She-Ra et les Princesses au pouvoir : Une relecture féministe et queer (sur Netflix)

16 Juin 2020 à 12:00

Si cela fait maintenant quelques années que les séries d’animation ont le vent en poupe, il a fallu Netflix pour que je m’y intéresse réellement. Oui, ce n’est pas l’apanage, mais l’accessibilité aide à la découverte et après BoJack Horseman, la plateforme a permis un second grand succès dessiné : She-Ra et les Princesses au pouvoir.

Relecture de She-Ra, la princesse du pouvoir, dessin animé phare des années 80, She-Ra nouvelle version apporte plusieurs changements qui ancrent la série dans son époque et lui donne un écho loin d’être négligeable. Durant ses cinq saisons (pour un total de 52 épisodes), la création de Noelle Stevenson va dérouler un programme féministe d’importance en narrant les aventures d’Adora, une orpheline membre de la Horde, une armée maléfique dont elle va s’extirper quand elle découvre une épée magique qui la transforme en She-Ra, guerrière surpuissante destinée à restaurer l’équilibre sur la planète Etheria.

Le premier élément déclencheur de la série, celui qui m’a fait rester, c’est le développement de son univers. Concomitant avec celui des personnages, un voyage rythme les trois premières saisons où Adora, aidée par ses deux nouveaux amis – la princesse Glimmer et Bow –, va découvrir la menace qui pèse sur son monde. D’épisode en épisode, la petite bande va à la rencontre d’autres princesses de pouvoir, tantôt en les affrontant, tantôt en les aidant.

De fait, dans sa première partie, la série profite de son format épisodique pour construire une galerie de personnages qui vont former une bande réellement importante pour la suite, dont l’amitié va constamment être au centre des enjeux. Adora n’est que la pièce centrale autour de laquelle vont se rencontrer toutes les autres et bâtir des relations toutes plus belles les unes que les autres. En ce sens, c’est peut-être avec son antagoniste depuis le tout premier épisode que cette thématique se révèle la plus tragique et pertinente : Adora a grandi avec Catra, mais celle-ci semble destiner à un haut poste auprès d’Hordak, grand méchant de la série. Elles vont alors sans cesse s’affronter, incapables de se faire véritablement du mal, mais la seconde est tellement mal dans sa peau qu’elle refuse la main tendue par son ancienne sœur d’âme.

She-Ra ne fait pas de cas quand il s’agit d’exposer ses thématiques fétiches. Le féminisme est l’enjeu central, mais ne se fait jamais comme un exposé pédagogique. Pavé par toutes les héroïnes puissantes et moins puissantes qui l’ont précédé (oui, Buffy, on pense un peu à toi en regardant She-Ra), toutes les protagonistes de la série sont des femmes qui n’ont pas besoin d’être puissantes pour être fortes.

Face à l’un des seuls hommes de la série (Hordak), elles vont petit à petit former une ligue de combat où leur genre n’est ni un frein ni un réel sujet. Elles prennent les choses en main, car il n’y a personne d’autre pour le faire. Cela n’empêche pas l’adversité au sein même de ce groupe, certaines princesses n’ayant pas les mêmes visions, ce qui peut mener à des affrontements avec plus ou moins de conséquences. Scorpia et Entrapta par exemple sont deux femmes qui vont jouer avec le bien et le mal pour de bonnes raisons. L’exemple parfait reste alors la rivalité entre Adora et Catra, cette dernière étant profondément liée au mal et devra attendre de comprendre le pouvoir de l’amitié pour s’en sortir.

On ne martèlera jamais assez qu’il y a besoin de représentation pour que les mentalités évoluent et que les choses changent. She-Ra est alors un superbe réservoir d’inclusivité. Un grand nombre de personnages est queer mais ce n’est jamais le lieu d’un coming out ou d’une mise en danger : ils le sont, point. Cela donne d’ailleurs une très belle intrigue entre deux princesses dans la dernière saison, permettant de créer de l’émotion et des enjeux là où cela n’en était pas auparavant.

Car c’est bien toute l’intelligence du scénario : après une première partie de série consacrée à l’exploration de son univers et de ses personnages, la seconde capitalise dessus pour mettre en place sa réelle menace à travers la Horde et Hordak, sa volonté d’anéantir le monde. She-Ra fonctionne alors comme un entonnoir où tout converge vers son point final sans dévier un seul instant, proposant ainsi une véritable aventure en cinq saisons, dont la dernière s’engloutit tant on a envie de savoir la fin. Quand elle arrive, le spectateur est laissé avec un sentiment d’accomplissement, de récompense, mais aussi un peu orphelin.

Au-delà d’une intrigue extrêmement bien construite sur la découverte, l’apprentissage et l’appréhension du pouvoir, She-Ra et les Princesses au pouvoir est donc une série d’animation pédagogique sans s’en donner l’air, donnant de l’espace à une multitude de personnages tous plus touchants les uns que les autres. Digne héritière de Buffy, Adora n’est que le point d’entrée d’un univers dans lequel on se replongera avec plaisir.

Tags : Netflix moins...
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