Je voulais écrire quelques mots sur la fin de The Shield, vous parler des fins, en soi, car cela finit inexorablement par arriver. Il y a énormément de choses à dire, que je ne sais pas par où commencer, ni comment organiser mes idées.

Je regarde The Shield depuis sa première diffusion sur Canal Jimmy. En VOST. À l’époque, il y avait la version multilingue, qu’on mettait grâce à notre magnifique télécommande. Je me rappelle même qu’elle n’avait pas fonctionné sur un épisode, que j’avais dû regarder en français. Ce n’est pas le pire doublage qui ait été fait. Mais, il n’empêche, c’est de The Shield dont on parle.

Ces deux-trois dernières années ont été marquantes. Six Feet Under s’est arrêtée. The Sopranos s’est conclue. The Wire s’est achevée. La fin d’une ère. Celle d’HBO, celle qui a changé la face de la télévision, celle qui a révolutionné le câble. Au début de The Shield, on disait que c’était une série qui aurait dû être sur HBO. On parle beaucoup de Showtime, on parle d’AMC aujourd’hui, mais au fond, pas très loin, celle qu’on aime oublier se nomme FX. Je ne crois pas qu’il y ait de nouvelle HBO, c’est impossible. Simplement, car elle a fait l’histoire. Et The Shield a fait FX. Elle a montré une autre façon de faire la télévision, d’oser avec peu d’argent, d’offrir au genre policier un autre visage. Elle a créé une chaine, comme Les Sopranos a fait de HBO ce qu’elle est aujourd’hui. Quelqu’un a donné son feu vert, et a changé la donne.

Je regarde énormément de séries. Beaucoup s’en vont dans l’anonymat le plus total. Certaines nous touchent plus que d’autres. Quelle est alors la véritable signification ? On ne peut pas placer la fin d’un programme comme The Shield sur le même pied que la fin de Pushing Daisies ou Dirty Sexy Money, par exemple. Qu’importe laquelle vous aimez, qu’importe laquelle vous détestez, la symbolique n’est pas la même. Elle est aussi différente justement si vous l’avez suivi ou pas. Dès le début, plus tard, pris en cours. La fin de The Shield aura pour moi plus de signification que celle de The Wire, que je n’ai même pas encore pris le temps de voir. Simplement, car j’étais là, à lire les magazines quand c’est arrivé, que personne ne m’a révélé comment cela allait se dérouler, que j’étais plus jeune, que mes goûts et mes choix en matière de programme allaient dépendre de cette série. J’ai pris The Wire plus tard, je ne l’ai même pas fini. J’étais là au début des Sopranos, j’ai regardé Six Feet Under à sa première rediffusion, avant de voir la seconde saison. HBO et FX ont fait la spectatrice que je suis. J’espère qu’AMC fera de certains ce que ces deux chaines ont fait pour moi, pour d’autres : monter la télévision à une forme d’art, indépendante et respectée, capable de créer ses propres œuvres indélébiles.

Je ne suis pas américaine. Je ne voulais pas que Tony Soprano se fasse tuer, je ne voulais pas que Vic MacKey paie le prix de ses atrocités. Je ne peux pas consciemment passer des années à les suivre, et vouloir une justice. Il n’y a pas de justice, juste des personnages que j’ai appris à aimer, avec qui j’ai ri et pleuré. Mais, j’ai une politique, qu’importe la fin, qu’elle me plaise ou non, si c’est celle que le créateur a choisie. Que ce soit un fond noir ou trois ans de malheur. Que ce soit un bébé qu’on lève en direction de l’espace, des personnages quittant traversant une porte, la découverte leurs vies futures ou juste l’instant présent. Dans les rires ou dans les pleurs. La meilleure des fins restera toujours celle qui a été voulue. Finir en beauté, éviter le gâchis. C’est bien la plus belle leçon d’histoire qu’aura pu offrir X-Files, il faut savoir s’en aller et il faut le faire selon ses propres termes.

L’année prochaine, le voyage sur le Battlestar s’achèvera. J’imagine, je conçois que pour certains, cette fin-là sera peut-être pour eux plus significative que celle de The Shield. À sa façon, Ronald D. Moore a sûrement bouleversé le petit écran de quelques personnes. Comme Farscape le fut pour d’autres. J’en ai fait partie. J’ai fait partie de ceux-là, de ceux qui ont regardé, les yeux à moitié écarquillés, les Sopranos. De ceux qui ont suivi Vic dans Farmington. De ceux qui ont pleuré devant Six Feet Under. Qui ont regardé les portes d’Emerald City se fermer.

Ma première révolution télévisuelle vient de trouver sa conclusion définitive. La suivante est peut-être en route, avec Mad Men et Sons of Anarchy. Elle n’a pas le même goût, ni la même odeur. Mais elle attend de se faire, tranquillement.

So Farewell, my friend. It’s been a hell of a ride.

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CaroleC
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