Mad Men : le crépuscule d’une époque

18 Juin 2020 à 17:00

Mad Men Saison 4 Promo - Mad Men : le crépuscule d'une époque

PeakTV - Mad Men : le crépuscule d'une époque À l’ère du Peak TV, Critictoo se lance dans un challenge « 52 semaines, 52 séries » en proposant une fois par semaine un retour sur une série terminée.

Mad Men, c’est le crépuscule d’une époque. Enfin de deux époques pour être plus précis. La première est celle de la diégèse de la série, les années 60, la ferveur d’un Manhattan dévoué à l’homme blanc, de classe moyenne supérieure, l’exécutif, le publicitaire et donc son personnage principal pendant six saisons, Don Draper (Jon Hamm). La seconde est celle d’une idée de la prestige TV, débutée par les Soprano en 1999 sur HBO et terminée avec la conclusion de Mad Men en 2015 sur AMC, aux portes de la Peak TV. Le pont entre le maître (David Chase) et l’élève (Matthew Weiner, qui a officié sur The Sopranos). C’est la fin des questionnements sur l’homme en crise, la fin d’une conception des séries qui ne sont ni des anthologies ni de longs films, mais des parcours de vies qui accompagnent le téléspectateur et l’invitent à se regarder dans le miroir.

Mad Men nous plonge dans la psyché de personnages pour qui tout n’est qu’apparences et illusions, construction de l’être dans le monde. En s’attardant sur des publicitaires avides et bardés de défauts, elle révèle tout ce qu’ils désirent cacher : leurs défaillances, leurs arrangements avec le mensonge, les masques qu’ils façonnent pour apparaître présentables, efficaces et performants. Si Mad Men est aussi belle, c’est également parce qu’elle représente des gens parfois moches, souvent cabossés et son esthétisme met en lumière ce qu’ils voudraient dissimuler.

Don Draper a une vie parfaite sur le papier. Sa femme Betty (January Jones), ancien mannequin, ses deux enfants, sa maison en banlieue new-yorkaise, son travail en tant que créatif dans une grande agence publicitaire, le respect et surtout l’admiration de tous ses collègues… Mais voilà, un secret le ronge et le rongera tout au long de la série : il n’est pas tout à fait qui il prétend être et ce jeu de dupes le plonge dans un profond mal-être qu’il tente de guérir au whisky et aux femmes.

Tous les personnages — masculins tout du moins — de la série se battent avec une part sombre d’eux-mêmes, souvent créée par l’image de l’homme véhiculé par la société et la publicité, celle d’un être sans faute, sans émotion et sans vulnérabilité. Don Draper, ou mieux encore, son collègue envieux Pete Campbell (Vincent Kartheiser) sont toujours à la limite d’être des salauds avant de se tourner vers la rédemption. Or, et c’est là le cœur de Mad Men, il faut déconstruire cette vision de la masculinité dans une époque qui ne le permet pas réellement.

Mad Men est également un avènement. Sur le chemin inverse de Don Draper qui ne fait qu’entamer une descente qui durera quatre-vingt douze épisodes, les femmes vont quant à elles peu à peu prendre le pouvoir. Ambitieuses, perdues, compétitives, pas faites pour être mères, les trois personnages féminins de la série, Betty, Joan (Christina Hendricks) et surtout Peggy (Elisabeth Moss) ne sont pas nécessairement meilleures que les hommes, mais on leur offre enfin l’opportunité de les battre sur leur propre terrain.

L’émancipation de Peggy Olsen est en ce sens le pôle inverse de celui de son patron puis collègue, Don. Aux antipodes l’un de l’autre, ils vont s’épauler et se comprendre jusqu’au climax de la série et son exact centre, le magnifique The Suitcase (4.07). Peggy est tout ce que Betty n’est pas, et une autre voie pour parvenir au pouvoir que Joan. Elle ne va pas seulement gagner en confiance et gravir les échelons, elle va également se découvrir parce qu’elle saisit sa chance et la force dans ce monde beaucoup trop masculin. Elles sont toutes les trois des perspectives différentes sur ce que devait être une femme dans les années 60, loin de conforter l’image de la ménagère ou de céder à la facilité de la femme légère. Mad Men nous propose trois grands personnages.

Mad Men, c’est également une peinture. Celle d’un New York qui s’ouvrait malgré des positions sociales encore sclérosées (celle des femmes, celle des homosexuels, celle des noirs). La série est rythmée par une décennie aussi émancipatrice (le mouvement pour les droits civiques) que dépressive (l’assassinat de JFK, la guerre du Vietnam). Celle d’une banlieue qui étouffe les ménages, qui ne permet pas de développer des relations totalement saines avec son entourage, qui tue l’individualité dans le moule vendu par l’ère la plus violente de la consommation. Et c’est donc celle d’un monde régi par la publicité qui rythme à la fois la vie professionnelle et personnelle de nos personnages : leurs relations se construisent autour de ça, ils sont pressés de rentrer dans le moule qu’elle construit.

Si la publicité et la société sont le carcan qui dévoile tout, ce sont bien les personnages le cœur de la série. Malgré leurs défauts, le brio de Matthew Weiner et son équipe est d’écrire des destins qui vont nous émouvoir pendant six saisons, maintenant une qualité d’écriture (et de réalisation) qui tient du génie.

La série conclut une ère de la télévision dont l’aura résonne encore aujourd’hui, mais montre qu’une autre a été grande ouverte : celle des femmes. Si elles n’ont pas attendu Mad Men pour s’imposer, elles trouvent ici un écrin magistral, achevant une époque primordiale pour la télévision, démontrant que cette série est une immense parmi les plus grandes.

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