvais) ou Einstein & Eddington, oui. Suivre Flics sur ma télé qui a du mal à capter, je n’en ai pas eu envie, même si c’était bon, je n’en sais rien. Par contre, regarder Wallander se fait naturellement. Comme m’intéresser à la prochaine série BBC, ITV ou Channel 4. Je serais là pour U Be Dead. Avant cela, je serais là pour la nouvelle adaptation de The 39 Steps.

Qu’importe le mal qui ronge notre production, car chaque pays a ses problèmes, que cela soit économique ou culturel. Je ne critique pas ce que l’on fait chez nous. De là où je suis, je me dis que nous sommes dans la bonne direction, et je sais que le jour où nous connaitrons notre Spooks à nous, cette série qui relancera notre industrie télévisuelle, cette période de regain comme c’est le cas en ce moment en Australie, sûrement en grande partie lancée grâce à Underbelly, eh bien, à ce moment-là, naturellement, je reviendrais vers mon petit écran français. Ou peut-être pas. Cela n’aura pas d’importance. Tout ça pour dire que nous n’avons pas de productions qui me donne réellement envie de me mettre devant ma télévision. Ce qu’il faut voir, de l’autre côté de la Manche, c’est la liberté artistique, c’est l’envie, c’est la possibilité. Ce n’est pas le système qui a fait la BBC, c’est l’Angleterre, son mode de vie et son histoire. France Télévisions fait la sienne, à son rythme. Comme toutes les autres chaines.