We Are Who We Are : Les torrents adolescents

17 Nov 2020 à 15:00

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Après l’éveil d’un désir dans l’Italie des ’80s dans Call Me By Your Name, Luca Guadagnino évoque l’éveil des désirs dans l’Italie des ’10s dans We Are Who We Are. Cette nouvelle minisérie signée HBO — même si le cinéaste laisse planer l’idée d’une saison 2 —, s’inscrit dans le prolongement du travail de Guadagnino, mais également dans celui d’une autre série de la chaine câblée, Euphoria. En effet, toutes les deux se proposent de s’emparer des codes du teen drama pour emmener le genre autre part.

Ici, tout débute lors de l’arrivée de Fraser Wison (Jack Dylan Grazer) sur une base militaire italienne. Le jeune adolescent y suit ses mères, toutes les deux soldates. Rapidement, l’environnement rigide se heurte à sa personnalité singulière, lui qui aime réciter les vers de ses poèmes préférés, cultive un look extravagant et voue un culte à Blood Orange. Il va fait la connaissance de Caitlin (Jordan Kristine Seamón), une jeune fille audacieuse en plein tiraillement sur son identité.

We Are Who We Are est une série de son époque. Elle vient, au travers de ses personnages, remettre en cause les normes, codes et autres règles dictées par d’autres. En effet, le show ne cesse d’entrechoquer la tonitruante envie d’évasion de ces jeunes avec le cadre dans lequel ils évoluent, donnant presque par moment comme des sensations d’anachronismes.

Ce qui se niche dans tout cela est un double récit d’apprentissage. D’un côté, Fraser, un électron libre qui cultive sa différence, mais se montre plus à l’aise avec ses fantasmes que la réalité. De l’autre côté, Caitlin, qui contrairement à Fraser, tient à se fondre dans le paysage au point d’en suivre les codes alors qu’elle ne cesse de s’interroger sur son corps. C’est ici qu’émerge des quêtes intimes pour nos personnages, que cela soit autour de la sexualité ou de la question du genre et du flou qui entoure la seule constante de l’existence : le désir.

Car oui, We Are Who We Are est une grande série sur le désir qu’il soit multiple, en mutation ou inadéquate ; il est là, en permanence, et il rend les questionnements quasi obsolètes puisque de par sa nature même transformatrice il ne peut y avoir une réelle réponse. Dès lors, le show se prélasse dans quelque chose de plus sensoriel, elle fait de Fraser et Caitlin, deux excroissances qui vont se trouver, s’appréhender pour finalement fusionner. La série a cela de beau qu’elle parvient à restaurer toute la fougue des sentiments adolescents. Comme dans le cinéma de Xavier Dolan, l’amour est ivresse et la haine est éternelle. C’est comme cela que les liens qui se tissent entre Fraser et Caitlin sont d’une robustesse quasi immédiate. Ils ont parfois des incompréhensions mutuelles, ils peuvent se décevoir, se rabrouer, mais cela n’a pas d’importance. Preuve ultime que ce lien est la force gravitationnelle du show, le dernier épisode se centre exclusivement sur eux, ils sont là, ensemble, et plus bouleversant que jamais.

Si les intrigues mettent avant tout en lumière des adolescents, Guadagnino trouve dans les adultes entourant ses personnages une sorte de miroir déformant. Là où la jeunesse suit ses désirs, leurs parents se fracassent contre le pragmatisme de l’existence. D’ailleurs, quand il est question d’une pulsion sexuelle allant contre les codes, elle se fait en cachette et se voit au final rejeter pour rentrer dans le rang. Cette opposition entre l’âge juvénile et celui de la maturité s’illustre au travers de la relation entre Fraser et sa mère, Sarah. Parfois dur à observer, celle-ci est jalonnée par la violence, les excès, le besoin viscéral d’amour et le rejet total de ce que représente sa mère pour Fraser. Les parents, dans We Are Who We Are, sont comme aliénés par l’environnement les rendant par conséquent étouffant pour ces êtres voulant bouffer la liberté.

Néanmoins, We Are Who We Are n’est pas sans défaut. En effet, comme souvent avec les auteurs de cinéma, la série ressemble plus à un film de 8 heures avec ce que cela comporte de bon et mauvais. Autrement dit, les récits s’étirent, si cela confère au show une certaine mélancolie contemplative, cela donne également ici et là quelques longueurs — et un épisode 4 vulgaire. Dans ce prolongement, on voit aussi quelques bouts d’intrigues sans réelle finalité, comme avec le frère de Caitlin.

Ainsi, dans les torrents adolescents, We Are Who We Are embrasse toute la fougue de ces jeunes au travers des quêtes intimes qui ne sont au final que balivernes. Car à la question qui suis-je ? Guadagnino répond : un tourbillon de désirs.

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