Game of Thrones : Souffler le chaud et le froid

9 Déc 2020 à 12:00

Game of Thrones serie integrale - Game of Thrones : Souffler le chaud et le froid

PeakTV - Game of Thrones : Souffler le chaud et le froid À l’ère du Peak TV, Critictoo se lance dans un challenge “52 semaines, 52 séries” en proposant une fois par semaine un retour sur une série terminée.

Winter is coming.’ Si cette phrase ne vous dit rien, c’est que vous avec vécu reclus ou avez fait un effort surhumain pour passer entre les mailles — très serrées — du phénomène qu’a été la série Game of Thrones, diffusée entre 2011 et 2019 sur HBO. Rares sont les séries qui, pendant leur diffusion, ont soulevé à ce point les foules, rassemblé autant de gens derrière un écran, touché et suscité autant de frustration.

58 Emmy Awards, des notes en tête de peloton sur le site de référence IMDb, des records d’audience et de téléchargement… La série de David Benioff et de D.B. Weiss a marqué de façon indélébile l’histoire de la télévision, mais pas seulement. Plus d’un an après sa conclusion très — trop — attendue, il est temps de revenir sur cette épopée télévisuelle à l’ambition dévorante.

Le début de l’histoire, à Westeros et au-delà

Disons-le, la fantasy donne le jour à de belles heures littéraires durant la seconde partie des années 90, période où le premier tome du Trône de Fer est publié. Tout commence alors avec une mort, celle de Jon Arryn, principal conseiller du roi Robert Baratheon (Mark Addy). Sur le continent de Westeros, ce dernier gouverne le Royaume des Sept Couronnes depuis plus de dix-sept ans, à la suite de la rébellion qu’il a menée contre le « roi fou » Aerys II Targaryen.

Les rouages de la machine se mettent en route lorsque le roi décide de demander à son vieil ami Eddard « Ned » Stark (Sean Bean), seigneur de Winterfell régnant sur le nord, de devenir la nouvelle Main du roi. Père de famille aimant, mari attentionné et surtout homme moral, Ned Stark va découvrir plus que ce qu’il était bon pour lui en acceptant cette position. Inexorablement, il participe à enclencher des changements qui vont conduire à des bouleversements politiques, de la violence et des morts en pagaille.

Rien n’est simple dans Game of Thrones, et très vite, la série expose un univers politique complexe fait de famille, d’inceste et de coup-bas où le peuple n’est jamais pris en compte. Les Lannister s’imposent comme des figures majeures et problématiques, avec Cersei, la Reine (Lena Headey), Jaime le Régicide (Nikolaj Coster-Waldau), et Tyrion le gnome (Peter Dinklage). Trois personnalités différentes qui donnent le jour à une dynamique familiale définie par le pouvoir, le sexe et l’argent et dénuée de tout amour paternel.

Le pouvoir coule également dans les veines de Viserys Targaryen (Harry Lloyd), héritier « légitime » en exil des Sept Couronnes sur le continent d’Essos. Prêt à tout pour remettre sa famille sur le trône, il marie sa jeune sœur Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) à Khal Drogo (Jason Momoa), seigneur de guerre des Dothrakis, afin d’obtenir le soutien de la puissante horde de cavaliers nomades qu’il dirige. En cadeau de mariage, elle reçoit trois œufs de dragons pétrifiés qui vont par ailleurs participer à créer un destin hors norme pour Daenerys…

L’univers de Game of Thrones fait souffler un léger vent de magie, aussi discret qu’important sur la série. En plus de dragons, nous suivons Jon Snow (Kit Harington), le jeune bâtard de Ned Stark, rejoindre la Garde de Nuit, une confrérie qui protège et défend le royaume de Westeros de ce qui vit de l’autre côté du Mur, un gigantesque édifice fait de glace, de pierre et de magie, formant la frontière septentrionale entre les contrées glacées du nord et les Sept Couronnes. Les Sauvageons sont présentés comme la menace, mais au-delà du Mur se trouvent une race d’anciennes créatures mythiques et légendaires appelée les Marcheurs blancs qui ne cessent de se rapprocher, prêts à profiter du retour de l’hiver pour tout détruire sur leur passage.

Game of Thrones se présente comme monde imaginaire définit par le complot politique et une menace ancestrale qui étendra ses frontières pour s’articuler autour d’une incroyable galerie de personnages ne cessant de complexifier le récit. Une aventure où le nombre le nombre de personnages présent donne un peu le tournis (et il y en a moins à l’écran que dans les livres).

A Song of Ice and Fire, l’univers de fantasy de G.R.R. Martin et son adaptation

Pour cette raison, il n’est peut-être pas surprenant que la saga littéraire encore inachevée écrite par G. R. R. Martin a longtemps eu la réputation, comme bien des œuvres, d’être inadaptable. Trop compliquée, comprenant trop de personnages, mais surtout trop ancrée dans un genre de niche attribué aux enfants : la fantasy. Pire encore, elle s’inscrit dans une version bâtarde, sombre et extrêmement violente destinée à un public averti. Contre toutes attentes, d’une œuvre pour quelques irréductibles naîtra un phénomène planétaire et intergénérationnel ; voilà le véritable tour de force de la série.

Game of Thrones devient malgré elle le porte-étendard d’un genre complexe et complet, où le réalisme crasse rencontre la magie, où les décisions politiques qui agitent encore la planète sont entre les mains d’hommes — et de femmes — avec des épées, où la philosophie se mélange à l’action. Dans celle que l’on surnommera affectueusement GOT, la bonne volonté ne suffit pas, les égos se confrontent emportant avec eux des nations et la limite entre le bien et le mal est bafouée.

Cette base scénaristique incroyablement riche n’est pas l’unique clé du succès de la série. Cette dernière s’est imposée en repoussant certaines limites télévisuelles, principalement celle du budget. Celui consacré à la huitième et dernière saison est le plus important jamais recensé pour une série. Chaque épisode aurait coûté la modique somme de 15 millions de dollars. Lieux de tournage, effets spéciaux, large distribution… Le gigantisme a un prix. Mais rassurez-vous, l’investissement est rentable.

Se reposant solidement sur les bases d’une histoire posée dans la saga littéraire, où de nombreuses questions n’ont pas encore trouvé de réponses, Game of Thrones est le genre d’œuvre qui aura permis d’alimenter les conversations. De qui est le père de Jon Snow à qui finira sur le trône, les théories émergent autour de tout point un brin nébuleux ou non explicité dans la série (aidé également par ce que G.R.R. Martin a déjà couché sur papier). Chaque personnage, aussi nombreux soient-il, gagne ainsi le cœur de cette fanbase solide et fidèle.

Mettant à mal brutalement l’accord tacite selon lequel le héros d’une série est intouchable, Game of Thrones appartient aussi aux œuvres qui ne craignent pas d’éliminer ses personnages pour modifier le statu quo ou bouleverser le spectateur. Rien ni personne n’est à l’abri, et c’est aussi cette dose de frisson hebdomadaire que vient chercher cette nouvelle audience.

Entre scandales et déceptions

Au fil des années, et au rythme approximatif d’un livre par saison, la série dépasse inévitablement son support originel dont le sixième, The Winds of Winter, n’est toujours pas publié. Depuis la saison 6, les scénaristes sont (presque) seuls aux manettes. Si G.R.R. Martin est toujours là pour leur donner quelques informations (à l’image du sort de Hodor), ils n’ont plus les livres pour les guider dans cet univers. Au fil du temps, les décisions prises au sujet de certaines figures ou intrigues les ont en plus éloignés du matériel d’origine et mènent inexorablement dans des directions différentes. Alors, comment conserver la consistance et la complexité d’intrigues et de personnages pensés par un seul homme sur plusieurs décennies lorsque l’on doit improviser en quelques mois ? Le verdict est sans appel, ils n’ont pas pu.

Les trois dernières saisons changent drastiquement de ton, moins de stratégie, moins de politiques, moins de discours épiques, mais plus de rythme, plus d’action, plus de fan service. Cette transition ne se fait pas sans peine, laissant un goût amer aux fans de toujours qui voient leur univers s’étioler pour quelque chose de bien plus formaté. On peut néanmoins se consoler de ce naufrage narratif avec une photographie plus audacieuse, une réalisation toujours plus dynamique et la musique incroyable de Ramin Djawadi.

Durant ces huit saisons, Game of Thrones a également été ébranlée par de nombreux scandales qui ont mis à mal son image publique. Série dénoncée pour son imagerie sexuelle hautement explicite, ainsi que ses scènes de viols et de torture, les scénaristes s’assagissent avec le temps, perdant de l’audace qui les caractérisait. Série féministe ou faussement engagée, les débats sont encore animés, mais on ne peut que noter la palanquée de personnages féminins forts construits au fil des saisons, Sansa (Sophie Turner), Cersei et Brienne (Gwendoline Christie) en tête.

Il n’en est pas moins qu’il en ressort un lot de décisions plus ou moins discutables, que ce soit dans le traitement des personnages ou dans les rouages scénaristiques utilisés pour faire un point. L’équipe créative multiple trop souvent les raccourcis, ne pouvant plus dès lors se reposer sur sa lente exposition pour soutenir certains développements qui apparaissent hâtifs et affaiblissent ainsi la cohérence même de l’univers. C’est une chose de ne plus passer une saison à se rendre d’un point à un autre, cela en est une autre de voir les personnages changer leur allégeance ou leurs idéaux sans de véritables approfondissements.

Winter is over

Dès lors, la saison 8 est la plus controversée de Game of Thrones et, cerise sur le gâteau, la fin vient trouver sa place parmi les plus décriées du petit écran. Malgré les défauts de rythme indéniables des derniers épisodes et de la prise de risque pour ainsi dire nulle de cette conclusion, les réactions fortes qui ont émergé avec ce final exposent à la fois la passion des spectateurs pour l’œuvre et des attentes élevées et difficilement atteignables après la direction prise par la série quelques saisons plus tôt.

Une conclusion qui vient certainement entacher la série et le phénomène qui l’accompagnait, mais qui n’enlève néanmoins rien de ce qu’il fut pendant de nombreuses années. Véritable phénomène de pop culture, la communauté qu’elle a créée dépasse aujourd’hui les frontières nationales, générationnelles, sociales, et même politiques — parlez-en à Barack Obama. Ses répliques cultes sont dans toutes les bouches (« You know nothing, Jon Snow ») et se voient déclinées et détournées à tout-va.

Si, comme le pense Tyrion, ce sont les histoires qui rendent immortels, Game of Thrones s’en va pour traverser les âges et passe le flambeau à ses spin-offs en préparation. Aussi imparfaite qu’elle ait pu être, elle révéla un monde de fantasy riche et complexe, loin d’être pour les enfants, où la politique, les dragons et l’épique se sont rencontrés pendant presque une décennie. Il en émergea une aventure unique en son genre, comme chaque phénomène télévisuel l’est.


L’intégralité de Game of Thrones est disponible en streaming sur OCS et Canal+, mais également en DVD et Blu-ray. Et qui dit phénomène culturel, dit également myriades d’objets dérivés.

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