The Wire – The Dickensian Aspect (5.06)

En ce moment, pour la première fois, The Wire est diffusée en Angleterre. Ainsi, cela a fait le tour de la presse, Dominic West est passé à l’émission Today sur Radio 4 et a donné un peu son avis sur la télévision anglaise et américaine.

« If you turn on American TV, there’s a huge choice of nothing you want to see and, unfortunately, I think that’s the case here now as well. »

Toute la presse ne parlant que des débuts de The Wire sur BBC Two a une heure on ne peut plus tardive, et ayant elle-même lancé le débat pour savoir si oui ou non il s’agit du meilleur drama jamais fait (avec sûrement l’avantage d’avoir vu la série en DVD pour une part des critiques et de la population), les paroles de Dominic West ont fait le tour, et qu’importe ce que l’on peut penser de l’acteur, il a une vision très réaliste du média dans lequel il évolue. Ce qui  n’est pas toujours le cas du spectateur.

The Wire a l’avantage de ne pas arriver avec le fait d’être une série américaine, juste une série avec une énorme réputation. Mais alors que tout le monde est plus ou moins conscient de l’état de la production américaine, qui, pour en rajouter une couche a énormément souffert de la grève des scénaristes cette année (histoire d’enfoncer le clou), on ne peut pas dire que cela soit vraiment le cas pour l’Angleterre. Élevé à une certaine sauce, le passionné qui sommeille a parfois pour sale habitude de ne prendre que le bon et de faire abstraction du mauvais. C’est assez facile, ce qui est pourri n’arrive pas forcément chez nous, et si on n’a pas véritablement planché sur la question, on ne mesure pas réellement l’étendue d’une production, anglaise ou non. Ainsi, on nous offre le meilleur de la marchandise. Bien sûr, la notion de goût entre en compte, mais si on passe là-dessus, difficile d’aller à l’encontre de cela. Prenons Life On Mars, qui fut bien diffusé chez nous, et possède une bonne réputation. On peut ne pas aimer (ce qui me semblerait logique vu le nombre de sériephiles français trainant sur la toile et disant ne pas aimer les cop shows), mais il faudrait être complètement aveugle pour ne pas reconnaître le travail technique fourni. La révolution BBC ayant eu lieu en 2000 avec Spooks (Kudos). Mais au fond, beaucoup d’Anglais vous diront que l’âge d’or de la télévision anglaise, c’était l’époque du Prisonnier, et qu’aujourd’hui, cela n’a rien à voir, qu’on est qualitativement loin de ce temps.

Or, il est plus qu’évident que le français ou l’américain ne le perçoit pas ainsi. Le spectateur – et c’est normal – se fait bluffer par la différence culturelle. Il sait ce qui se fait chez lui, et voilà qu’on lui présente une œuvre à l’esthétique travaillée, et au scénario plus ou moins original (cela ne le rendant pas forcément intéressant). Le dernier exemple flagrant aux US est avec The No. 1 Ladies’ Detective Agency. La série possède en moyenne d’excellentes critiques, mais la seule raison d’un tel enthousiasme se situe dans le décalage qu’elle crée. Je ne dis pas que c’est mauvais, on peut y trouver son compte, mais il y a quand même vachement plus palpitant sur BBC/HBO. Sa plus grande force est son univers, mais ce dernier ne devrait pas effacer ses défauts. Or, il est commun que cela soit le cas. Cela peut aussi se retrouver sur True Blood, où une fois, apparemment, que le français qui avait du mal avec l’accent du Sud, s’y ait fait, la série a grandi en popularité, phénomène qui – oh comme c’est bizarre ! – suivait celui de l’Amérique. Car, s’il y a bien un syndrome en France, c’est celui de faire d’un succès ce qui l’est aussi ailleurs. Ce n’est pas une généralité, mais il serait plus que culotté de le nier. Je me fous totalement des thèmes que peut aborder la série, c’est une excuse bien trop souvent utilisée pour donner une crédibilité à une œuvre dite populaire. True Blood a séduit de par son atmosphère, son décalage. Elle possède quantité de défauts, mais d’un coup, elle est devenue plus. Juste plus. L’ironie ici, est qu’au fond, TB représentant un État et une part de population loin d’être exposé à l’écran, cet effet de différence culturelle est tout autant valable dans son propre pays.

Il existe une tonne de séries anglaises dont personne n’entend parler. Une grosse part qui ne mérite aucunement qu’on en parle. Mais, pour comprendre le fonctionnement d’une télévision, même s’il ne s’agit que de sa production télévisuelle, on se doit de passer par les Boneckickers et Coming Of Age de tous les pays. On se doit de regarder celles que font les plus petites chaines, de jeter un coup d’œil à droite et à gauche.  Parce que Barnaby, Lewis, Hercule Poirot, Miss Marple, Wire in The Blood, Taggart, Jonathan Creek et cie font partie de ce même univers. Parce que Channel 4 et E4 produisent aussi. Pas que Skins. Qu’il existe un paquet de comédies, qu’ils ont leurs références, leurs émissions phares, et qu’en plus, elles sont courtes alors cela tourne vite.

La différence culturelle est sûrement le plus gros danger pour le sériephile, car rien au monde ne peut plus lui faire perdre l’objectivité, que cela soit par préjugés ou aveuglement.

avatarUn article de .
CaroleC
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