Misfits : La série anglaise culte qui a montré que les super-pouvoirs ne faisaient pas les héros

Misfits Saison 1 - Misfits : La série anglaise culte qui a montré que les super-pouvoirs ne faisaient pas les héros

Difficile de mieux présenter la série que ne le fait son titre en un seul mot : Misfits— ou inadaptés en anglais. Un mot plus qu’approprié pour présenter tous les jeunes qui peuplent les 5 saisons de la série diffusée de 2009 à 2013 sur E4 au Royaume-Uni.

Au départ, on ne sait que peu de choses sur eux, excepté qu’ils manquent de perspectives d’avenir. Pour des raisons diverses, ils se retrouvent à effectuer ensemble des travaux d’intérêt général le jour où survient une tempête. Suite à celle-ci, nos personnages principaux développent des pouvoirs extraordinaires et se retrouvent à vivre des situations improbables.

Petit retour sur une série culte anglaise avec une rétrospective qui contient naturellement des spoilers.

Étude sur la difficulté du passage à l’âge adulte (saison 1 & 2)

Créée par Howard Overman (Crazyhead), Misfits débute ainsi avec un orage étrange qui mène de jeunes délinquants à obtenir des super-pouvoirs, et ils ne sont pas les seuls. Ils ne sont également pas des superhéros, malgré le fait qu’ils aient déjà un uniforme. D’ailleurs, si le contexte surnaturel est un prétexte pour construire des situations absurdes et servir de catalyseur d’humour noir, il permet surtout d’approfondir le mal-être de ces jeunes. Ce dernier est parfaitement illustré par les manifestations des leurs pouvoirs dans les premières saisons. Prenons quelques exemples :

  • Curtis (Nathan Stewart-Jarrett), ancien athlète de haut niveau ayant dû arrêter la compétition à la suite d’une condamnation pour possession de drogues, vit dans le regret permanent. Il hérite du pouvoir de remonter le temps.
  • Kelly (Lauren Socha), malgré un caractère bien trempé, est très préoccupée par ce que les autres pensent d’elle. Suite à la tempête, elle développe le pouvoir de lire dans les pensées.
  • Post adolescent très introverti, Simon (Iwan Rheon) peine à se faire des amis et à attirer l’attention des filles. Il se sent invisible et ce ressenti devient son pouvoir.
  • Enfin, Alisha (Antonia Thomas) est une jeune fille à la réputation sulfureuse qui peine à se faire considérer autrement. Victime de slutshaming très tôt dans la série, elle obtient le pouvoir de provoquer un désir incontrôlable à chaque fois qu’un homme la touche (oui c’est très hétéronormatif…)

Nathan (Robert Sheehan), dont on découvrira le pouvoir en fin de saison 1, ne rentre pas vraiment dans cette analyse que l’on pourrait également appliquer à de nombreux antagonistes des deux premières saisons. Cette piste de lecture sera malheureusement abandonnée avec le renouvellement des pouvoirs en saison 3 et les habilités des nouveaux personnages par la suite, à l’exception de Rudy.

Si les âges des personnages ne sont pas précisés (hormis Nathan qui à 20 ans), il s’agit de jeunes adultes entre 18 et 25 ans, d’où une continuation des thématiques sur le passage à l’âge adulte et les restes du mal-être de l’adolescence. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à quelques exceptions près (Nathan, Rudy et Finn) ces jeunes sont sans figure parentale.

Au travers des aventures qui nécessitent chaque semaine de sauver leur peau, Misfits explore les fêlures de ses personnages, parvient à les faire grandir et leur donne une dimension de losers magnifiques. Ils ne sont ni très forts (certains d’entre eux n’apprendront jamais à maîtriser leur pouvoir), ni très intelligents (ou de façon variable), ni très ambitieux, mais c’est cette forme de normalité qui nous permet de nous attacher et de nous identifier à eux.

Dès cette saison 1, les scénaristes font souvent le choix d’avoir des épisodes centrés sur un personnage en particulier. Parmi les plus marquants, on peut citer le second épisode de la saison 2 au sujet de Nathan qui nous permet d’explorer ses liens familiaux avec l’apparition d’un demi-frère ou l’épisode 3 de la saison 4 centré sur Rudy qui nous introduit sa troisième personnalité. Parfois ce type d’épisode se rapproche même de l’épisode concept comme c’est le cas de l’épisode 4 de la saison 1 qui voit Curtis revenir dans le temps à plusieurs reprises pour réécrire son passé et corriger ses erreurs.

Cette capacité à nous présenter des épisodes coup de poing est une des forces de Misfits. Mais cette qualité est contrebalancée par un grand défaut qui apparaît dès les premières saisons : le manque de conséquences (émotionnelles notamment) pour les personnages d’un épisode à l’autre. Ainsi, dans l’épisode évoqué précédemment qui voit Nathan découvrir un nouveau membre de sa famille et le perdre aussitôt, le traumatisme de cet événement n’a aucune conséquence émotionnelle sur le personnage une fois l’épisode terminé. De ce fait, les personnages perdent en consistance. On peut également citer toutes les fois où un personnage voit son petit ami ou sa petite amie se faire tuer et l’épisode d’après, voire au sein même de l’épisode, le monde est déjà merveilleux de nouveau (ce qui arrive à Curtis, Rudy, Abbey).


Misfits Saison 3 - Misfits : La série anglaise culte qui a montré que les super-pouvoirs ne faisaient pas les héros

Saison 3, la saison de transition

Misfits a connu de nombreux chamboulements de casting qui ont pu déstabiliser à la fois le public et l’équipe créative de la série. Preuve en est une saison 3 qui en a déçu beaucoup, et les difficultés du casting des saisons 4 et 5 à faire oublier le casting original (de façon assez injuste à mes yeux).

Ainsi, la saison 3 doit faire sans Nathan (qui s’offre une forme de conclusion dans un mini épisode à Las Vegas) et avec l’arrivée de Joe Gilgun dans la peau de Rudy. Ce dernier est à mes yeux le meilleur personnage de la série, seulement… pas en saison 3 où il est clairement écrit pour être le Nathan bis. Cela est fortement visible dans les premiers épisodes de la saison où toutes ses interventions sont des phrases qu’aurait pu prononcer Nathan. Heureusement, on voit déjà à travers son pouvoir et son rapport avec Rudy 2 le potentiel du personnage. Cette idée très intéressante de pouvoir — la duplication émotionnelle — sera beaucoup plus développée en saison 4 et 5, notamment dans les épisodes qui lui sont dédiés. Pour cette saison, les interactions mettent du temps à sonner authentiques, le temps que Joe Gilgun s’approprie le personnage et l’emmène plus loin que ce que le script paraissait le permettre.

Comme évoqué précédemment, cette saison 3 introduit de nouveaux pouvoirs pour chacun de nos personnages, conséquence de leur rencontre avec le dealeur de pouvoir Seth (Matthew McNulty, futur intérêt amoureux de Kelly). Pourquoi de nouveaux pouvoirs ? C’est une question que l’on peut se poser tellement les deux premières saisons avaient réussi à bien jouer avec les habilités des personnages autant dans leur usage au quotidien que dans la métaphore. Les scénaristes espéraient-ils forcer un renouvellement ? C’est fort probable. Toujours est-il que ces nouveaux pouvoirs sont bien décevants et n’apportent pas beaucoup à l’intrigue, si ce n’est des facilités scénaristiques. Seule exception notable, le changement de pouvoir d’Alisha qui était devenu nécessaire au récit.

Moins bonne dans l’humour que les précédentes, cette troisième saison de Misfits semble coincée entre son statut de saison de transition et de saison de conclusion. De ce fait, elle perd son ton particulier et la fraîcheur de ses débuts. À mes yeux, cela ne l’empêche pas de donner une conclusion toute en émotions à Alisha et Simon. Quant à Kelly, toujours maladroitement servie en termes de développement de personnage, elle peinera à s’imposer malgré un temps d’écran plus important, avant que les démêlés judiciaires de l’actrice nous privent de son personnage en saison 4.


Misfits Saison 5 - Misfits : La série anglaise culte qui a montré que les super-pouvoirs ne faisaient pas les héros

Super héros ou héros pas super ? (saison 4 et 5)

La saison 4 est assez déséquilibrée, car elle doit gérer dans sa première partie l’arrivée de nouveaux personnages, Jess (Karla Crome) et Finn (Nathan McMullen), tout en fermant les arcs de Curtis et Seth (et Kelly au travers lui). Si Seth est assez expédié, Curtis bénéficie d’un dernier épisode assez réussi permettant de donner au personnage une belle sortie, alors qu’il avait souffert d’inégalité d’écriture depuis le début de la série. Son nouveau pouvoir de changement de sexe n’aura jamais été exploité à sa juste valeur malgré un fort potentiel. Cela peut être imputé aux maladresses des scénaristes mal informés sur les questions de transidentité.

Par conséquent, la dynamique de groupe ne peut clairement s’installer qu’en fin de saison. Heureusement, l’alchimie entre les nouveaux personnages fonctionne bien à l’image de ce qu’avait réussi Misfits avec le casting d’origine. Ainsi, malgré leur manque d’intérêt propre, on développe une forte sympathie pour les nouveaux. Cependant, les pouvoirs de cette seconde génération sont vraiment décevants. Entre ceux inutiles ou non utilisés, comme ceux d’Abbey (Natasha O’Keeffe) et Jess, et celui profondément dérangeant d’Alex (Matt Stokoe), il ne reste que la télékinésie approximative de Finn pour servir de running gag, avec efficacité si je suis honnête. On doit aussi faire la connaissance du nouvel agent de probation, caractérisé par son homosexualité refoulée et son caractère tyrannique. On regrettera de le voir rester plus longtemps que ses prédécesseurs, alors que l’humour autour de son personnage ne fonctionnait pas toujours. Reste ce très bon épisode de la saison 5 (le troisième) dans lequel nos personnages pensent l’avoir tué, alors que finalement non. Une façon très réussie de jouer sur nos attentes et une forme d’humour 100% Misfits.

L’un des gros points noirs de Misfits est le traitement parfois dérangeant de la sexualité dans la série. Nombreuses sont les remarques et les situations de déni du consentement qui ne sont pas relevées par un tiers personnage. Par exemple, beaucoup de personnages masculins, dont les préférés du public Nathan et Rudy évoquent à de multiples reprises la tactique de faire boire une fille pour coucher. Encore plus problématique, on assiste à la banalisation du viol lors de plusieurs intrigues mettant en avant le pouvoir d’Alex (prendre le pouvoir des gens au cours de l’acte sexuel). Cela donne lieu à des scènes vraiment gênantes. Difficile de conseiller Misfits sans mettre un gros warning à ce sujet.

Au final, ces deux dernières saisons sont portées essentiellement par le personnage des Rudy (interprété par le merveilleux Joe Gilgun) qui après une arrivée en demi-teinte devient le centre humoristique et émotionnel de la série, d’autant plus en saison 5 au cours de laquelle Rudy 2 prend son indépendance. La dualité entre les deux personnalités incarne bien le débat au sein de la série entre le je-m’en-foutisme de Rudy et la volonté d’héroïsme de Rudy 2. Si la série s’était toujours réclamée du premier, la conclusion va donner sa chance au second.


Ainsi, il est drôle de voir Misfits se terminer sur la promesse des personnages d’enfin devenir des héros, ce que la série s’était refusée depuis sa saison 1. Il s’agit donc de mettre fin au contre-pied qu’était le projet initial. Par le biais de Jess, on voit tous les personnages vouloir donner du sens à leur vie. Cette génération se termine donc sur une fin heureuse qui aura été refusée à la majorité des personnages de la première génération. Si la série ne nous a jamais épargnés, je suis plutôt de celles qui se satisfont de cette note d’espoir finale.

L’intégrale de Misfits est disponible en DVDs et en streaming sur Canal+ Séries.

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