The Killing, l’histoire d’une adaptation ratée

J’ai passé la saison à écrire sur les épisodes de The Killing en évitant du mieux que possible tout parallèle avec la série qui lui sert de source d’inspiration, Forbrydelsen. Ce ne fut clairement pas le plus aisé, mais pas forcément dans le sens où on peut l’imaginer.

The Killing a fait couler pas mal d’encre pour son final jugé raté. Avant cela, la qualité de la série était déjà quelque peu discutable. Ceux familiers avec l’original avaient dû le voir venir : The Killing n’allait pas se résoudre à la fin de sa première saison. J’avoue que c’est un fait que j’ai tenté de taire, après tout, Veena Sud aurait pu avoir quelque chose dans son sac que je ne connaissais pas et qui ne se nommait pas incohérences ou maladresses narratives.

Ce ne fut pas le cas. Je n’ai pas la moindre idée vers où se dirige The Killing en saison 2 et si elle va réellement changer le tueur. Après tout, la fin de la première est peut-être enfin une véritable ouverture vers une réorientation de l’affaire. Seulement, dès que l’opportunité s’est offerte au cours des 13 premiers épisodes, Sud a trouvé le moyen de revenir sur la piste déjà tracée par son ainée – et ce, sans le talent. Je ne savais pas trop si j’allais poursuivre ou non, mais je dois bien admettre que le final aura eu le mérite de mettre fin à mes interrogations. The Killing continuera temporairement sans moi. Non pas que je l’enterre définitivement, mais je vais avoir besoin d’être sûre que la saison 2 prend réellement ses distances et change son coupable pour justifier que je la regarde. Je pourrais revenir en saison 3, le show ne pouvant pas adapter la seconde saison de Forbrydelsen, car il ne prend pas place dans une capitale (grand bien nous en fasse, elle n’aurait jamais tenu la mesure face à cette saison qui est meilleure que la première !).

Le problème de The Killing au cours des épisodes s’est révélé d’être à la fois similaire et différente au show qu’elle adapte. La série possède des personnages distincts. Richmond n’a rien d’un Troels Hartmann et l’angle politique est dépourvu de la force de son original. Seul Jamie parvient à ne pas souffrir de la comparaison avec son homologue danois. Je ne vous parle même pas du concurrent. J’imaginais sincèrement que cette partie de l’histoire serait celle qui connaitrait le plus de changements. Copenhague est une capitale, sans oublier le fait que les lois sont forcément différentes. Sans vouloir réduire Seattle, en terme d’importance, on joue dans deux cours politiques très distinctes. La série a trouvé le moyen de coller à certains développements, tel le programme d’aide auquel le professeur participait. Elle a ensuite cherché à confronter Richmond aux mêmes obstacles que Hartmann, si ce n’est que les deux hommes n’ont pas les mêmes pouvoirs entre les mains. Il y a une volonté d’illustrer ses convictions, mais ni la mise en scène, ni la force de caractère pour la soutenir.

En parallèle, The Killing a aussi tranché dans le lard avec l’enquête autour du chauffeur et de la voiture pour s’étaler plus longtemps sur le professeur. J’ai trouvé beaucoup de maladresses, surtout que les deux enquêteurs finissent tout simplement par suivre le suspect et délaisser le parcours de la victime. Cela nous a quand même donné à un moment un épisode plutôt intéressant, car l’affaire ne suivait pas la route de l’originale. Mais, comme la série semble en avoir l’habitude, elle finit par rejoindre le programme danois. Linden et Holder forment un duo que je trouve parfaitement réussi et qui a su me convaincre. Il n’a strictement rien en commun avec Lund et Mayer. Surtout, Sarah Lund nourrit une obsession qui en devient contagieuse. Savoir qui a tué Nana Brik Larsen m’animait non pas pour la résolution (le coupable idéal était bel et bien le meurtrier), mais parce que ce qui consume Lund finit aussi par nous ronger. La force de Forbrydelsen – saison 2 comprise – est d’être capable d’insinuer le doute, de nous pousser à vouloir savoir même si on a déjà deviné, de nous happer au point d’en oublier nos soupçons, de simplement nous faire baisser notre garde de téléspectateur.

Ce sont des enchainements de scènes d’interrogatoires, de nouveaux indices. Même quand la série finit par plonger dans de multiples twists, après avoir presque épuisé sa liste de suspects, elle reste logique.

Veena Sud s’est exercée a insinuer des différences sur la façon dont Linden et Holder arrivaient à certaines de leurs conclusions. Alors que la série danoise semble simplement dérouler une intrigue, l’Américaine cherche à trainer dans différents recoins pour mener au même résultat, mais en oublie d’être cohérente. Je ne vous dis pas toute la frustration ressentie pendant l’enquête étalée autour du professeur et des pistes parfois laissées sur le carreau. Pourquoi n’enquêtent-ils pas sur telle ou telle chose ? Je ne doute pas que c’est beaucoup plus visible quand on sait exactement où ils sont censés aller, mais il y a des faux pas qui sont trop grossiers pour être ignorés.

Il nous reste alors la famille de la victime au sein de laquelle The Killing a trouvé le moyen de rendre la mère quasiment détestable. Je mentirais en disant que j’ai nourri tout du long des 20 épisodes une affection égale pour Pernille, mais la chute de la famille avait un poids indéniable. Elle était totalement obsédée par le besoin de savoir ce qui était arrivé à sa fille, ce qui justifiait la descente aux enfers qu’elle se devait de faire. Il faut aussi prendre en compte qu’ils sont en contact avec la police, ce qui n’est pas le cas dans le remake américain. Autant dire que quand Michelle Forbes vient faire ses reproches à Linden, on est très loin d’une confrontation entre Pernille et Lund. Les deux femmes ont eu suffisamment d’échanges avant pour que la scène fasse ressortir le ressentiment d’une mère meurtrie et la culpabilité d’une enquêtrice déterminée à découvrir qui est le tueur.

The Killing aurait pu se contenter d’être similaire à l’originale. Elle existe pour viser un public qui ne la connaît pas, ce qui est suffisant en soi pour ne pas lui reprocher cela, même si elle devenait pour le coup instantanément obsolète. Elle a choisi de l’être tout en ne l’étant pas, comme si elle était tout simplement indécise sur ce qu’elle voulait faire, poussant à une improvisation non contrôlée. Quand l’un des meilleurs épisodes se révèle être celui qui n’a rien à voir avec l’enquête sur la mort de Rosie Larsen, quelque chose ne va pas dans la série.

The Killing, c’est l’histoire parfaite d’une adaptation ratée. Plus de captivante Sarah Lund, plus de nœuds dans l’estomac face à la détresse familiale, plus de fascination pour les convictions politiques de Hartmann avant d’assister à la destruction même de l’image que la série a construite autour de l’homme.

The Killing a eu conscience qu’elle devait se doter d’une identité propre, mais elle n’a pas su lâcher la main de sa mère. Tiraillée entre sa volonté de voler de ses propres ailes et de rester sur la piste si parfaite que l’originale a tracée. Ce sont des moments parfaitement réussis pour une enquête bourrée de défauts. C’est au final Mireille Enos et Joel Kinnaman qui donnent au show sa plus grande distinction. Aucun d’eux ne pouvait remplacer les deux enquêteurs danois (surtout pas Linden) et ils s’en sont tout simplement éloignés pour fournir à la série sa plus grande force. Dommage que Veena Sud n’a pas appliqué cela à tout le reste.

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