Ratched Saison 1: Folie de la vie

6 Oct 2020 à 12:00

Ratched Saison 1 Episode 6 - Ratched Saison 1: Folie de la vie

Après une révision de l’Histoire dans Hollywood et une campagne de second tour pour The Politician, voici que Ryan Murphy vient disséquer l’œuvre de Milos Forman, tirée d’un livre de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou pour y trouver le personnage principal de sa dernière création : Ratched.

Dès lors ce nouveau projet avec Netflix prend la forme d’un prequel aux allures de Frankenstein. Le producteur hyperactif tient à y explorer les origines d’un Mal. En l’occurrence, ici, celui de la glaciale et tyrannique infirmière Mildred Ratched iconisée par Louise Fletcher et qui renait sous les traits de la muse de Murphy, Sarah Paulson.

Tout débute en 1947, alors que Mildred Ratched tient coute que coute à se faire engager dans un hôpital psychiatrique de l’Oregon. L’établissement est dirigé par le Dr Richard Hanover (Jon Jon Briones) qui est persuadé de détenir entre ses mains les clés du futur de la médecine. Entre lobotomies balbutiantes et autres cures expérimentales, l’infirmière Ratched arpente les couloirs de l’institution à la recherche d’une personne de son passé.

En situant son récit à la fin des années 40, l’équipe créative de Ratched tient à ressusciter une époque, et surtout un certain cinéma. Ainsi, dès les premières minutes de la série, on se retrouve plongé dans un classieux thriller aux contours hitchcockien. De Psychose à Sueurs Froides en passant par La Maison du Docteur Edwards ou le plus psychologique Pas de printemps pour Marnie, Murphy offre un véritable jeu de pistes ultra-référencé. Même la bande sonore s’amuse à mêler aux impeccables compositions de Mac Quyale quelques titres de Bernard Hermann (compositeur fétiche d’Hitchcock).

Comme souvent dans une série de Ryan Murphy, les ambiances s’accordent aux genres, au thriller se greffe quelques brides d’horreur qui viennent grappiller autant chez Kubrick que dans une autre série de Murphy, American Horror Story. Mais surtout, Ratched réanime le mélodrame à la Douglas Sirk, avec la flamboyance de ses couleurs et l’ardeur de ses passions.

Cependant, le style sirkien est tordu par des obsessions murphyesque, la pulsion des sentiments au cœur de la saison concerne un couple de femmes. Il découle de cette romance tout un pan de la série. En effet, dès les premiers épisodes, à l’aide de certaines patientes du Dr Hanover, le show montre toute la violence et barbarie qui entoura les soi-disant soins afin de traiter l’homosexualité. Ratched va ainsi donner la voix et la lumière à ces « freaks », marginaux et autres parias qui tentent de trouver leur place dans le corsetage de l’époque. Que cela soit au travers du défiguré Huck (Charlie Carver) ou des troubles de la personnalité de Charlotte Wells (Sophie Okonedo), le show de Netflix interroge autant notre regard qu’il expose des êtres touchants et fragiles.

C’est au contact de ces patients que Mildred va affronter un dilemme intérieur. Car elle aussi tente de résister à ses propres envies, tout en étouffant les affres de son passé. Le désir, les pulsions et autres traumatismes irriguent cette première saison et permettent de créer un objet vénéneux, à la fois bouleversant (la séquence des marionnettes) et pervers (une scène de masturbation entre les barreaux d’une prison). C’est dans cette versatilité des émotions qu’elle nous impose que Ratched puise sa plus grande force. Cette première saison nous malmène et vient glisser sous l’épiderme une drôle de sensation, comme avec le serial killer campé par Finn Wittrock qui hérisse le poil autant qu’il le caresse.

Cette série chorale offre un caléidoscope de personnages qui convoquent chacun quelques beaux noms. Que cela soit Sharon Stone en excentrique bourgeoise en quête de vengeance ; Cynthia Nixon en héroïne romanesque désirant plus que tout de vivre ses passions ou encore Judy Davis (déjà vue dans Feud) dans la peau de l’infirmière en chef défiant une Sarah Paulson impeccable d’ambigüité.

Néanmoins, Ratched n’est pas sans défaut. D’une part, son récit est aussi tortueux que les routes de l’Oregon, ce qui apporte une richesse narrative indéniable, mais qui se perd parfois dans quelques sous-intrigues moins captivantes. D’autre part, les deux derniers épisodes se font plus poussifs. En effet, alors que la fin approche, les scénaristes semblent précipiter les choses afin de pouvoir justifier d’une seconde saison, dès lors, la première perd un tantinet de sa force, malgré un cliffhanger qui lance quelques pistes intéressantes pour la suite.

Ainsi, si cette saison 1 de Ratched n’est pas parfaite, elle demeure un objet vénéneux murphy-nesquement hitchcockien qui vient émulser les névroses et matérialiser des pulsions semblables aux prémices d’un mal en devenir.

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