Mrs America : Une petite histoire du féminisme des 70s

8 Juin 2020 à 12:00

Bienvenue dans l’Amérique des années 70. C’est l’époque de Phyllis Schlafly (Cate Blanchett), femme qui a étudié les sciences politiques et militante contre les dangers du communisme. Elle est l’épouse de Fred Schlafly avec qui elle aura 6 enfants. Elle est la figure de proue du mouvement antiféministe dans la mini-série Mrs America, série de FX disponible sur le site de streaming de Canal+.

Cette création de Dahvi Waller s’inspire de faits réels pour nous retracer le combat autour de la ratification de l’Equal Rights Amendment qui vise à garantir l’égalité des droits entre les sexes. Alors que des féministes comme Gloria Steinem (Rose Byrne), Betty Friedan (Tracey Ullman), Shirley Chisholm (Uzo Aduba), Bella Abzug (Margo Martindale) et Jill Ruckelshaus (Elizabeth Banks) se battent pour le droit des femmes, Phyllis Schlafly s’organise et crée sa propre organisation, STOP ERA, pour empêcher la ratification de cette proposition.

Ceci est la proposition :

L’égalité des droits en vertu de la loi ne peut être dénié ou restreint, ni par les États-Unis, ni par aucun État, en raison du sexe.

Pour retracer cette histoire qui commence en 1971 et se termine en 1980 avec l’élection de Ronald Reagan, l’équipe de Mrs America décide de mettre l’accent sur une figure féminine différente à chaque épisode. Ce choix peut s’expliquer par la volonté d’en couvrir le plus tout en offrant des portraits complexes de ces femmes. Le casting est souvent brillant, et permet de donner corps à des personnalités fortes, imparfaites et admirables.

Sur papier, cela pouvait donc paraitre être une bonne idée. Dans l’exécution, cela crée un déséquilibre narratif empêchant ainsi de nombreuses figures de prendre forme avant qu’on ne leur laisse l’opportunité, à l’image par exemple de Jill qui est à peine défini avant d’avoir le droit à son épisode (le sixième). Lorsque celui-ci est tôt dans la saison, à l’image de Shirley Chisholm, cette dernière se retrouve par la suite en recul. Et cette approche de vouloir offrir à toutes ces figures leur moment sous le feu des projecteurs met en exergue tout ce qui semble manquer, tous ces bouts d’histoire qui viendrait compléter le tableau et l’enrichir. Dans la volonté de délivrer une couverture large du mouvement féministe, Mrs America expose le fait qu’elle ne possède pas le temps pour le faire comme il se doit.

À l’opposé, Phyllis Schlafly est la figure de l’opposition et se révèle être une représentante étrangement fascinante sous les traits d’une parfaite Cate Blanchett. Une femme qui a plus ou moins tout pour elle – l’intellect, la famille, la réussite et la beauté – et qui s’oppose au mouvement féministe dans le but de faire progresser sa carrière. La série nous dépeint une personne ambitieuse qui est juste un nœud de contradictions. Phyllis Schlafly est une féministe anti-féministe, elle est exactement ce qu’elle dit qu’une femme ne devrait pas être, c’est-à-dire ambitieuse, indépendante, travailleuse et plus encore. Elle aime le pouvoir et le contrôle que cela lui donne, et pour ne rien arranger, elle possède un don avec les mots qui lui permet de propager des mensonges pour créer une fausse narration à son avantage. Une pratique, à l’ère du « fake news » devenue banale, mais qui ne l’était pas en ce temps-là.

En tournant les projecteurs vers Phyllis, il serait presque aisé de passer outre tous les obstacles que le mouvement féministe devait surmonter, tous les efforts et alliances détruits en quelques secondes, avec un politicien qui a retourné sa veste. Un schéma qui se répète encore et encore, et souvent prenant forme avec beaucoup de lâcheté. Phyllis Schlafly représentait peut-être l’opposition, mais cela reste un combat contre le patriarcat et Mrs America reconnecte au moins avec merveille avec ce point pour délivrer une excellente et enrageante conclusion.

Reste que Mrs America nous fait une proposition alléchante, mais imparfaite. Si Phyllis Schlafly est au cœur du récit et possède tous les atouts pour être le sujet principal, la série tente en parallèle  de couvrir et redonner vie au mouvement féministe en mettant en avant de nombreuses figures de ce dernier. Il en résulte un récit qui apparait mal structuré, manquant de fluidité et souvent incomplet pour offrir cette vision large qui est pourtant recherché. En voulant trop en faire, Mrs America perd de sa force et de sa pertinence. Et si Phyllis nous apprend bien quelque chose, c’est le pouvoir d’une narration bien maitrisée.

Tags : FX moins...
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