The Tudors

Chaque personne est un spectateur unique, avec sa conception de la série télévisée, ses exigences et ses goûts. Notre bagage cinématographique, télévisuel, musical… artistique, tout simplement, définit notre façon d’appréhender un programme et de le juger.

Ici, dès le début, nous avons eu une politique : qu’importe le programme, nous le jugerons pour ce qu’il est. Je ne mettrais jamais sur un même pied Prison Break ou Friday Night Lights, par exemple. Deux séries aux genres complètement différents, et qui ne remplissent pas les mêmes fonctions.

Vu le titre du billet, vous êtes en train de vous demander où je vais, là. Eh bien, c’est simple, le jugement que l’on porte, même avec toute l’objectivité que l’on peut, est forcément dépendant dudit bagage artistique que l’on a avec nous, et de notre perception, de nos attentes et exigences.

C’est là que j’en arrive au sexe, o ! mot si facilement utilisé à la télévision, démocratisé par quelques chaines payantes/du câble. Car, sur les networks, on ne montre pas tout, on compte les injures. C’est ainsi que des chaines que l’on connaît bien aujourd’hui, comme HBO, Showtime ou FX ont fait une partie de leur notoriété sur quelques mots : violence, sexe et réalisme. Ces thématiques font parler, on les attend, on les critique et on regarde.

Je discutais donc avec Caro sur The Tudors (je vous rassure, je ne parle pas toujours séries télévisées), et je ne pense pas qu’elle m’en veuille, je vais la citer pour illustrer mon propos à venir :

Me : Si le créateur n’était pas le gars qui a écrit les films Elisabeth, je penserais qu’il a choisi Henri VIII pour ses histoires de cul et non parce qu’il est responsable de l’anglicanisme et donc que c’est une période charnière!

Caro : les scènes de cul sont parfois trop présentes, c’est du bonus qui sert à pas grand-chose à part attirer le client quoi.

Je ne connais pas totalement le bagage sériephilique de Caro, mais, à vrai dire, cette réflexion sur The Tudors, je l’ai entendu à plusieurs reprises. J’ai même lu un jour : « The Tudors, c’est bien, il y a du sexe ». Oh, je paraphrase peut être, mais on n’en est pas loin, vous pouvez me croire.

Seulement, voilà, je ne pense ni comme Caro, ni comme ceux qui partagent ce point de vue. D’ailleurs, il m’est régulièrement arrivé de me demander où il était ce fameux sexe dans The Tudors. Ai-je eu une version censurée ? Il y en a, pour moi, toujours plus eu dans Rome, si je devais comparer à une autre série historique de bien meilleure qualité. D’ailleurs, à la saison 2, on nous avait promis la scène la plus torride de la télévision. Si quelqu’un sait où elle était, je veux bien qu’on me le dise.

Fabien a alors une théorie sur la question : Oz. 6 ans de Oz. Injures, violence et sexes. À un âge où peut-être, les parents auraient dû surveiller d’un peu plus près les programmes que je suivais. Si on a consommé suffisamment, devient-on blasé ? Je ne pense pas. Mais, nous devenons forcément plus critiques, et surtout moins impressionnables. Je ne prends personnellement aucun plaisir à regarder du sexe à la télévision (sans jeu de mots foireux), et cela ne me touche pas particulièrement. Le sujet ne me fascine pas le moins du monde. C’est certes très instructif de voir la place que cela peut occuper dans les médias et discussions, sur l’évolution des mœurs, mais cela s’arrête là. Cela sert au réalisme des relations, à donner un aspect moins prince charmant à certaines histoires. À partir du moment où cela s’intègre, et trouve sa place, cela me va.

Il m’est arrivé de dire à une amie que, dans un épisode de Rome, il y avait trop de sexe (saison 2, si vous avez vu, vous devez savoir de quel épisode il s’agit). Elle m’a alors répondu : « Mais c’est de Rome qu’il s’agit ». Ladite amie est une simple spectatrice lambda, qui a dû voir avec Rome – fournie par mes soins, on était en fac d’histoire quand même – sa première série HBO. Ce fut sûrement l’une de ses premières réflexions, qu’il y avait du sexe dans la série.

Les chaines font toujours pas mal de promos, et de l’esbroufe en début de saison : Californication, Tell Me You Love Me, Rome… Vous aviez du sexe, du nu, pour vous faire comprendre le message. Et puis, on sait tous que Showtime aime le sexe. C’est plus qu’une marque de fabrique, quand on sait que c’est eux qui ont imposé dans le pilote de Stargate qu’on voie une femme nue, alors que ce n’était pas dans le scénario. Car, il faut le dire, cela ne servait en rien l’histoire.

J’ai tendance, personnellement, à dénoncer la surutilisation du sexe, quand il est gratuit, quand je trouve qu’on l’a mis là, juste pour dire. Mais, à l’évidence, mon seuil n’est pas le même que tout le monde. Je ne regarde aucun programme pour cela, sans pour autant que j’en ai fui un. Après une saison de Nip/Tuck, j’ai lâché l’affaire. 13 épisodes. J’avais donné ce que j’avais à la série. Si sa marque de fabrique était de jouer dans la provocation, je l’acceptais. J’ai arrêté, car cela m’ennuyait. Je n’y trouvais pas mon compte. Qu’importe qu’il y ait dix scènes de sexes ou une, les sujets, la façon de les aborder, le trash sur lequel on avait parié pour faire parler de la série ne m’intéressait pas. Pourtant, j’ai le souvenir que le pilote était plutôt bon.

Le sexe est utilisé comme un produit, une façon d’attirer un consommateur (dont je ne fais pas partie), et c’est aussi, que cela soit dans les discussions ou dans l’acte, quelque chose qui fait partie de la vie des personnages. On ne peut pas prôner un réalisme certain, et ne pas aborder la question. Cela n’est pas pour autant nécessaire, tout dépend dans quel genre on est. Autour, il y a donc différentes variables : comment l’équipe créatrice l’aborde, et comment le spectateur le perçoit-il ? Je ne suis pas une shipper, je ne suis pas là à vouloir que le héros aille avec l’héroïne (et qu’il fasse des galipettes, c’est implicite), et d’un autre côté, mon seuil d’acceptation est étrangement plus élevé que d’autres. Qui a décidé que, dans The Tudors, il y avait trop de scènes de sexes, juste là pour attirer le client, comme dit Caro, dans une série historique où l’on laisse le peuple crever de son côté, et qu’on a choisi de plus s’intéresser à ce qui se passait dans le pieu du roi ? Je caricature, mais l’idée est là. Qui a alors décidé que Nip/Tuck pouvait, elle, faire plus que les autres ? Parce que c’est sa thématique… Mais qui a décidé pour Hirst qu’il ne devait pas en coller autant qu’il le voulait ? Et surtout, qu’est ce que cela dit, sur nous, spectateurs, qui regardent, acceptent parfois, et refusent de l’autre ?

Si aujourd’hui, la télévision reflète notre société, nos réactions sur le sexe à la télévision parle peut être plus d’elle-même que sa simple représentation – ou absence de représentation.