Beau Séjour Saison 1 : Enquêter sur son propre meurtre

30 Mar 2017 à 11:30

Si l’on connaît peu la production sérielle belge pour le moment, on ne peut qu’espérer que cela change après le visionnage de Beau Séjour. Auréolée du prix du public au festival Séries Mania 2016 et bien mis en avant avec sa diffusion sur Arte en prime time, la série pourrait bien devenir le porte-drapeau d’une sélection nationale flamboyante.

Beau Séjour est à la croisée du polar, du teen show et du fantastique, le tout majestueusement mis en images sous le ciel gris du plat pays. Quand Kato se réveille dans la chambre 108 de l’hôtel Beau Séjour après une soirée bien arrosée, elle ne sait pas encore qu’elle est morte. Elle découvre très vite que sa mère Kristel ne la voit plus. Idem pour son beau-père Marcus, chez qui elle vit, son demi-frère Cyril et de nombreux habitants du village… Cependant, son père Luc, sa demi-sœur Sofia et une poignée d’autres continuent de la voir. Il faudra peu de temps pour se rendre compte que ceux pour qui Kato n’a pas disparu ont tous quelque chose à voir avec son décès. Mais le mystère, épais, ne va pas se dévoiler tout seul.

Kato va se rendre compte que les personnes les plus chères à ses yeux ne sont pas forcément dignes de confiance et qu’elle ne pourra compter que sur elle-même et (un peu) sur les policières fédérales en charge de l’enquête. La partie policière s’articule autour des « deux » investigations, celle de Kato et celle des policières qui vont s’alimenter l’une l’autre. On peut parfois déceler quelques facilités narratives dues au système installé : un fantôme qui peut influencer sur des éléments concrets, c’est quand même très pratique pour faire avancer l’intrigue. Cependant, le scénario des créatrices Nathalie Basteyns et Kaat Beel ne se repose jamais sur les lauriers d’une ambiance et d’une narration prenantes. Les fausses pistes se multiplient au fil des dix épisodes, rajoutant parfois autant de mystères qu’il y a de révélations.

Au-delà d’une histoire très bien racontée, mais qui ne réinvente pas le genre, Beau Séjour vaut surtout pour son portrait d’une micro société touchée par un drame. L’idée de placer l’action dans un petit village où tout le monde se connaît et où tout se sait très vite confère un aspect vase clos à l’intrigue qui lui permet de rester au plus près de Kato, de son meurtre et de son entourage. Le meurtrier se cache bel et bien au grand jour dans cette petite communauté, peuplée de gens imparfaits, lâches ou envieux. Des gens profondément humains.

La finesse et la sensibilité avec lesquelles sont décrits les personnages sont assurément la plus belle qualité de la série. Quand bien même certaines de leurs actions sont malfaisantes, les motivations de Sofia, Luc ou Charlie ne sont jamais incompréhensibles ou irrationnelles, dans un univers qui n’en manque pourtant pas.

Si Beau Séjour aurait sans doute pu aller plus loin sur le sujet, elle aborde la notion de deuil avec délicatesse. Comment accepter la mort d’une personne que l’on continue à voir, avec laquelle on continue de converser et qui est bien décidée à connaître la vérité ? Jusqu’où peuvent pousser les remords éprouvés par le décès d’un être cher ? Qu’aurions-nous pu faire, s’interdire de faire ou faire mieux pour sauver Kato ? Ces questions traversent chacun des cinq (et plus) personnages qui voient encore l’adolescente.

L’adolescence et ses émois justement, ses rivalités amoureuses, ses ambitions sacrifiées font aussi partie du programme de Beau Séjour. Ce passage à l’âge adulte, cette phase de transition physique autant que psychologique, ne va être abordée que sous l’angle de la rupture, violente de préférence, par l’aspect évident de la mort de Kato qui ne vieillira plus ou, plus subtilement, par l’approche d’Inès, future mère qui n’avait pas encore décidé de l’être. Mais le tableau n’est pas que noir, Beau Séjour montre également une jeunesse hédonique qui s’amuse (jusqu’à la mort), qui rêve, qui s’aventure et qui tente de survivre dans un monde gris où les modèles adultes sont pour la plupart médiocres.

On pourrait dérouler encore et encore de nombreuses qualités. Sa réalisation classieuse, son rythme flottant qui colle parfaitement à l’atmosphère, son univers unique et ses personnages hantés, au sens propre comme au figuré, en font une série assez remarquable. Puis l’interprétation, avec la performance indescriptible de Lynn Van Royen (Kato), mais plus généralement de l’ensemble du casting, finit de nous immerger dans cette chambre de l’hôtel Beau Séjour et de tous ses secrets. Malgré la noirceur de ce qu’il s’y est passé, on n’a finalement pas très envie de la quitter.

Beau Séjour est disponible en DVD.

Beau Séjour-Saison 1
Price: 10,53 €
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