Hollywood : Panser les plaies de l’Histoire

18 Mai 2020 à 12:00

Après The Politician, Ryan Murphy poursuit son auscultation toute personnelle de l’Amérique dans Hollywood en s’attaquant de front à l’industrie des rêves. Cette fois-ci le showrunner — de nouveau accompagné par Ian Brennan — prend les choses de façon plus tortueuse. Pour évoquer notre époque, il propose un voyage dans le temps en réécrivant l’âge d’or hollywoodien.

Cette nouvelle série Netflix débute dans une Amérique se réveillant de la Seconde Guerre mondiale, un jeune marin, Jack Castello (David Corenswet), se rend devant les grilles du studio Ace afin d’y être repéré et devenir une star de cinéma. Sur sa route, il va croiser le chemin d’un jeune scénariste afro-américain gay, Archie Coleman (Jeremy Pope) ; d’un réalisateur idéaliste, Raymond Ainsley (Darren Criss) ; et d’une jeune actrice afro-américaine, Camille Washington (Laura Harrier), qui rêve de voir son nom en haut de l’affiche.

Dans un premier temps, le duo Murphy/Brennan s’emploie à ressusciter avec précision ce Hollywood. On passe des « castings » à la sauvette devant les studios de cinéma aux soirées érotiques de George Cukor (incarné par Daniel London), des acteurs-gigolos à ces agents abusant de ces jeunes acteurs et actrices en leur promettant monts et merveilles. Au travers de cela, Hollywood capte toute la détresse d’une génération, celle des placards fermés à double tour, celle des rêves anéantis, celle des concessions avec soi-même. Mais, dans une pirouette murphy-ienne, la série s’extirpe des malheurs, des blessures, des brisures pour venir changer l’aiguillage de l’Histoire.

Hollywood fonctionne comme un négatif de Feud. Là où la rivalité entre les actrices Joan Crawford et Bette Davis permettait à Ryan Murphy d’explorer la dureté du star système envers ses incarnations féminines, sa nouvelle création panse les plaies de l’âge d’or. Il offre à ces personnages restés dans l’ombre un véritable coup de projecteur, il fait ouvrir les placards et assassine le singulier pour mieux sublimer le pluriel. Dans un pur geste de fiction, Hollywood vient donc réécrire les destins et malaxe la vérité pour la faire sienne, une chose terriblement moderne.

Alors oui, ce réenchantement de la réalité est naïf, utopiste, fantasmé, mais c’est là que réside toute la puissance dévastatrice et singulière de Hollywood, car on se prend d’affection pour ces personnages de façon quasi immédiate. Dans notre désir de voir leurs rêves devenir réalité, on est pris dans ce tourbillon pop, aux émotions vives, embrassant des élans romanesques simplement sublimes. L’illustration la plus parlante est sans doute à trouver du côté de Rock Hudson (Jake Picking), acteur ayant passé sa vie à dissimuler ses relations avec des hommes, qui ici peut enfin vivre son amour en pleine lumière. Mais, vient ce moment post-visionnage, quand on réalise que tout cela n’était qu’une fantaisie, qu’une vue de l’esprit, un mirage.

Dès lors, l’œuvre se gorge d’une féroce mélancolie et prend l’apparence d’un étendard ; visant à dénoncer le fait que tout cela est encore aujourd’hui qu’une utopie. La fiction trouve dans ce passé — et dans sa réécriture — le moyen d’interroger notre époque. Comment peut-on avoir encore si peu d’actrices et d’acteurs issus de minorités devant les caméras ? Pourquoi l’homosexualité est-elle toujours reléguée à une ligne de dialogue ou à un baiser au second plan ? Comment cette usine à rêve peut-elle encore et toujours ne faire rêver que les mêmes petits garçons et petites filles ?

Ainsi, avec Hollywood, le duo Murphy et Brennan offre au travers d’une réécriture pop, flamboyante et romanesque une réelle réflexion sur notre époque. Elle pousse à s’interroger, se questionner, s’insurger contre le fait que toute cette histoire ne soit encore et toujours qu’une pure utopie. Hollywood, ses personnages, sa destinée deviennent alors une sorte d’incarnation d’un possible vers lequel l’on veut désespérément tendre.

Tags : Netflix Ryan Murphy moins...
Spoiler Alert!
Veuillez suivre les règles suivantes concernant les spoilers dans les commentaires :
1. Sur la critique d'un épisode, ce qui concerne les épisodes à venir est considéré comme étant spoiler (idem pour ce qui concerne les saisons).
2. Vous avez le droit de mettre des spoilers dans vos commentaires, mais le contenu sensible doit être placé entre les balises <spoiler>....</spoiler> afin de protéger les autres lecteurs.
Critictoo Newsletter
Inscrivez-vous à la newsletter Critictoo pour ne plus rien manquer de l'actualité du site, des séries et plus.
©2006-2020 Critictoo, le webzine des séries TV - powered by Wordpress. Critictoo.com participe au Programme Partenaires d'Amazon EU, un programme d'affiliation conçu pour permettre à des sites de percevoir une rémunération grâce à la création de liens vers Amazon.fr.
Nos partenaires : DVD Series | Amazon | Tous nos partenaires

Critictoo dans ta boite mail !

Recevez notre Newsletter hebdomadaire pour suivre l'actualité, découvrir des séries et ne rien manquer tout simplement.
Inscris-toi !
close-link