Daria : Smells Like Teen Spirit

29 Jan 2021 à 15:00

Daria serie integrale MTV - Daria : Smells Like Teen Spirit

Retour au XXe Siècle. En cette toute fin de millénaire, an de grâce 1997 pour être précis, MTV est la reine du câble américain et biberonne la jeunesse de clips, de Trash TV naissante et de séries, animées pour la plupart. Depuis 1993, parmi les héros récurrents qui traversent la programmation de cette chaîne foutraque et très créative, Beavis et Butt-Head, deux lycéens losers obsédés par le rock métal et les filles. Leur stupidité n’a d’égale que leur tendance à se mettre dans des situations idiotes et/ou dangereuses. Gravite autour de ces deux benêts, une camarade de classe moins idiote (facile) et encore plus sarcastique (moins évident), Daria Morgendorffer.

Elle n’aurait pu rester qu’un second couteau. Un personnage en arrière-plan qui amène des punchlines et ne sert qu’à générer des pistes narratives pour les deux héros. Mais en 97 donc, alors que Beavis & Butt-Head s’apprête à quitter l’antenne (la série reviendra au mitan des années 2000) la responsable de la chaîne de l’époque trouve que la grille de MTV manque de personnages féminins importants. Glenn Eichler et Susie Lewis, travaillant sur la série-mère et bien aidés par Tracy Grandstaff, la comédienne qui prête sa voix à l’héroïne, prennent les rennes de ce spin-off et vont faire de ce second rôle une icône.

La grande sœur de tous les Freaks

Ton monocorde au possible, esprit brillant et cynique, regard désabusé porté sur le monde, et, il faut quand même l’avouer, une certaine suffisance envers les esprits simples qui l’entourent : Daria préfigure dans les grandes lignes bien d’autres personnages qui jouissent d’une pourtant plus grande reconnaissance. Sans elle, la télé des années 2000 et 2010 aurait-elle mis à l’écran (pour ne citer qu’eux) Sheldon Cooper, Gregory House, Elliot Anderson, Abed Nadir ou Jessica Jones ? Pas sûr.

Si elle partage de nombreux points communs avec les exemples cités et pourrait donc en être une sorte de matrice, Daria Morgendorffer s’avère bien plus radicale que la plupart de ses congénères sériels. Refus de toute compromission envers les individus ou les instituions (il faut la voir refuser quasi systématiquement les sollicitations des personnels du lycée), aucun besoin de se confronter au monde social et limitation au strict nécessaire de toute interaction. Si elle présente les troubles pouvant rappeler le syndrome d’Asperger et que les doutes sont permis pendant toute la durée de la série, les auteurs décident de trancher lors du dernier épisode de la série : Daria est une asociale qui tient fermement ses positions et réfute toute sorte d’arrangement avec sa nature profonde. Ce qui, en ajoutant son statut de femme et d’adolescente, donne un personnage redoutable, aux répliques tranchantes, qui combat la bêtise et le conformisme avec ses deux meilleures armes : l’intelligence et l’humour. Attention cependant, la comédie omniprésente ne doit pas cacher un fait là aussi radical qui définit l’ensemble de la série : l’héroïne d’un show pour adolescents n’est pas un personnage aimable, et ne fait rien pour l’être.

Impossible pourtant de ne pas aimer Daria. Elle incarne la revanche sur les dominants (les hommes, les classes bourgeoises et celles qui s’embourgeoisent, les libéraux…) et ceux qui le deviendront. Du haut de ses dix-sept ans et en 1997, Daria est le symbole d’une lutte des classes dont les oppresseurs et les opprimés sont toujours les mêmes. La série a donc extrêmement bien vieilli et se découvre ou se revoit avec un œil neuf aujourd’hui sans paraître datée, hors propos, ou véhiculant des stéréotypes d’une autre époque. Vingt ans plus tard, Daria se révèle parfaitement d’actualité dans sa façon de croquer les rapports humains, la période adolescente et les relations familiales et amicales.

F.R.I.E.N.D.S

Et bien qu’elle s’en défende et qu’elle tente sans conviction de le nier, Daria n’est pas si asociale. Pour preuve, l’amitié qui la lie à Jane, une artiste en devenir qui se cherche, à tendance marginale, mais qui ne rechigne pas, contrairement à notre héroïne, à s’intégrer dans ce maelström qu’est l’humanité, souvent à des fins d’observation comportementale, et in fine, de railleries de ses contemporains, lycéens ou non.

Se dessinent surtout, lors des conversations qu’ont régulièrement ces deux amies, des discussions d’une maturité incroyable, toujours ponctuées de vannes acerbes. On y aborde sans détour la dépression, la condition adolescente, la politique, les rapports amoureux, la religion, le pouvoir des institutions, le capitalisme… le plus souvent autour d’une slice de pizza.

L’amitié entre Jane et Daria est surtout l’occasion pour les auteurs d’évoquer deux solitudes : l’une voulue (Daria, qui esquive le plus possible son foyer, sa mère carriériste, son père instable émotionnellement et sa sœur superficielle), l’autre subie (la famille de Jane est une bande de bohémiens qui ne se retrouvent à la maison familiale que rarement) et de faire se construire des adultes sensées dans un « Triste Monde Tragique », pour reprendre le gimmick le plus célèbre de la série.

Servie par une bande-son culte directement héritée des grands courants musicaux indépendants (mais pas que) de la scène musicale anglo-saxonne des années 80-90, Daria est un bijou de culture pop, qui en plus d’être une excellente comédie, nourrit un propos largement plus intelligent et malin que la grande majorité des productions sérielles, passées et actuelles. Un petit chef-d’œuvre un peu oublié qu’il est grand temps de réhabiliter.


Malheureusement inédite en DVD français, il existe une édition US, dont la musique a été entièrement remplacée : MTV ne disposait pas des droits d’exploitation vidéo, beaucoup trop chers au vu de la playlist utilisée. Difficile donc de se procurer les cinq saisons (et deux téléfilms, dont un conclusif) de la série, à moins de savoir chercher sur internet, ou d’avoir peut-être de vieilles VHS (vous savez, ce truc à la mode à l’époque de Daria) sur lesquelles seraient enregistrée la série, diffusée sur Canal + à l’époque. Mais un monde où il est devenu quasi-impossible de (re) découvrir Daria est bel et bien un triste monde tragique.

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