Bienvenue en Alaska : Une dramédie dépaysante teintée de réalisme magique

Bienvenue en Alaska Northern Exposure 1 - Bienvenue en Alaska : Une dramédie dépaysante teintée de réalisme magique

PeakTV - Bienvenue en Alaska : Une dramédie dépaysante teintée de réalisme magique À l’ère du Peak TV, Critictoo se lance dans un challenge “52 semaines, 52 séries” en proposant une fois par semaine un retour sur une série terminée.

Les années 90 débutèrent avec deux séries nous entrainant dans des petites villes peuplées d’originaux. La plus connue des deux est bien entendu Twin Peaks, mais Bienvenue en Alaska (Northern Exposure) est celle qui est devenue à l’époque la plus populaire — malgré une programmation sur CBS qui montrait que le network n’y croyait pas trop.

Pourtant, c’est une série de Joshua Brand et John Falsey, les créateurs du show médical St. Elsewhere. On allait d’ailleurs retrouver quelques éléments de celle-ci dans cette dramédie qui nous entrainait donc en Alaska.

Tout débute quand Joel Fleischman (Rob Morrow), un juif new-yorkais venant d’obtenir son diplôme se voit obligé de pratiquer la médecine dans la petite ville de Cicely. L’état d’Alaska a payé pour ses études et il doit rembourser de cette manière. Et il n’est pas du tout ravi par cet arrangement. Il croyait qu’il se retrouverait dans un grand hôpital à Anchorage et non loin de la civilisation dans un cabinet à peine équipé.

Aussi insatisfait qu’il pouvait être de sa situation, Joel était le parfait point d’entrée dans Bienvenue en Alaska. Avec lui, nous faisons connaissance des habitants et, au fil des saisons, de la très riche culture locale.

La petite ville de Cicely était autrefois surnommée le Paris de l’Alaska. Si Joel est assez surpris de l’apprendre, cette description trouva tout son sens au fil des saisons. Néanmoins, il est un peu difficile de passer outre l’aspect rustre de la région au point de départ. Ce qui permet d’amplifier le clash culturel qui est au cœur du récit.

Joel s’installa donc et commença à contrecœur à creuser sa place dans la communauté. Dans celle-ci, il y a l’ancien astronaute Maurice Minnifield (Barry Corbin) qui détient la majorité de la ville ; la pilote féministe Maggie O’Connell (Janine Turner) avec laquelle Joel développe immédiatement une relation d’amour-haine qui fait des étincelles ; le trappeur canadien Holling Vincoeur (John Cullum) qui est désormais le patron du bar local qui vit avec la jeune Shelly Tambo (Cynthia Geary) ; l’ancien criminel devenu animateur radio/philosophe Chris Stevens (John Corbett) ; le jeune Ed Chigliak (Darren E. Burrows), un cinéphile homme à tout faire qui est à moitié amérindien d’Alaska ; Ruth-Anne Miller (Peg Phillips), la gérante de l’épicerie ; et Marilyn Whirlwind (Elaine Miles), la réceptionniste amérindienne de Joel qui garde toujours son calme.

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Joel Fleischman (Rob Morrow) et Maggie O’Connell (Janine Turner)

Durant ses 6 saisons, Bienvenue en Alaska développera naturellement son lot de figures récurrentes. Toutes étant, à un degré ou un autre, quelque peu excentriques. C’est un peu la marque de fabrique locale, car il faut avoir une forte personnalité pour vivre dans un lieu pareil. D’ailleurs, la série s’affirmera dans son amour pour ceux qui ne sacrifient rien pour leur liberté. Il y a peu de natifs de Cicely en dehors des membres tribus d’amérindiens, la majorité des habitants sont venus d’installer là pour prendre un nouveau départ, pour se libérer du carcan de leur ancienne existence, quelque chose que Joel tardera à vraiment apprécier.

Le bon docteur ne va pas se laisser séduire par l’inconfort du froid et de la nature. Il est l’archétype du juif new-yorkais et il est fier de l’être. De plus, il n’a de cesse de répéter qu’il veut retourner à New York. Pour lui, Cicely est une prison et il lui faudra plus de cinq ans pour réaliser que la ville n’est pas le problème.

Malgré le climat rustre, les habitants de Cicely apprécient cette existence à la frontière de la civilisation et contribuent à maintenir leur style de vie en y injectant leurs propres morceaux de culture. Bienvenue en Alaska est ce que l’on appelle une série littéraire. Les scénaristes aiment les grands classiques, la philosophie et la musique au point d’écrire des épisodes sous la forme d’ode à ces grandes œuvres qui les inspirent. Tout est vraiment une question d’apparences. À Cicely, la sophistication n’est pas visible, mais elle est bien présente.

D’ailleurs, cette petite ville se révéla être étonnement moderne grâce à une ouverture sans limites vers les autres cultures. Certes, Maurice Minnifield apparait peut-être comme étant l’archétype du riche américain qui pense que son argent lui donne tous les droits, mais même s’il désapprouve le style de vie du couple gay à qui il a vendu un motel ou qu’il est prêt à abattre un arbre ancestral pour le plaisir de dégager la vue, il est capable de dépasser ses préjugés. Il n’est pas le seul, car ceux qui sont les plus ouverts peuvent également se montrer étrangement rigides sur certains sujets. Les aléas d’une petite communauté en quelque sorte.

À Cicely, tout le monde est libre de vivre comme il l’entend avec ses propres particularités. C’est ce qui anime tant d’épisodes qui débordent de charme et sont bien souvent teintés d’humour. Bienvenue en Alaska est vraiment à propos de traverser des expériences et d’embrasser ce que le monde peut offrir, même si l’on ne le comprend pas. Quelque chose qui est bien appuyé par le fait que les scénaristes aiment explorer les rêves et ce qu’ils symbolisent — même Joel est touché par cela, notamment quand son rabbin lui apparait pour l’aider à ouvrir les yeux sur ses problèmes.

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Chris Stevens (John Corbett) et Maurice Minnifield (Barry Corbin)

Au commencement, la série paraissait d’ailleurs être surtout au sujet de Joel. Il ne fallut pas longtemps pour qu’elle devienne un véritable ensemble show. Au fil des saisons, le bon médecin de Cicely se retrouva placé au même niveau que ses amis, n’accaparant pas nécessairement les devants de la scène, mais étant toujours là pour apporter sa vision particulière des choses.

Le petit monde de Bienvenue en Alaska était riche après tout. Il y en avait pour tout le monde et il était bien souvent question de voir les habitants de Cicely tirer des leçons de leur passé, de leur présent ou de leur possible futur pour aller de l’avant. Les personnages sont ainsi tous explorés en profondeur, on apprend à connaitre leurs histoires et leurs ambitions, mais aussi leurs mauvais traits quand on les voit réaliser ce qu’ils doivent faire pour les dépasser. Le décor n’a pas changé, mais les choses ont beaucoup évolué au cours des six saisons qui composent la série.

Ce qui a également changé, c’est l’équipe créative. Après 4 saisons, Joshua Brand et John Falsey ont quitté leur rôle à la tête du show, laissant David Chase prendre leur place. Il employait alors déjà certaines approches narratives qui allaient devenir essentielles dans The Sopranos qu’il développa peu après avoir accompagné Bienvenue en Alaska à sa conclusion. Celle-ci n’est pas la plus satisfaisante qui soit, car de longues négociations avec Rob Morrow avaient mené au départ de Joel Fleischman quelques épisodes avant la fin, laissant le show se terminer en pleine période de réajustement. Cela n’entacha pas le plaisir procuré par la bonne centaine d’épisodes qui firent de cette dramédie une belle démonstration de créativité, une réussite divertissante et intelligente qui s’est montrée plus influente qu’on ne pourrait l’imaginer sur les séries qui ont suivi.

Ainsi, même si le poids des années est visible à l’écran — l’image est en 4/3 après tout —, Bienvenue en Alaska reste encore, trois décennies après son lancement, une série extrêmement sympathique qui encourage souvent à la réflexion de manière inattendue et qui invite chacun de nous à embrasser les différences et à chercher la liberté. Cicely n’est pas un lieu, c’est un état d’esprit.

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