Platane Saison 3 : Éric Judor ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît (sur Canal+)

À l’heure de la Peak TV, où le nombre de séries disponibles dépasse largement celui du temps que l’on a pour les regarder toutes, « ressusciter » une série dont le dernier épisode a été diffusé en 2013 fait office de geste punk et salvateur. À quoi bon binger saisons entières qui s’enchaînent avec la régularité d’un métronome quand on peut se faire une petite madeleine de Proust avec Platane ? Six ans d’absence d’une série qui ne nous manquait pas vraiment, mais qui, par bien des aspects, fait un bien fou dans la production française, et qui, au vu de cette « saison Tree », semble primordiale de ne pas arrêter.

Que peut bien avoir fait Éric depuis six ans ? Pas grand-chose, clairement. Toujours enfoncé dans son arrogance et son égocentrisme, le Éric fictif réalise des pubs, comme le vrai. Pour des fournisseurs d’électricité, comme le vrai. Il n’en faut pas plus pour voir dans la série le regard critique de l’auteur sur son propre travail et sa propre carrière (qui se porte par ailleurs pas mal). Il semble incapable de se débarrasser de Flex, son meilleur ami/colocataire/boulet de service. Et il croit toujours que son talent le sauvera de n’importe quelle situation. Situation qui lui échappe en permanence.

Malgré cette longue absence, Platane revient telle qu’on la connut. Sa mécanique est la même, mais les auteurs ont un peu affiné les lignes narratives, poussé quelques curseurs pour faire de cette saison la meilleure des trois jusqu’ici présentée. Ce « changement dans la continuité » donne un ensemble cohérent, qui se tient bien mieux qu’avant, mais fait malgré tout ressortir certains défauts déjà relevés dans les saisons précédentes.

Avec toujours Curb Your enthusiam comme référence absolue, Éric Judor fait preuve d’encore plus de perversité pour bousculer son double fictionnel, tout en s’affranchissant de nombreux codes inhérents au genre de la série. Bien que la comédie soit peu encline à la proposition du cliffhanger en fin d’épisode (et c’est tant mieux), la sérialisation impose une structure, des rappels aux événements passés jouent la connivence culturelle avec ceux qui savent ce qu’il s’est passé avant. Platane fait le minimum syndical à ce sujet, et même s’il dessine une trajectoire au long cours pour son personnage qui le fera passer par différentes étapes, les intrigues à chaque épisode s’échappent toujours bien loin du postulat de départ. Quand certains récits visent l’efficacité et vont d’un point A à un point B, Platane préfère s’arrêter au point Z, et seulement parce qu’il ne peut pas aller plus loin.

Preuve en est, Platane élève la digression au rang d’art majeur. Dans un arc narratif qui court sur plusieurs épisodes, Éric devient agent de la DGSE et croise bien évidemment quelques personnages clés du Bureau des Légendes, autre série de la maison Canal. Au cynisme un poil corporate du clin d’œil, on préfère y voir un bel hommage à une série devenue incontournable dans la fiction française et à laquelle on peut maintenant faire de larges références sans avoir peur de perdre les spectateurs. Alors que toutes les autres guests jouent leur propre rôle, Florence Loiret-Caille et Mathieu Kassovitz interprètent leur personnage de la série d’espionnage, poussant la mise en abyme assez loin.

Malgré toutes les qualités qu’on peut trouver à Platane, il faut cependant admettre que la série, depuis ses débuts, peut être inconstante sur le plan de la comédie. Les auteurs ne prétendent jamais vouloir prodiguer un humour universel. Platane n’est pas toujours une série facile à vendre tant elle s’éparpille dans le foutraque, et peut donc perdre des fans de la première heure. Les blagues les plus courtes sont les meilleures ? La série enchaîne les vannes douteuses/racistes/graveleuses et les étire plus loin qu’il ne faudrait pour certaines. En résultent surtout sur la deuxième moitié de vrais problèmes de rythme qui marquent un temps d’arrêt dans la comédie. Mais qu’elles nous fassent rire ou pas, les situations que traverse Éric n’ont pas vocation à nous laisser dans notre zone de confort.

En n’ayant jamais peur d’aller trop loin, Platane marque son statut à part, qui peut dérouter autant que passionner. La série assume tout, n’épargne personne, et ne rend de compte qu’à elle-même. Une abnégation qui force le respect et impose cette troisième saison comme la plus aboutie, la moins consensuelle et de ce fait, la plus intéressante.


La saison tree de Platane est diffusée depuis le 9 décembre sur Canal+, disponible sur MyCanal et en DVD à partir du 15 janvier 2020.

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