Cette semaine s’achevait au Canada Caprica, spin-off de feu Battlestar Galactica, qui aura eu l’occasion de susciter bien des déceptions au cours de sa diffusion hachée. À vrai dire, je ne suis pas là pour parler de la façon dont la série fut traitée par la chaine, mais de la difficile tâche d’être un spin-off, et ce que cela implique.

Créer un spin-off, c’est jouer entre la sécurité et des risques bien compliqués à mesurer. L’idée de donner le jour à une série issue d’une autre est de s’assurer au lancement une base plus ou moins solide de spectateurs. Ces derniers seront plus ou moins au rendez-vous au point de départ, bien que cela ne signifie pas qu’ils seront présents au second épisode. En effet, la curiosité est là, leur univers s’étend, mais alors que le spin-off doit finalement trouver à sa façon une attache à la série qui est responsable de son existence, elle se doit de devenir une œuvre à part entière, et par conséquent indépendante. Sur ce plan-là, difficile de s’assurer que cela va fonctionner et qu’elle va pouvoir satisfaire les fans et séduire tout autant.

On pourrait s’imaginer que plus la série se trouve éloigné de son original, plus elle a de chance de s’épanouir, à la façon de NCIS – spin-off du JAG, détail oublié depuis longtemps. Par contre, il va être fort compliqué de l’oublier pour NCIS : Los Angeles pour laquelle les exigences n’étaient pas très hautes, mais qui fut une déception. NCIS fut dès le départ tellement distante du JAG qu’elle a directement affirmé son identité, et c’était tout ou rien. On pouvait aimer le JAG et détester NCIS, mais on ne pouvait assurément pas reprocher à cette dernière d’avoir pris son envol – les liens étaient finalement bien fins pour que cela affecte l’une ou l’autre. Le problème avec NCIS : Los Angeles, c’est que le titre même de la série la connecte à tout jamais à « sa maman », et le show a cherché à être indépendant en échouant lamentablement. D’abord, car elle n’en avait pas la substance, ensuite car elle tentait de garder une connexion avec NCIS tout en la refoulant. Cela ne peut pas fonctionner, et la série ne peut alors pas pleinement satisfaire.

C’est plus ou moins là où CSI a réussi. Avec CSI : NY ou CSI : Miami, l’héritage était aussi dans le titre, et aucune série n’a jamais renié son origine, leur donnant largement le temps de s’appuyer sur des bases solides, pour, malgré des composantes similaires, fournir trois programmes bien distincts. Il n’y a pas de déconvenues qui ont accompagné ces visionnages. CSI : Miami est mauvaise, mais le fait est que je n’ai jamais considéré cette dernière comme un mauvais spin-off (sauf quand on a eu droit aux insupportables cours techniques), juste comme une mauvaise série, car elle a su s’affirmer – pas dans la bonne direction, certes, mais quand même …

A chaque type de franchise ses règles, pourrais-je dire. Contrairement à ce que peuvent penser les gens derrière Stargate : Universe, le fan de Stargate regarde Stargate pour voir du Stargate. Point barre. L’expérience du spin-off a apporté son lot de déconvenues avec Stargate Atlantis, la série souffrant de ses connexions avec l’original – comprendre elle faisait un peu trop copier-coller. Mais elle avait aussi ses personnages attachants, et l’âme de la franchise créée avec la série-mère qui poussait à poursuivre, quoi qu’il arrive. On ne peut pas en dire autant de SG-U, show que j’aurais voulu aimer, mais qui ne possède pas ce pour quoi je regardais SG (1 ou A). Le fait est qu’une franchise de SF s’inscrit dans une continuité qui se doit d’être satisfaisante. L’esprit Star Trek a circulé dans chacune des séries, qu’importe leur qualité.

Pour le coup, arriver dans Caprica après Battlestar Galactica a forcément suscité des déconvenues. Les attaches étaient là, mais les deux séries étaient bien différentes, et il n’était pas aisé d’y trouver son compte. Le passage du space opera au simple drame familial de SF a clairement créer quelques conflits inévitables. Mais, à l’arrivée, ce qui fut le plus frappant dans Caprica, c’est qu’elle fut sans véritable direction pendant trop longtemps, et cela, spin-off ou non, c’est toujours fatidique.

Le problème du spin-off est qu’il n’arrive pas sans avoir suscité des attentes et de l’anxiété. Chacun l’appréhende différemment, en fonction de son attache avec la série mère – existant ou non. Il est alors plus aisé de décevoir, pour la simple et bonne raison qu’il y a un carnet des charges à remplir, et que c’est ce qu’il y a de plus compliqué.