Séries Evil Saison 2 : Même le mal a du génie

Evil Saison 2 : Même le mal a du génie

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Evil Saison 2 - Evil Saison 2 : Même le mal a du génie

Nous avons quitté Evil, la dernière production de Robert et Michelle King (The Good Wife, The Good Fight) sur CBS il y a deux ans désormais et elle fait un retour tonitruant pour une seconde saison diffusée sur Paramount+. 13 épisodes denses, scrutant toujours le mal au travers de la sceptique Kristen (Katja Herbers), de l’athée Ben (Aasif Mandvi) et du croyant David (Mike Colter), toujours employés par l’Église pour enquêter sur des événements paranormaux.

Là où la première saison donnait la part belle au formula show, avec un cas de la semaine déconnecté des autres et uniquement lié par un mince fil rouge autour de l’antagoniste Leland Townsend (immense Michael Emerson), cette seconde saison bouscule toutes les lignes, toutes les croyances et tous les personnages dans leur fondation pour plonger tête baissée dans sa mythologie. Et quelle mythologie ! Reprendre les codes religieux pour les mettre en action sur Terre, là où on ne croit plus, c’est culotté et nous donne à voir l’apparition du Mal sous toutes ses formes.

Kristen a toujours été la non-croyante, la rationnelle et la réfractaire dans cette histoire. Comme Scully à l’époque, elle est notre point d’entrée et le spectateur lui-même. Mais le monde a changé et cette seconde saison bouscule ses codes et les nôtres. La possession n’est plus expliquée par des arguments tangibles et Evil instille le doute en Kristen par son comportement de plus en plus dangereux suite au meurtre qu’elle a commis pour protéger ses filles. Dans le meilleur épisode de la saison, (le septième intitulé S is for Silence), elle joue avec le feu au milieu d’une abbaye dont elle brise volontairement le vœu de silence qui est censé protéger de la libération d’un esprit maléfique. S’en suit une lente descente aux enfers où elle utilise le sexe et la violence comme exutoire. La possession est réelle, la menace également mais on la voit enfin en action, aidé par le fait que notre personnage se fait lui-même envahir par un démon.

Des démons, il en sera aussi question avec Sheryl, la mère de Kristen, qui prend de manière tout à fait assumée, le parti du mal. Elle pactise avec Leland qui lui ouvre alors les portes d’un monde où les masques sont tombés et où le Mal avance ses pions. Les King œuvrent vraiment à créer une série singulière, fantastique mais prenant vraiment pied dans le réalisme, où nos mauvaises actions peuvent nous mener loin. Christine Lahiti illumine la saison avec une Sheryl déchaînée, aimant toujours sa famille mais ayant sciemment décidé que boire du sang est une chose tout à fait normale. Son duo avec Leland est un délice à regarder, surtout quand Michael Emerson lâche la rampe. Le grand méchant est faillible, une pièce du puzzle dans le grand schéma qui se met en marche mais il tient à occuper l’espace, à prendre sa part et surtout à s’amuser avec notre trio, notamment en simulant un exorcisme ou en se faisant passer pour un sain mécène de l’Église et intégrer les enquêtes.

Toute la seconde saison d’Evil est portée par une folie de plus en plus visible, de moins en moins ambiguë et pourtant toujours énigmatique. Hormis le Mal, rien est nommé directement, les codes pour comprendre et combattre l’ennemi ne sont jamais donnés ou alors au compte-goutte, à mesure que les personnages avancent. David ne teste alors plus sa foi mais son courage, notamment aux côtés de Sœur Andrea, une nonne bien plus au courant que lui de ce qui se trame. Elle l’épaule dans son projet de prêtrise non pas par prosélytisme mais parce qu’il faut des forces dans la bataille et qu’il est au cœur de celle-ci. Que ce soit Leland ou Soeur Andrea, illustrée par leurs différents affrontements verbaux, tout est une question d’influence pour que son camp triomphe, tout en avançant masqué, dans une réalité qui n’est pas prête à vivre avec ces événements.

On pourrait voir cette deuxième saison comme un désordre total, une multitude de pistes lancées et où peu de questions sont résolues. Entre les rêves de Ben (ou ses déboires avec Vanessa et son “evil twin” Maggie) et la possession de Kristen, chaque personnage est challengé dans ses croyances et on ne leur fournit jamais des réponses claires et rationnelles. Le schéma général se dessine au fur et à mesure et, comme les protagonistes, le spectateur distingue la peinture par touches, des éléments de réponse distillés dans les différentes intrigues, un puzzle qui se construit encore.

Si dans d’autres séries, cette manière de procéder peut rebuter, Evil contourne l’ennui et l’opacité par une rigueur épatante dans son écriture et sa réalisation. Chaque phrase, chaque plan, chaque intrigue est travaillée pour faire sens, pour divertir et pour construire le récit. On est jamais autant dérouté que face à un épisode de la série, incapable de prédire sa fin ou la pierre qu’il va apporter à l’édifice et, en 2021, être surpris par une intrigue, c’est assez rarissime pour la rendre notable.

Décapante, folle, inventive, effrayante, insondable, brillante, cette saison 2 d’Evil n’épargne ni les personnages ni les spectateurs pour délivrer treize épisodes d’une qualité impressionnante, marqué par un final qui ouvre de belles perspectives. Bref, la série de l’année à mon sens et probablement une des plus intelligentes de la décennie.

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