Il n’aura pas dit « Élémentaire, mon cher Watson », mais cela n’aura empêché personne de parler de lui. Avec 3 épisodes de 90 minutes, Sherlock s’impose comme la série estivale qu’il ne fallait pas manquer en Angleterre en ce bel été 2010. Retour sur un succès pas si inattendu que cela, mais assurément d’envergure.

There’s a lot to be said for the fact that, when nothing’s on, you get a lot of attention !

– Mark Gatiss, dans une interview donnée à Den Of The Geek.

J’aime ces mots de Mark Gatiss, car ils illustrent à merveille ce qui s’est passé avec Sherlock. En fait, entre une campagne promotionnelle joliment menée, la diffusion du premier épisode, et l’enthousiasme de la presse et du public, je trouvais qu’il y avait en effet beaucoup de choses à dire sur ce qui venait de se passer. Il y avait encore plus qu’initialement prévu, car la série télévisée a aujourd’hui des frontières non définies.

C’est l’été et selon une étrange notion, nous ne sommes pas censés avoir grand-chose à nous mettre sous la dent.  Il semble pourtant que tante Beeb fasse partie de ceux bien décidés à prouver le contraire.

À sa façon, Sherlock a été là pour démontrer que la saison estivale peut être aussi vivace que n’importe quelle autre période de l’année. Bien entendu, nous sommes en Angleterre, pas en France ou aux États-Unis. Mais, le phénomène tend à être démontré dans tous les pays. Chez les Ricains, c’est le câble qui a le pouvoir ; en France, le succès de Castle en prime time sur France 2 est un pas dans la bonne direction. Sherlock sonne en vérité plus comme une confirmation de ce fait, celle-ci prenant place dans une liste de récents succès estivaux de BBC : Criminal Justice, House Of Saddam ou encore Torchwood. À cela s’ajoute une activité télévisuelle active, la chaine diffusant actuellement The Deep et Mistresses.

Surtout, l’évènementiel paie, si vous voulez mon avis.

Ce qu’il y a de réellement fascinant avec Sherlock, c’est la façon dont pendant plus de trois semaines (la promotion ayant commencé avant), tout le monde n’a parlé que de cette série. Mieux encore est de constater comment elle fut vendue sur le nom de Steven Moffat, co-créateur de la série, clairement à un point culminant de sa carrière télévisuelle – grâce à Doctor Who. Je ne dis pas que Mark Gatiss fut oublié (ce n’est pas du tout le cas), mais qu’au point de départ, les projecteurs étaient bien plus braqués sur l’un des deux hommes, Moffat étant qui plus est un nom plus reconnaissable pour les étrangers (français ou américain); chez lui, il est en tout cas devenu synonyme de qualité. Personne n’est infaillible, mais à l’heure actuelle, c’est l’avis général. En gros, le succès de la dernière saison de Doctor Who a permis d’établir Moffat comme une référence. Le public n’attendait pas la nouvelle version de Sherlock, mais la dernière création de Steven Moffat.

Pourtant, le personnage de Conan Doyle est assurément plus connu que le scénariste. D’ailleurs, cela n’a pas empêché certains d’émettre des doutes (naturels) avant l’arrivée de la série, mais il apparaît en fait qu’on ne peut pas dire que c’était un problème en soi. Le Sherlock Holmes de Guy Ritchie s’étant chargé de réintégrer le fameux détective dans l’imaginaire collectif sous sa forme première, finalement, ce Sherlock télévisuel arrivait sur un terrain qu’on lui avait préparé. Le fait que la question autour des craintes pour acteurs et créateurs face au film de 2009 soit présente dans la majorité des interviews illustre très bien ce fait.

Ainsi, Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch) et John Watson (Martin Freeman) ont quitté leur époque pour résoudre des affaires dans le Londres du XXIe. Le succès fut immédiat. La presse est enthousiaste et le public aussi. Mieux encore, le phénomène semble braver les frontières. J’ai complètement conscience que cela reste en partie limité à l’univers d’internet. La série télévisée est en France un monde à deux vitesses : il y a internet, puis les chaines en France. Sur le web, en tout cas, Sherlock a touché du monde. Il ne s’est pas arrêté là, car il est aussi apparu sur certains sites américains que je suis. Cela peut sembler anecdotique, mais ce n’est pas le cas. Les Américains ne sont pas les plus friands de culture étrangère et cela implique de se donner la peine de la télécharger. La série ne débarquant chez eux qu’en octobre sur PBS, le fait même que certains se penche sur le programme  et l’exprime avant sa diffusion en dit beaucoup sur l’attente et la curiosité que Sherlock a suscitées.

Pendant toute sa diffusion, la promotion sera par ailleurs maintenue et celle-ci est d’ailleurs épaulée par les sites webs/blogs des personnages. De quoi continuer à alimenter l’enthousiasme. Trois épisodes, cela peut alors paraître court, tout particulièrement quand un programme reçoit autant d’attention. Mais il n’y a pas non plus le temps d’entrer dans la routine ou de voir l’effervescence chuter.

Comme évoqué plus tôt, le succès de Sherlock prend deux formes : il est critique et public. Rien ne vaut l’un pour soutenir l’autre et vice versa. Les deux ne sont pas forcément nécessaires à un programme – qui peut fonctionner auprès de l’un, mais pas de l’autre. Pour prendre une si grosse ampleur, les deux doivent se rencontrer.

Il ne serait pas très juste de parler du succès de la série sans s’arrêter sur ce qui y a grandement contribué : le duo Sherlock/Watson. Les fans se sont littéralement emparés de cette relation amicale (qu’on qualifierait aujourd’hui de « bromance » si on aime le mot) et c’est en grande partie autour d’eux, de leur dynamique, et de leurs échanges que  la popularité du show va se bâtir. C’est simple, Sherlock a fait de Benedict Cumberbatch (un acteur nominé deux fois aux Baftas) une star du petit écran, et a offert à Martin Freeman ce qui est considéré comme son meilleur rôle depuis The Office.

Sherlock a ainsi, avec trois épisodes, agité son pays. Il n’y avait rien d’autre pour entrer en collision. Grâce à cela, le phénomène a pu alors complètement s’épanouir. Les spectateurs – en grande majorité séduits – on put se jeter dedans. C’était le moment télévisuel que les fans attendaient. Ils ont d’ailleurs pu bel et bien l’exprimer sur des sites.

La façon dont a eu Sherlock de s’étendre un peu plus loin est assurément plus discrète, moins facile à cerner, mais bel et bien présente. La série télévisée est pour moi la forme d’art la plus liée à internet. Une part de son épanouissement – que cela soit la série en général ou la façon dont on communique et dont on discute d’elle – dépend d’internet. Dans le cas présent, cela sert très bien le programme, qui arrivera avec des échos plus nombreux et largement positifs.

Enfin bref, il y a définitivement quelque chose qui s’est passé. Personne ne peut complètement prévoir un succès ou un échec, mais cela n’empêche pas de travailler dans ce sens. C’est ce qui a été fait avec Sherlock, qui fut annoncé comme une réussite. Il y avait peu de chance de se planter, et si cela arrivait, ce serait vite oublié. Ce ne sera pas le cas, car Sherlock fut un mini raz de marée inattendu. Un triomphe indiscutable.

Vous pouvez retrouver les critiques par épisodes de Sherlock dans la section consacrée à la série.

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CaroleC
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