Spooks est de retour lundi sur Canal + pour sa huitième saison. Les agents secrets de Sa Majesté vont donc se frotter de nouveau à la traitrise et au double jeu, ce qui de toute façon a quasi perpétuellement animé la série.

Il se trouve que sur Direct Star en ce moment, il y a Alias et que j’ai eu l’opportunité de revoir des images. D’abord, le doublage français est tout particulièrement mauvais. Je ne dis pas cela gratuitement, à la base je suis pour le doublage si cela permet de faire découvrir des œuvres (culture pour tous !). Disons que dans le cas présent, il y a des moments fort douloureux. Ensuite, cela faisait très longtemps que j’avais vu des images de la série, car je n’ai jamais trouvé qu’elle était captivante. À vrai dire, à un certain moment, je me suis même demandé pourquoi j’avais été jusqu’au bout de la série. En tout cas, en revoyant Sydney marcher dans ce fameux couloir, je me suis fait une remarque : Alias, plus on virait au n’importe quoi, meilleur c’était. Bon, OK, pas toujours, mais c’est dans sa mythologie éloignée de son univers d’espionnage, ses couloirs, sa CIA planquée dans les égouts que la série a trouvée son ton – qu’on l’aime ou non.

En gros, la recette d’Alias, c’est tout l’opposé de Spooks. Le truc d’Alias, c’est que la série a posé les bases d’un genre. Personne n’a dit que Spooks était réaliste. Elle doit l’être sur certains points, je n’en doute pas. Ce qu’elle est par contre, c’est crédible. On y croit, et le fait est qu’elle est extrêmement ancrée dans notre réalité, ce qui fait que ce qui est possiblement éloigné de la réalité ne nous dérange pas – pour peu qu’on le remarque. Et puis, entre nous, l’espionnage, c’est beaucoup de paperasse et ce n’est pas forcément ce qu’on a envie de voir.

Quoi qu’il en soit, retour à Sydney Bristow. Aujourd’hui, on retrouve des séries comme Chuck ou Covert Affairs et l’ombre d’Alias plane – sans vraiment se faire ressentir, mais il est difficile de ne pas y penser à un certain moment. Les échecs My Own Worst Enemy et Undercovers s’inscrivent aussi dans la lignée.

Bien sûr, Spooks est anglaise, la méthode d’approche est différente, mais après tout, nous sommes dans l’espionnage. Ce qui m’amène finalement à une série qui fait bien la passerelle entre ces deux opposés : Burn Notice. Michael Westen (best espion ever !) nous file des tuyaux en voix off, procédé qui a participé au succès de la série pour la simple et bonne raison que notre ex-espion fournit de véritables conseils d’espions. La mise en pratique n’est pas forcément réalisable pour nous, mais Burn Notice met en scène des méthodes existantes et il est difficile de ne pas percevoir cette authenticité quand il pointe que telle ou telle technologie a facilité leur job. Le truc, c’est que Michael Westen, il a été burné et il est bloqué à Miami. Son point faible : la façon dont il trouve ses clients. L’aspect divertissement ? Les explosions, épaulées par Fiona. Pas que les espions ne font pas des Boom ! à l’occasion, mais disons que Miami en a eu pour sa pomme. Pour le reste, entre contacts, manipulations, scènes de bastons qui se veulent avant tout radicales, Burn Notice parvient à imposer une crédibilité qui est clairement absente des Alias et Cie.

Retour à Spooks au sein de laquelle il y a aussi des explosions, de la violence qui est aussi radicale (on ne perd pas son temps à styliser et si on peut courir, c’est la meilleure des solutions), du chantage et de la manipulation et de l’infiltration. La série a d’ailleurs été au départ présenté comme une anti-24, un parallèle qui n’a pas grand sens à mes yeux, mais qui a su rester assez persistant. Enfin, dans son ensemble, Spooks n’est pas constante de crédibilité (la saison 9 enfonçant magnifiquement le couteau sur ce plan-là), mais la série n’a pas d’équivalent et représente l’univers de l’espionnage d’une manière assez froide et avec bien peu d’artifices.

Toutes ces séries mettent avant tout en scènes des agents de terrains, alors que comme je l’ai dit plus haut, c’est un univers où il est beaucoup question de paperasse. Pour le coup, nous avons Rubicon qui vient à sa façon compléter la représentation du genre, de par le fait que nous sommes avec des analystes. Un angle d’approche qui est, en séries télévisées, loin d’être commun, et ne risque pas de fournir beaucoup d’actions (mais pourquoi pas, des déambulations dans les couloirs). Pour autant, on retrouve la même chose : de la traitrise, de la manipulation et du double jeu.

Ce dont il est principalement question ici est de l’espionnage dans les années 2000 (et je fais comme si Spooks : Code 9 n’avait jamais vu le jour), où si on met toutes ses séries les unes à côté des autres, on semble obtenir un tableau complet, nous menant progressivement de la série à l’espionnage le plus fou à celui le plus ancré dans notre réalité. Étrangement (ou non), je tends à trouver que c’est bien plus impressionnant quand cela se veut un minimum crédible.