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The Knick : La médecine d’un autre siècle dans une série qui ne ressemble à aucune autre

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The Knick Serie Clive Owen Andre Holland - The Knick : La médecine d'un autre siècle dans une série qui ne ressemble à aucune autre

Aujourd’hui défunte, la chaine câblée Cinemax s’est fait un nom avec des programmes contenant de la violence et du sexe. En 2014, il a été décidé que cela devait changer, qu’elle devait se rapprocher de sa grande sœur HBO et c’est The Knick qui avait pour mission de l’aider à se forger une nouvelle identité. Cette série médicale historique de Jack Amiel et Michael Begler produite et entièrement réalisée par Steven Soderbergh paraissait clairement équipée pour surmonter le challenge. Deux saisons plus tard, elle s’arrêtait, son intrigue ayant atteint une conclusion naturelle, mais Cinemax n’avait pas bougé.

Aujourd’hui, le contexte économique et la direction de la chaine importent peu. Par contre, The Knick mérite toujours que l’on parle d’elle, car même si elle souffre de problèmes narratifs, elle reste une création à part. L’histoire nous entrainait à New York en 1900, à l’hôpital du Knickerbocker. Quand le docteur Christiansen se suicide, le Dr Thackery (Clive Owen) prend sa suite à la tête de l’équipe de chirurgiens et doit alors accepter la présence à ses côtés du Dr Algernon Edwards (Andre Holland), un Afro-Américain.

La série nous raconte ainsi le quotidien du Dr Thackery. Quelque peu raciste, cocaïnomane arrogant et génie du scalpel, ce personnage légèrement à part veut révolutionner la médecine à une époque où elle a véritablement besoin d’une révolution. Un siècle commence et la chirurgie s’apparente encore à de la boucherie. L’imagerie n’en est d’ailleurs pas loin, comme Steven Soderbergh nous le démontrera amplement en n’hésitant pas à filmer dans les détails les entrailles de malades. Il ne faut cependant pas interpréter cette tendance à flirter avec le gore comme étant l’expression du désir de heurter les plus sensibles, mais bien comme étant un moyen pour faire comprendre ce que vivaient vraiment les chirurgiens de cette période.

L’approche permet de mesurer l’étendue de ce qui était inconnu, notamment avec le nombre de patients qui mouraient de maladies qui se soignent aujourd’hui sans aucun risque. La médecine en 1900 était une terre de découverte pour des explorateurs qui se devaient d’avoir le cœur bien accroché et de posséder la volonté de changer les choses.

The Knick parle de cela et se propose aussi d’évoquer d’autres sujets sensibles, de l’avortement quand celui-ci était illégal au traitement archaïque des maladies mentales, en passant naturellement par la consommation de drogues et le racisme — deux points liés aux principaux protagonistes. Tout ceci aide également à explorer les disparités sociales et d’autres thèmes politiques, économiques et culturels qu’une série historique digne de ce nom se doit d’aborder. Le contexte de cette New York en pleine transformation permet en plus d’amplifier certains aspects spécifiques de cette période révolue.

Malheureusement, Jack Amiel et Michael Begler prennent moins de risques qu’ils auraient pu. Une timidité dans l’écriture qui est heureusement compensée par une mise en scène qui efface certaines banalités scénaristiques tout en dynamisant les interactions entre les personnages pour leur insuffler une énergie unique. Regarder The Knick se révèle dès lors plus divertissant et captivant que cela aurait pu l’être si la série n’avait pas été aussi soigneusement produite et réalisée.

Néanmoins, ce n’est pas suffisant pour systématiquement corriger le tir de certaines digressions qui se font étrangement sentir dans certaines storylines à l’évolution trop linéaire qui poussent des personnages à se faire trop discret — notamment en saison 2 avec le docteur Thackery qui est mis en retrait durant la première moitié. Le problème est que, en cherchant à développer plus de thématiques et en privilégiant les intérêts de toujours plus d’employés du Knick, les éléments les plus captivants de la série se retrouvent étouffés par les plus conventionnels.

C’est quelque chose qui devient indéniable durant la saison 2. Les scénarios de Jack Amiel et Michael Begler ont alors plus que jamais besoin du travail d’exception de leur casting impeccable et de la vision de Steven Soderbergh. Ils manquent de conviction, ce qui semble venir de la volonté de faire de The Knick un véritable ensemble show. En suivant cette voie, l’histoire perd ce qui était sa force à ses débuts. Ce n’est donc pas surprenant que le récit parvienne à se terminer avec brio en reconnectant avec ses figures principales de la saison 1, celles qui révolutionnaient la médecine et militaient pour le progrès.

Au bout du compte, The Knick forme un tout qu’il est probablement préférable de voir d’une traite pour que les routes suivies durant la saison 2 n’apparaissent pas par moment trop malavisées. Cela dit, la série conserve de bout en bout sa personnalité, ses qualités esthétiques, son ton si particulier et sa capacité à dépeindre les mœurs du début du 20e siècle sans fioriture.

On peut alors regretter que, si les sujets abordés sont souvent édifiants, ils n’apportent pas autant qu’escompté à l’histoire. The Knick est indéniablement une série à part et son principal problème est que l’on ne pouvait qu’en attendre plus d’elle. Les scénaristes cherchaient à trop en dire et on choisit pour parvenir à leurs fins de suivre une route qui diminua la force du propos qu’ils désiraient développer.

The Knick forme un diptyque culturellement pertinent avec des moments de pur génie, mais manque au final de cohésion. Cela est légèrement décevant, mais rien que pour le travail de Steven Soderbergh et les performances des acteurs — Clive Owen et Andre Holland en tête, mais également Jeremy Bobb, Juliet Rylance, Chris Sullivan, Cara Seymour ou encore Eric Johnson —, elle mérite amplement d’être vue. Elle offre une expérience à part et unique à plusieurs niveaux.

L’intégralité de The Knick est actuellement disponible en France en DVD, mais aussi en streaming sur OCS.

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