Dimanche, la première saison de Treme touche à sa fin sur HBO, avec son dixième épisode. La série a été renouvelée pour une seconde saison très rapidement, et les mauvais chiffres d’audiences ne semblent n’avoir jamais pu arrêter David Simon. Treme n’a aucunement contredit cette règle.

À son arrivée, Treme était la dernière née de David Simon, justement. Le créateur de The Wire. Pour certains, le créateur de la meilleure série jamais faite. Cela est une question de point de vue, nous sommes bien d’accord, mais cela n’enlève aucunement le fait que Treme est arrivée avec pas mal de bruits.

Les retours ont été difficiles, et pour ce que j’en ai lu, il y en a qui ont directement lâché l’affaire après le pilote, d’autres qui ont temporairement poursuivi pour abandonner au bout de 2-3 épisodes. Puis, il y a ceux qui sont restés. Je fais partie de ceux-là.

Soyons bien d’accord, je ne vais pas vous dire que Treme est la dernière merveille télévisuelle. Enfin, presque, mais avant d’en arriver là, il va falloir passer un certain nombre d’épisodes. C’est là qu’il faut clairement se souvenir de The Wire et sa construction par chapitre. Chaque saison nous menait inlassablement vers la suivante, et c’est un mode de narration que j’admire. D’abord, car cela implique des connexions subtiles et impressionnantes dans le déroulement des évènements, et qu’ensuite, cela donne une richesse inconcevable au premier abord à la série. Treme souffre à sa façon du même problème. Il faut dire que l’avantage de The Wire est que la plupart d’entre nous l’ont rattrapé. Je fais partie de ceux-là, je n’ai pas pris la série au moment de son lancement. Il n’empêche que malgré ce fait, il fallait avancer pour découvrir que tout ce à quoi nous avions assisté au cours de la saison 1 allait prendre de la valeur dans les tout derniers épisodes. Si The Wire nous a appris quelque chose, c’est qu’il faut savoir regarder the big picture.

Il était évident que Treme allait à un moment ou un autre fournir ce pour quoi je la regardais. Il a quand même fallu que je m’accroche durement à cette idée. D’abord, car au début de la série, cette dernière semble nous juger, portant un regard désapprobateur sur le reste de l’Amérique, sur ces touristes venus en Nouvelle-Orléans pour découvrir ce qui était arrivé après le passage de Katrina. Le touriste de la série, c’était aussi nous. Nous voulions savoir et personne ne voulait de nous. Par moment, cela frôlait plus que dangereusement l’insulte. Pour compenser, la quête de Toni pour retrouver le frère de LaDonna était là pour éclipser quasiment toutes les storylines. Il y avait énormément de surplace, de refus d’aller de l’avant. Mais, à l’évidence, le quartier doit se reconstruire, et les personnages doivent se faire une raison. La vie continue, même en Nouvelle-Orléans, après une catastrophe naturelle. C’est là que petit à petit, la série a commencé à réellement donner corps à ses personnages et une signification à ce qui se déroulait. Certes, Davis est un peu fou et n’est pas forcément celui vers lequel il faut se tourner pour constater tout cela, mais c’était bel et bien là.

Quand Treme a fini par arrêter d’énumérer les dégâts et les erreurs, la Nouvelle-Orléans et le quartier a enfin pris vie. Présenté comme un endroit merveilleux, il a fallu rétablir une vérité : la criminalité revenait. Il a fallu pousser ses protagonistes vers des conclusions logiques : les financements n’étaient pas là, et surtout, ils n’allaient sûrement pas payer le pain quotidien. À noter là-dessus que voir le réparateur pour le toit du bar se pointer au neuvième épisode est une jolie scène pleine de symbolisme, d’espoir et d’humour.

Quoi qu’il en soit, si la série a tout de suite embrassé sa culture musicale et alimentaire pour nous forcer à donner une valeur supérieure à la région, c’est quand Treme a diminué sa morale et a fini par exploiter son environnement au profit de ses personnages (et non l’inverse) qu’elle s’est complètement affirmée.

Je mentirais en disant que la route parcourue au cours de cette saison fut parfaite. Bien au contraire. Mais, je ne vois pas quoi dire maintenant à part que peu de séries savent récompenser ses spectateurs de leur fidélité comme l’a fait celle-ci.

Alors oui, il y a des épisodes qui ne sont pas captivants, oui, il y a des personnages qui peinent à se construire, et il faut s’accrocher. Mais, je peux juste dire que cela en vaut largement la peine, qu’au bout de la route, Treme réussit à nous intégrer pleinement dans la vie de ses personnages, dans leur monde musical, dans leur monde culinaire, dans leur combat de tous les jours pour vivre et survivre (avec succès et échec). Il y a trop peu de séries à la télévision possédant une telle force émotionnelle pour ne pas le souligner quand il y en a une. Treme fait partie de celle-là, et elle mérite largement qu’on lui donne sa chance, et même une seconde, ou une troisième …