L’alcool, la drogue, la cigarette, les jeux, et j’en passe. Les vices alimentent les séries, et surtout la vie des personnages qui nous accompagnent tout du long de la vie d’un show. Ils sont comme les vêtements, les coupes de cheveux, ou la musique, les représentants de notre société, marquant son évolution, notre nouvelle obsession, le sujet « à la mode » (aussi grave soit-il) qui, en croisant notre chemin plus de fois qu’il ne le devrait au cours d’une même (ou plusieurs) saison au sein d’une série, en connaissant ses hauts et ses bas – soit plus ou moins d’épisodes lui étant dédié ou de personnages pour le représenter – s’impose à notre esprit pour regagner en exposition, être tout simplement reconnu, et/ou s’établir définitivement comme un sujet notable à explorer.

Les séries sont animées par les sujets de société, qu’il s’agisse de l’éducation (assez mal représenté), le racisme, le terrorisme, la sexualité … Il existe différentes manières de les traiter, en fonction du temps, en fonction du genre, en fonction de ce que l’on veut dire ou non.

Est-ce alors la faute à Don Draper ? On boit et on fume comme ce n’est aujourd’hui plus permis à Madison Av. Seulement, la cigarette n’est plus en odeur de sainteté depuis longtemps, Lucky Luke se souvient de cette perte en 1983. Le fumeur est en voie de disparition, sauf s’il se trouve à une autre époque. Pas besoin de remonter loin, les années 60 et 70 en sont remplies.

On ne peut pas en dire autant du consommateur de nectar, qui apparaît dans beaucoup de séries que je suis : Terriers et son personnage central ancien alcoolique, les Gavin ou des avant-gardistes représentant des replongées violente dans l’alcool dans Rescue Me, Damon Salvatore à la fin d’une dure journée dans The Vampire Diaries (sans compter Tante Jenna et sa cuite), la prohibition dans Boardwalk Empire, les soirées arrosées de Hank Moody dans Californication, Raj qui a besoin d’une lampée d’alcool pour parler aux femmes dans The Big Bang Theory

Bref, il n’y en a pas dans toutes les séries, ses consommateurs ne sont pas forcément alcooliques (loin de là même), mais l’alcool n’a pas besoin de publicité, elle sert à tout : pour représenter une époque, pour créer des backstories, pour faire la fête, pour noyer ses problèmes, pour faire des affaires.

En tout cas, la boisson est suffisamment présente pour que je puisse arriver à cette question : qu’est-ce que cela signifie-t-il ? Si la série reflète notre société, à quel moment l’alcool est-il parvenu à former ce pont entre vice, addiction, et consommation courante qui n’interpelle quasiment plus personne. Il n’y a pas de raisons de s’offusquer, soyons bien d’accord, mais alors que d’autres sujets échauffent encore, l’alcool parait aujourd’hui avoir enterré tous ses concurrents. Pas en terme de conséquences (les publicités pour éviter la conduite en état d’ivresse ne disparaitront pas, et c’est normal), mais une banalisation plus importante a eu lieu. Nous avons dépassé le ressort dramatique, le drame à la Party of Five, pour une acceptation totale qu’avec l’alcool vient du bon et du mauvais. Rien n’empêche de s’amuser, comme rien n’empêche de représenter les conséquences de ses abus.

La cigarette (contemporaine) s’est faite bouffer (ce qui n’empêche personne de fumer), la drogue et le sexe sont toujours des sujets à débat, mais l’alcool semble justement avoir atteint ce fameux point qui va au-delà, pleinement accepté sans pour autant être renié.