Shameless : Retour sur une décennie avec les Gallagher avant la saison des adieux

24 Nov 2020 à 12:00

Shameless Saison 5 Group Promo - Shameless : Retour sur une décennie avec les Gallagher avant la saison des adieux

Lancée en 2011 sur la chaine américaine Showtime, Shameless est une adaptation de la série britannique du même nom de Paul Abbott. Avec John Wells aux commandes, elle reprend ces personnages issus des classes populaires de Manchester pour les installer dans le South Side de Chicago.

Cela fait donc presque 10 ans que l’on suit les aventures de la famille Gallagher avec Frank (William H. Macy), le père alcoolique (entre autres problèmes) et ses enfants, de la plus âgée au plus jeune : Fiona (Emmy Rossum), Lip (Jeremy Allen White), Ian (Cameron Monaghan), Debbie (Emma Kenney), Carl (Ethan Cutkosky) et Liam (Christian Isaiah). À cela s’ajoute le quotidien de leurs voisins Kevin (Steve Howey) et Veronica (Shanola Hampton). Et en 10 ans, il s’en est passé des choses pour ces personnages. Pour commencer, certains des enfants sont aujourd’hui majeurs, ils sont même parfois devenus eux-mêmes parents (et pas toujours dans cet ordre), d’autres se sont mariés. Bref, ponctué de petits boulots plus ou moins stables et de magouilles, nos héros ont vécu une vie bien mouvementée faite de beaucoup d’échecs et de quelques réussites.

4 premières saisons de haut vol et une tonalité dramatique assumée

Si le pilote de la série était un copier-coller de celui de la série britannique, les producteurs américains ont très vite pris l’initiative de s’éloigner de leur modèle, à l’image de leur choix de passer d’épisodes de 30 à 50 minutes. C’est avec ce format plus long que la série a pris son envol.

Durant les quatre premières saisons, les scénaristes ont fait un travail remarquable, autant dans l’humour, qui reste la marque de fabrique de la série (c’est dans cette catégorie qu’elle concourt lors des cérémonies), que dans un ton plus dramatique. Déjà en saison 3, avec toute l’intrigue de la garde des enfants que l’on veut retirer à Fiona, Shameless s’était aventurée sur des terrains plus dramatiques, comme à plusieurs reprises depuis le début, mais seulement par touche. C’est clairement avec sa saison 4 que les scénaristes s’essaient à un ton plus dramatique entre la première descente aux enfers de Fiona ou encore la maladie de Frank. Une saison qui a pu déplaire à certains, mais qui pour moi lui a permis d’atteindre son meilleur avec notamment les prestations extraordinaires d’Emmy Rossum et Jeremy Allen White, comme ils se montreront capables de les reproduire par la suite.

En effet, en plus de sa qualité d’écriture, Shameless a su s’appuyer sur son casting composé d’acteurs brillants — dont certains déjà confirmés comme Joan Cusack dans le rôle de Sheila et surtout William H. Macy dans le rôle de Frank. Il est fort probable que ce dernier étant un personnage détestable, un autre acteur ne nous aurait peut-être pas permis de nous attacher au personnage malgré tout.

C’est le moment de noter à quel point la série a été snobée par les cérémonies. À l’exception de Macy, qui fut très souvent nommé sans jamais l’emporter, Shameless malgré sa longévité fait office de grande absente des Emmys ou des Golden Globes.

Des irrégularités d’écriture compensées par un casting chorale efficace

En saison 5, le temps était venu de vraiment faire quelque chose de plus approfondi avec les plus jeunes personnages qui avaient bien grandi, notamment Carl (Ethan Cutkosky) et Debbie (Emma Kenney). Sans critiquer le niveau des acteurs, parce qu’ils n’étayent encore que des enfants au moment de leur casting, et puis parce que c’est surtout du côté des storylines que le doute est permis, il a fallu un certain temps d’adaptation pour en profiter. Par exemple, Debbie a beaucoup souffert d’une mauvaise écriture, ce qui est d’autant plus embêtant lorsqu’on choisit de faire une storyline autour de la découverte de la sexualité ou d’une grossesse adolescente.

Plus Shameless avance, plus elle doit composer avec les départs de personnages et l’arrivée de nouveau. La saison 5 cristallise un peu cette dynamique avec les départs de personnages bien installés comme la disparition de la famille Milkovich et puis ceux à venir, Mickey (Noel Fisher) en fin de saison et Sheila (Joan Cusack). C’est en effet le lot de toutes les séries qui durent dans le temps, elles le font rarement avec leur casting au complet tout du long. À l’inverse c’est aussi la saison de l’arrivée du personnage le plus mal aimé de la série, Sammi (Emily Bergl). Autant de paramètres qui font que cette saison 5 est plus inégale, comme le seront les suivantes.

On entre, en effet, au milieu du run de la série dans une période où, selon les intrigues, les personnages sont plus ou moins intéressants à suivre. Tout n’est jamais médiocre en même temps, et tout n’est jamais génial en même temps. On notera quand même de très bons arcs narratifs qui justifient de continuer à suivre les aventures de la famille Gallagher : je pense à la relation entre Frank et Bianca (saison 5), le combat de Lip avec l’alcool, l’entrée de Liam en école privée qui illustre de nombreuses formes de violences symboliques liées à l’opposition de classe, l’émancipation de Fiona vis-à-vis de sa famille, et bien d’autres.

Le reproche que l’on pourrait faire à Shameless est donc son incapacité à se réinventer en utilisant tout le temps le même schéma : un personnage cherche à améliorer sa situation personnelle et par conséquent à s’extraire de sa condition sociale, mais échoue (souvent après une belle progression) et doit repartir à la case départ. Cela explique que parfois la série peut être agaçante à regarder, car il s’agit de voir des individus répéter les mêmes erreurs ou voir la vie leur refuser les mêmes choses inlassablement. Cette vision assez pessimiste oublie qu’à chaque échec les personnages apprennent. Et le départ de Fiona en fin de saison 9 pourrait être lu comme une première forme de réponse.

Ainsi, plutôt que sa capacité à se réinventer, la force de la série semble être la question sociale et politique qu’elle pose : peut-on échapper au déterminisme social ?

Conclure l’histoire…

Par conséquent, que faut-il attendre de cette saison 11 de Shameless, la dernière du show et deuxième saison sans la présence de son héroïne principale Fiona ?

Côté informations sur la saison à venir, on notera le choix des scénaristes d’inclure dans leur scénario le contexte social et sanitaire de 2020 avec la pandémie de COVID19. Sachant que cette crise impacte plus fortement les milieux populaires, il sera intéressant de voir comment la série aborde le sujet.

Cette saison 11 a surtout la difficile mission de terminer les arcs personnels des nombreux personnages tout en nous offrant le plus possible de scènes en famille (parce qu’on ne va pas se mentir ce sont celles-ci qui font le plus plaisir aux fans).

Mais si un enjeu commun doit se dégager pour cette dernière saison, c’est bien celui d’une émancipation possible ou non pour ses personnages, une émancipation à la fois familiale (on voit comme Lip a des difficultés avec cet aspect-là) et sociale. Je ne sais pas quelle réponse donneront les scénaristes de Shameless et je ne sais même pas moi-même quelle fin je veux voir. Mais, quelle que soit la réponse apportée à cette question, on espère que la fin se fera avec panache, la tête haute, façon Gallagher.


Shameless revient le 6 décembre sur Showtime et MyCanal (US+1) en France. Vous pouvez retrouver les 10 premières saisons sur Amazon Prime Vidéo.

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