ER

Tout le monde – ou presque – est au courant : jeudi soir, dans Urgences, il y avait George Clooney. On en parle, on écrit dessus, certains en tant que spectateurs actuels de la série, d’autres sans véritable raison. Surtout, car Urgences est une série qui a marqué l’histoire du petit écran.

Je n’oserais pas avoir la prétention de parler d’une série que j’ai arrêtée, justement, à la dernière apparition de Clooney dedans, et donc de Julianna Marguiles (avant celle-ci, bien entendu). Il m’est arrivé, à l’occasion, de tomber sur un épisode par la suite, mais cela fait bien longtemps, assez pour ne pas connaître un seul des personnages réguliers, en dehors des infirmières qui hantent encore le Cook County.

Je préfère passer sur l’âge que j’avais quand je me suis retrouvé devant la série, à sa première diffusion sur France 2. Nostalgie, pas nostalgie ? À vrai dire, ni l’un ni l’autre, juste une drôle de sensation, car on a du mal à se dire que cela remonte à si loin aujourd’hui. Ils ont vieilli ces acteurs, et nous aussi. En toute honnêteté, ER a fait plus pour mon parcours cinéphilique que sériephilique. Vous pouvez prendre la carrière de George, des débuts d’ER à aujourd’hui, et j’ai vu 99% des noms que vous y trouverez. C’est ainsi. Urgences sera pour moi éternellement Doug Ross, Carol Hathaway – qui n’aurait jamais dû passer le premier épisode -, Mark Greene, John Carter, Peter Benton, Susan Lewis. Il y en a eu d’autres : j’ai connu Corday, Romano, Malucci, Lucy Knight, Maggie Doyle, Morgensten, Weaver… Mais quand vous vous retrouvez devant un épisode, en 2009, que vous ne connaissez pas un seul nom des protagonistes officiels, que seuls ceux qui sont là, car c’est bientôt la fin, vous sont réellement familiers, qu’ils symbolisent pour vous la série, le reste, tout ce qui s’est passé loin de moi, ne sera jamais, au fond, du Urgences. George Clooney est Doug Ross, des pieds à la tête, son comportement, ses tics. Même sans tenue d’infirmière, on peut dire la même chose de Julianna Margulies. Et Eriq LaSalle avec Noah Wyle, cette complicité qui nous renvoie au premier jour de Carter, tout jeune, tout timide…

C’est étrange. C’est au fond ce qui me vient à l’esprit. J’avais lu des commentaires sur internet de personne qui trouvait cela bien que George Clooney revienne, c’était sympa de sa part, et tout le tralala. La star de cinéma acceptait de retourner dans le show qui a lancé sa carrière. Il est évident que ceux qui écrivent ces mots n’ont pas suivi la série dans ses débuts, durant ces cinq premières années, car George Clooney a toujours dit qu’il était reconnaissant envers la série, qu’il reviendrait pour la fin, si on lui demandait. Au vu de la promotion qui a eu lieu, on peut penser que la clause dans le contrat interdisait une promotion autour de son nom, il n’y a pas vraiment d’autres explications au silence ambiant, autrement. Et, personnellement, je n’y vois rien d’étrange. Very George.

Alors, comme ça, après tant d’années, ces acteurs ont fait du chemin, et s’ils sont ces personnages, je n’identifie aucun d’eux aux rôles qu’ils ont tenus, et pourtant, en regardant l’épisode, c’était comme si, durant tout ce temps, ils avaient continué d’être ces personnages.

Je n’ai jamais eu l’envie de reprendre, et avec cet épisode, je sais que ce ne sera jamais le cas. Ce n’est pas la même série, et comme un dialogue entre Ross, Neela et Samantha le souligne, il s’en est passé du temps, ce ne sont plus les mêmes docteurs qui parcourent les couloirs de l’hôpital.

Le Cook County a fermé ses portes il y a bien longtemps pour moi. Pour d’autres, elles se fermeront bientôt, symbole de toute une époque, gloire de NBC et révolution médicale.