Aujourd’hui, regarder la télévision n’est plus vraiment une expression à prendre littéralement. De plus en plus de monde regarde « la télévision » sur leur ordinateur. Dans un sens, ça ne serait pas différent si on parlait de véritablement regarder avec un simple tuner. En fait, il s’agit plus de sélectionner les programmes que l’on veut et les regarder quand on veut.

C’est le progrès, il n’y a rien de mal à cela, jusqu’au drame.

La semaine dernière, une série britannique que vous ne regardez surement pas, Peep Show, a démarré sa septième saison avec le plus mauvais résultat de son histoire – en terme d’audience. Une semaine plus tôt, Channel 4 avait mis en ligne ce même épisode. Alors, doit-on y voir une relation de cause à effet ? Probablement.

La série n’a jamais été un succès public, mais les résultats ont quand même de quoi inquiéter, surtout si les épisodes suivants ne sont pas plus suivis parce que le public à mieux à faire le vendredi soir et préfère regarder sur leur ordinateur quelque temps plus tard.

David Mitchell, qui tient l’un des premiers rôles dans la série, avait annoncé sur son twitter qu’il n’était pas content de ce que la chaine avait fait. Pour lui, il n’y a rien de mal à mettre la série en ligne, mais seulement après, car c’est fait pour la télévision, que c’est via ce média que le show vit et survit, pas grâce à la VOD. Je dois dire que je suis tout à fait d’accord avec lui sur ce point.

Comme pour l’industrie de la musique, il semble que les chaines de télévision rencontrent des difficultés à réviser leur modèle économique, reposant encore énormément sur les audiences, mais, ironiquement, déployant quand même de nombreuses offres qui décentralisent la diffusion de leurs programmes. Ce qui ressort de ce second type de diffusion ne semble pas réussir à réellement entrer en compte quand il s’agit de renouveler une série ou non.

Dans ce même esprit, nous avons les enregistrements via DVR qui, pour certaines séries, peuvent être énormes. Cela dit, personne ne semble vraiment capable de déterminer avec précision l’apport économique réel. Comment les networks vendent aux annonceurs l’idée que leurs pubs seront probablement regardées ou pas ?

Ajoutons, pour ne vraiment pas aider tout ce business, que les audiences que l’on délivre chaque jour n’ont strictement plus aucune valeur. Déjà, tout ce qui compte désormais, ce sont les résultats sur les cibles visées par les séries. En grande majorité, on s’en tient au 18-49 ans, sauf pour The CW qui a décidé de ne vraiment se fier qu’au 18-34 ans, et aux femmes principalement – les cibles démographiques qui se tournent naturellement plus vers les nouvelles technologies, soit dit en passant. Cela dit, le vendredi, certaines chaines ont clairement dit que cette années, elles visaient un public plus âgé. Mais ce n’est rien tout ça, car il se trouve qu’il faut en plus tout ajuster à la semaine et quand c’est fait, on se rend compte que les shows que l’on enterre déjà en ont encore à revendre. Fringe et Parenthood, ou même The Event, progressent de 30 à 40% entre les premiers chiffres et les derniers résultats sur les fameuses cibles démographiques recherchées. Les comédies NBC du jeudi soir ne sont également pas mauvaises du tout dans le genre.

En conclusion, entre ce qui n’est pas compté, ce qui est réajusté, ce qui est impossible à quantifier, comment les séries survivent est un mystère de plus en plus insondable. Et à ce point, je n’ai même pas abordé la question du téléchargement illégal sous n’importe quelle forme qui est, autant le dire, incontrôlable.

Si les spectateurs ne regardent plus la télévision « à l’ancienne » il va falloir que la télévision s’adapte, et c’est ce qu’elle tente de faire. Malgré ça, la vie d’une série semble principalement reposer sur un système qui est donc obsolète et j’aimerais personnellement que l’on me convainc que ça a changé ou que ça va changer, car ça n’a plus aucun sens et ça me déconcerte plus que de raison. Sans oublier qu’en tant que français, je ne peux pas agir pour la grande majorité des séries que je regarde…