Dark Saison 3 : Une brillante conclusion

30 Juil 2020 à 12:00

Dark Saison 3 Netflix - Dark Saison 3 : Une brillante conclusion

Trois saisons. C’est ce qu’il a fallu pour hisser Dark au rang de série incontournable de science-fiction, une série qui fait figure d’anomalie au milieu des productions actuelles. Une première année pour poser ses bases et les — nombreux — personnages, une autre pour l’étendre temporellement et conceptuellement, et une troisième pour tout boucler avec une précision chirurgicale. Quand on se souvient que Baran bo Odar et Jantje Friese, les créateurs de la série, ont à l’origine été inspirés par un Complément d’Enquêtes local, on se demande comment il est possible d’en être arrivé là.

Dark nous ramène une dernière fois à Winden, charmante bourgade allemande dont la centrale nucléaire, la bruine continuelle et les multiples disparitions d’enfants sauront vous séduire. L’apocalypse — toujours plus vendeur — qui a détraqué le temps et permis à nos héros d’allègrement jouer avec leur généalogie et leur ligne temporelle a bien eu lieu en 2019 dans notre monde, mais également dans un univers parallèle découvert en fin de saison dernière. Un Winden en reflet à l’histoire qui nous a été racontée, un monde similaire, mais différent où Jonas (Louis Hofmann) n’est jamais né et où Martha (Lisa Vicari) s’impose comme l’élément central de tout ce bazar, en digne héritière du ciré jaune.

Boucler la boucle

Après visionnage de cette dernière saison, il est impossible de penser que tout n’ait pas été écrit dès le départ. Toutes les intrigues, toutes les relations entre les personnages, l’enchaînement des événements, tout s’imbrique parfaitement. Cela donne à la série un sentiment de cohérence très satisfaisant, mais également un petit côté anxiogène, car planifié au millimètre près. Dark maîtrise à la perfection le principe du fusil de Tchekhov, donnant sens à certaines scènes du pilote jusque dans l’épisode final. Ce procédé flatte l’audience, trop heureuse d’avoir connecté les intrigues, et le scénario, à l’intelligence évidente.

Dark est une réussite d’autant plus grande et inattendue qu’elle s’attaque à des sujets de science-fiction difficiles, le voyage dans le temps et les mondes parallèles. Là où l’aide annexe (à savoir l’arbre généalogique que l’on peut retrouver sur le net) permettait essentiellement dans les saisons précédentes de saisir les détails de l’intrigue, elle devient là nécessaire pour ne pas se laisser submerger. Dark n’est toujours pas compliquée, clés en main il est aisé de faire les liens logiques de l’histoire, mais elle s’enfonce dans sa complexité.

Très vite classée parmi les « séries à mystères » à l’instar de Lost ou The Leftovers, Dark réussit là où beaucoup avant elle ont échoué. Si les questions s’enchaînent, les réponses ne sont pas en reste. Au lieu de se noyer dans les méandres de son intrigue, les scénaristes de Dark semblent suivre une règle simple : pas de nouveau twist sans résolution d’un précédent. Le contentement à petites doses du spectateur permet ainsi de maintenir et relancer son intérêt, la tension reste constante et la fin ne ressemble pas à une avalanche de révélations pas toujours heureuses. De rares points sont laissés en suspens, notamment le passé du policier débarqué en saison 2, mais cela semble être un choix conscient, son histoire n’étant pas reliée à la boucle temporelle, elle reste à l’image de la vie réelle, incomplète.

Un monde gris foncé

L’équipe créative de Dark l’a bien compris, la densité et l’intensité émotionnelle d’une fiction tiennent bien souvent en une seule chose : ses personnages. Dark est une série chorale, une vraie, comme il en existe peu. Les habitants de Winden sont complexes et crédibles, à l’exception malheureuse de ces deux personnages principaux : Jonas et Martha, plus particulièrement dans leur version adolescente.

Jonas manque profondément de charisme, mais plus embêtant encore de consistance. Son histoire n’est pas toujours claire, on comprend mal le déroulement des périodes éludées par les sauts dans le temps. Quant à Martha, elle ne brille pas non plus par sa prestance, encore moins par son alchimie avec Jonas sur laquelle repose grandement son personnage. Leur relation est même légèrement dérangeante et ne permet pas aux scènes finales d’être aussi bouleversantes qu’elles auraient due.

Heureusement qu’à leurs côtés se trouve un panel de personnages géniaux qui explore tout son potentiel. En tête de liste, Ulrich (Oliver Masucci) continue de voler la vedette, tandis qu’on découvre un Noah (Mark Waschke) fragile, que Claudia (Lisa Kreuzer) se dévoile et que la folie d’Hannah (Maja Schöne) nous embarque autant qu’elle nous agace. Dark est tout en nuances de gris, à l’image de ses héros. Tous sont poussés à commettre des actes horribles que les événements rendent presque légitimes. Ce regard tendre et sans jugement posé sur ces pantins du temps est touchante et nous pousse continuellement à reconsidérer la fine limite entre le bien et le mal.

Une ultime envolée poétique

Ces questionnements philosophiques fondamentaux se retrouvent avec subtilité dans chaque trajectoire de vie décrite, dans chaque plan, dans tous les dialogues. Si Dark a perdu en simplicité cette année, elle a gagné en poésie et c’est cela l’astuce qui permet au spectateur de se laisser porter et d’investir l’attention nécessaire.

On note toujours peu d’effets spéciaux, mais leur utilisation est pertinente et très réussie. Visuellement Dark reste magnifique, la photographie est à couper le souffle, autant par les compositions que dans la gestion des couleurs. Si l’ambiance et la lumière des scènes servaient déjà de repère temporel, dans cette dernière saison s’ajoutent des transitions spécifiques et des changements de format pour signifier le passage d’un monde à l’autre. Toutes ces astuces, en plus de donner une patine particulière à la série, permettent au spectateur de n’être jamais perdu.

Les scènes de fin d’épisode en musique persistent et sont même plus longues et plus ambitieuses qu’avant. Cette pause dans la dynamique des épisodes rappelle que Dark n’est pas un produit habituel, et encore moins un programme américain. On retrouve également cette patte européenne dans les thèmes abordés, notamment l’importance de la structure familiale et les stigmates de l’Histoire qui hantent la série sans jamais être frontalement abordés.


Dark est terminée et avec elle une aventure unique, aussi satisfaisante que déstabilisante. Intelligente, passionnante, bienveillante, différente, elle s’impose comme une grande série du catalogue Netflix et s’est émancipée de toutes les analogies qui l’handicapaient à ses débuts. Également très riche, la série réclame un deuxième visionnage pour saisir les détails, ainsi que toute la virtuosité de l’intrigue et de l’image.

Tags : Netflix Dark moins...
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