Scandal : Olivia Pope à la rescousse, pour le meilleur et pour le pire

25 Nov 2020 à 12:00

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PeakTV - Scandal : Olivia Pope à la rescousse, pour le meilleur et pour le pire À l’ère du Peak TV, Critictoo se lance dans un challenge “52 semaines, 52 séries” en proposant une fois par semaine un retour sur une série terminée.

Au début des années 2010, les audiences sont en déclin sur ABC qui a vu ou voit ses plus gros succès se terminer les uns derrière les autres, alors qu’elle rencontre des difficultés à maintenir les chiffres pour ses séries à l’antenne et rassembler un public autour de ses nouveaux programmes. Dire que Paul Lee (président du groupe de divertissement ABC depuis juillet 2010 après la démission de Stephen McPherson découlant de poursuite judiciaire contre lui pour harcèlement sexuel)  a besoin d’une spécialiste pour gérer la crise et redorer son image est peu dire. C’est là qu’entre en scène Olivia Pope dans Scandal, nouvelle création de Shonda Rhimes pour la chaine de l’alphabet après Grey’s Anatomy et sa série dérivée Private Practice.

Au point de départ, Scandal nous raconte la vie professionnelle et personnelle d’Olivia Pope (Kerry Washington), experte en relations publiques. Chez OPA – Olivia Pope & Associés –, le staff aka Les Gladiateurs se charge d’effacer toutes traces de crimes ou d’autres délits dans le but de protéger leur client. Installée à Washington D.C., Olivia Pope fréquente les plus grands noms de la politique dont le Président des États-Unis dont elle est… la maitresse.

Scandal est l’histoire d’un succès aussi improbable que divertissant. Prenant la place de Private Practice sur la grille des programmes – cette dernière ne remplit pas les attentes – avec Grey’s Anatomy en lead in, elle parvient à réunir une audience suffisamment solide pour obtenir un renouvellement. L’histoire, pourrait-on dire, se répète un peu pour Shonda Rhimes qui trouve ici, après Grey’s Anatomy, sa seconde série à défier les attentes en débarquant à la mi-saison. Le bouche à oreille fait le reste. Au cours de sa seconde saison, Scandal trouve son public, grimpe, gagne en popularité pour devenir, en saison 3 et 4, un véritable hit.

Quel est alors le secret d’Olivia Pope et de son équipe de Gladiateurs composée de Huck, Abby, Harrison et Quinn ? Ce qui fait le charme et la force de la série est que tout peut arriver. Littéralement. Un extra-terrestre pourrait se poser sur la pelouse de la Maison-Blanche qu’OPA parviendrait à nous faire avaler la couleuvre. En somme, à ce niveau de l’histoire, Olivia Pope ne craignait pas de « Jump the Shark ». Les excès faisaient, au contraire, partie de sa formule. Entre les magouilles à la Maison Blanche et la dissimulation de cadavres pour sauver l’image du client chez OPA, tout allait très vite ; il suffisait de se laisser porter par ce flot de retournements de situation qui nous emmenait vers d’autres évènements encore plus énormes que les précédents.

Si Olivia Pope nous était présenté comme une sorte d’héroïne –  avec son chapeau blanc, symbole qu’elle se trouve soi-disant du bon côté de la force –, Scandal brille par ses portraits de personnages plus problématiques les uns que les autres, et le penchant de certains à délivrer des discours plus ou moins interminables. De Cyrus Beene, chef de cabinet de la Maison Blanche prêt à tout pour garder le pouvoir à Eli Pope, le père d’Olivia Pope à la tête de B613, une agence secrète d’assassins d’Etat en passant par la vice-présidente Sally Langston, le monde politique de la série est, naturellement, tout l’opposé de À La Maison Blanche pour le plus grand plaisir du téléspectateur. Sans surprise, Fitzgerald Grant est un président peu brillant, bien qu’avec le temps, loin d’être aussi catastrophique qu’on aurait pu le croire. C’est aussi un grand romantique dans l’âme, qui rêve de se marier avec Olivia Pope et de fonder une famille avec elle dans le Vermont.

Les personnages n’ont peur ni de trop en faire, ni de se montrer caricaturaux. Et pendant un temps, cela est payant. Qu’il s’agisse de les voir monter un coup pour réduire en miettes leur adversaire ou de suivre le triangle amoureux entre Olivia, le Président et Jake Ballard (ancien agent B613), tout est mis en scène avec une certaine grandiloquence pour mieux nous faire accepter cette réalité.

Scandal Saison 5 Episode 21 - Scandal : Olivia Pope à la rescousse, pour le meilleur et pour le pire

L’usure, plus qu’un twist absurde, semblait être ce qui pourrait créer une lassitude. C’était sans compter sur l’incapacité de l’équipe créative de Shonda Rhimes a tourné une page et savoir, en vérité, à quel moment dire stop. À force de multiplier les moments-chocs, ils ont perdu le contrôle. La saison 5 de Scandal se présente alors comme une longue descente en enfer où l’on croit encore à l’occasion que l’on va voir la lumière, mais que… non. La série, ne se remettra jamais de cette lente chute, de la destruction de son personnage principal et du conte de fées qu’elle vendait.

Car, entre temps, le monde extérieur a rattrapé Scandal. Loin d’être engagé à ses débuts, la série a ensuite progressé en fonction du climat sociopolitique pour s’adapter à certaines réalités. Elle s’est alors mise à développer des idées autour des inégalités sociales, du racisme et du féminisme – principalement. Le show, comme d’autres, a même revisité à sa manière des évènements politiques d’actualité. De ce fait, il faut bien le dire, une femme noire qui entretient une relation adultère avec l’homme le plus puissant du pays n’y a plus forcément sa place malgré le fait qu’il s’agissait de l’un des composants essentiels de la série.

Plus que la destruction de la relation avec Fitz et la fin du rêve de la petite vie de riche dans le Vermont, c’est surtout la transformation d’Olivia Pope en méchante de l’histoire qui se produit sous nos yeux. Ce fut certainement un grand plaisir pour l’équipe des costumes de la série qui se doit d’adapter la garde robe de l’héroïne à son état d’esprit et où elle se trouve sur l’échelle de la moralité. Du côté téléspectateur, la classe ne fait pas oublier que celle qui était présentée comme une héroïne un peu différente est devenue juste insupportable. Consumée par le pouvoir et des idées de grandeur, Olivia est devenue la fille que ses parents voulaient (la mère, Maya Lewis étant tout aussi gratinée que le père). Elle n’aura pas su briser le cercle, si on peut dire.

Que les scénaristes souhaitent nous raconter la transformation – pour le pire – de leur personnage n’est pas le souci en soi. C’est la manière tordue, parfois improbable, souvent forcée et franchement douteuse par laquelle nous y sommes arrivés qui laisse un goût amer dans la bouche. Avec le temps, Scandal a au fond voulu jouer sur de multiples tableaux sans trouver comment équilibrer tous ses composants, et surtout se débarrasser de ses poids morts pour parvenir à réellement évoluer. Incapable ou presque de se séparer d’un personnage qu’elle aime trop pour des raisons inexpliquées ; incapable de tourner définitivement la page B613 ; incapable d’avoir plus de trois personnes travaillant pour le Président.

Lorsque le moment est venu de tourner la page, la série – comme son héroïne – n’est plus que l’ombre d’elle-même. De personnage fascinant dans sa complexité, Olivia Pope est devenue une mégalomaniaque plombant les intrigues du show dont elle est pourtant la star. De série scotchant dans le canapé à l’aide de twists en pagaille, Scandal ne prend plus de risques notables et ne surprend plus comme avant. Elle a le mérite de s’achever à l’aide d’une saison qui a su, sans reconnecter avec les plus grandes heures de gloire de la série, au moins rappeler que l’on pouvait prendre un peu de plaisir à la regarder.

Scandal s’est alors terminée sans faire beaucoup d’étincelles, mais avec un héritage non négligeable. Elle a fait évoluer le paysage télévisuel américain avec son héroïne noire qui aida à améliorer la diversité dans les séries, son écriture débridée qui inspira d’autres shows ou encore dans sa promotion sur les réseaux sociaux qui devint un modèle en son temps. Et Olivia Pope peut, malgré la chute, trouver sa place parmi les personnages féminins les plus iconiques.


L’intégralité de Scandal est disponible à l’achat sur Apple iTunes ou Google Play, les cinq premières saisons étant par ailleurs disponibles en DVD.

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