Après avoir écrit sur les deux premières saisons de Skins, me voilà de retour avec la seconde génération, ayant ainsi rattrapé la série.

Il s’est révélé un peu difficile de passer de la première à la seconde génération, mais là, je ne parle pas de qualité, mais simplement de me relancer dans la série après avoir fait une petite pause à la fin de la seconde saison. J’avoue que le changement de casting ne me poussait pas forcément devant. En fait, cela s’accompagnait surtout d’échos pas très positifs de la saison 3, donc j’ai eu un peu de mal à me motiver.

Cela ne va pas être aidé par les deux premiers épisodes, qui sont tout particulièrement mauvais. Tout est grossier et vulgaire à souhait, la série plongeant dans ses excès pour nous imposer ses personnages avec virulence. Comme si c’était nécessaire ! En fait, le gros défaut de ce début est surtout l’absence totale de groupe. Skins joue avec des personnages dont il est parfois difficile de comprendre les raisons de leur relation. Qu’est-ce qui les unit ? C’était parfois un mystère avec la première génération, et la seconde va temporairement souffrir de cet état de fait avec plus grande importance. C’est simple, le groupe est inexistant et il a de grandes difficultés à se former. Il faudra attendre l’épisode 3 et Thomas pour que cela prenne une certaine forme. Au fond, Thomas est celui qui parait rattacher certains personnages entre eux, jouant le rôle d’un pont entre différents univers (lui-même évoluant dans une culture différente). La première génération nous était présentée alors qu’ils se connaissaient déjà tous, ce qui facilitait bien le lancement. Ici, en plus de nous présenter les personnages, il faut trouver un moyen scénaristique pour les rattacher les uns aux autres, ce qui va donc être responsable d’un début un peu bancal.

Mais, rapidement, ce groupe d’amis va s’affirmer, et je marque là mon dernier parallèle avec la première génération : ils vont se montrer plus homogènes, plus solides et qualitativement au-dessus. On joue moins au grand huit, et si certaines choses manqueront, Skins se montrera à mes yeux bien plus consistante au cours des saisons 3 et 4.

La réputation de la saison 3 m’avait donc freinée, mais je dois bien dire l’avoir trouvé plutôt bien fichu. Comme dit plus haut, elle démarre mal, préférant jouer des excès de ses personnages à commencer par Cook. Jack O’Connell s’impose rapidement comme le meilleur acteur de cette génération, ce qui a pour fâcheuse conséquence d’imposer Cook dans le décor plus qu’il ne le devrait. Pour le coup, il a tendance à faire un peu trop sentir sa présence, remplissant en plus un rôle loin d’être facile à tenir, jouant sur une complexité sous-jacente d’angoisses et de révoltes pas toujours très bien mises en scène. L’énergie du personnage, si on peut appeler cela comme ça, a, au départ était assez mal canalisée, et il s’imposait ainsi avec une aisance déconcertante et gênante – car il était trop excessif pour le bien narratif de la série. Comme tout, l’équilibre pour Cook sera trouvé, et finalement, au cours même de cette saison 3, même si le triangle amoureux formé avec Effy et Freddie aura tendance à étouffer ce fait.

Effy, justement, est ma déception personnelle. Pour tout dire, je n’ai pas réellement de préféré dans ce groupe de jeunes, mais je sais que le personnage avec lequel j’ai le moins accroché se trouve être Effy. Pont entre les deux générations, il y a comme l’impression qu’elle arrivait avec un bagage qui fut difficile à complètement intégrer. L’équipe ne partait pas de rien, nous la connaissions déjà et sa famille aussi. Résultat, elle ne s’imposera jamais complètement, à la différence de son frère. Celle qui semblait devoir occuper une place primordiale au sein de ce groupe ne sera jamais complètement membre à part entière, fuyant et manipulant pour des raisons un peu trop bancales pour que la sauce prenne. Et, pourtant, à sa façon, Effy est l’incarnation même de l’esprit de cette génération : malade, torturée, brisée, à la recherche d’affection, et avec peu d’espoir. Ils vivent dans le drame, et nous emmènent avec eux. S’il manque quelque chose à ces deux saisons, c’est un brin de légèreté. La folie qui animait et aider à justifier l’univers surréaliste dans lequel évolue les personnages a disparu pour laisser place à un peu plus d’angoisses existentielles. À 16-17 ans, je sais que tout peut paraître vital et plus important que le reste, mais cela m’a quand même pas mal manqué. Surtout que la série pousse quand même le bouchon entre les problèmes psychologiques d’Effy, le léger autisme de JJ, les excès de Cook, le destin tragique de Freddie et ses éternels adultes non responsables, il y a de quoi faire.

L’étrangeté de ce dernier point, c’est que quand Skins se décide à donner un peu de consistances à ses figures adultes, elle s’en sort beaucoup mieux. La famille Fitch en est la parfaite illustration. Sans abandonner le style propre de la série, ils offrent un environnement de vie tangible aux jumelles qui leur permettent d’exister et de donner une consistance à leur histoire, sans avoir la nécessité de plonger dans le mélodrame. Cela n’empêche pas la série de faire des parents excessifs, décalés, absents, et qui ne sont pas à l’écoute de leur enfant. Disons qu’il y a encore clairement un juste milieu à trouver sur ce point-là, même si cela met sûrement en scène la perception flouée de jeunes sur les adultes qui les entoure.

À l’arrivée, ces deux saisons de Skins se sont montrées bien moins bancales, aidées par une écriture de personnages plus solides. Certaines faiblesses de ton sont toujours bien présentes, et les excès propres à la série ne sont pas continuellement maitrisés, mais dans son ensemble, la seconde génération se montrera qualitativement au-dessus de la première. Malgré ce fait, je dois bien dire que mon plus gros problème est que l’affectif ne fut pas aussi fort. J’ai aimé suivre les personnages, mais je ne fus pas émotionnellement parlant aussi impliquée, alors que la série fut pourtant bien mieux maitrisée dans son ensemble.

Maintenant, je suis prête pour découvrir la troisième génération…