Weeds : De subversive à anecdotique, le destin d’une série qui a duré trop longtemps

6 Août 2020 à 13:00

Weeds Saison 2 Showtime - Weeds : De subversive à anecdotique, le destin d'une série qui a duré trop longtemps

PeakTV - Weeds : De subversive à anecdotique, le destin d'une série qui a duré trop longtemps À l’ère du Peak TV, Critictoo se lance dans un challenge “52 semaines, 52 séries” en proposant une fois par semaine un retour sur une série terminée.

Au début des années 2000, HBO était la chaine vers laquelle tous les créateurs se tournaient. Pour s’attaquer à sa principale concurrente, Showtime annonça que, à son tour, elle allait devenir l’endroit où des séries qui défiaient toutes les conventions pourraient voir le jour. Cela mena à Dexter qui permit à la chaine d’établir globalement ses ambitions créatives.

Avant même que le célèbre tueur en série de la police de Miami n’entre en activité, Showtime avait déjà lancé avec succès un show répondant à ses attentes. La différence est que Weeds n’était pas une série dramatique centrée sur un anti-héros, mais une comédie noire s’articulant autour des agissements illicites de Nancy Botwin (Mary-Louise Parker), une mère de famille de la classe moyenne américaine. Une anti-héroïne qui vendait du cannabis. Au début des années 2000, cette drogue était bien moins acceptée dans la société américaine.

Weeds était légèrement en avance sur son temps. Créée par Jenji Kohan, cette série avait donc tout ce qu’il fallait pour être proposée par HBO. Insatisfaite par son expérience sur CBS où sa sitcom The Stones — produite notamment avec son frère, David, co-créateur de Will & Grace — avait été annulée avant même que le quatrième épisode ne soit diffusé, Kohan voulait s’éloigner des networks et, en tant que fidèle spectatrice de The Sopranos et The Shield, elle avait envie de faire son propre show sur des criminels. HBO était donc l’endroit parfait pour développer un tel projet, mais la chaine décida de ne pas commander Weeds. Showtime s’imposa alors comme étant l’alternative adaptée pour la série.

Ainsi, en aout 2005, Weeds nous entraina en Californie, dans la ville d’Agrestic, où l’on rencontrait Nancy Botwin. Elle venait de perdre son mari et se retrouvait seule à élever ses fils, Silas (Hunter Parrish) et Shane (Alexander Gould). Pour subvenir à leurs besoins et maintenir son niveau de vie, Nancy se mit à vendre de la marijuana. Rapidement, son existence devint hors de contrôle.

Jenji Kohan n’avait pas simplement donné le jour à une anti-héroïne, elle livrait une satire. Elle critiquait une facette du rêve américain, l’hypocrisie de la classe moyenne et plus encore. Weeds était aussi subversive dans le portrait des activités professionnelles de Nancy que dans son exploration de la vie dans les banlieues prospères américaines. Agrestic était le genre de communauté se voulant bien sur tous rapports, mais qui cachait derrière sa jolie façade un cœur malade.

Avec un tel propos, un humour noir cinglant et une « héroïne » à la moralité ambigüe, la série débuta sur les chapeaux de roues, offrant quelque chose d’inédit, de frais et de pertinent. Ses deux premières saisons affichaient beaucoup de promesses. Néanmoins, la troisième montra que les scénaristes n’avaient finalement pas tant de choses que cela à raconter et leur histoire devenait répétitive. Le souci est que Weeds trouva rapidement une vitesse de croisière élevée qui demandait d’être maintenue, mais Kohan et son co-showrunner Roberto Benabib n’avaient pas de destination à atteindre et avaient fait le tour de leur sujet. Pour résoudre le problème, ils décidèrent de briser le statu quo de départ.

Weeds Saison 8 - Weeds : De subversive à anecdotique, le destin d'une série qui a duré trop longtemps

Les aventures de Nancy Botwin et de sa famille se poursuivirent en s’éloignant d’Agrestic. L’action fut déménagée à Ren Mar, une autre ville californienne qui était cette fois proche de la frontière mexicaine. Un des problèmes grandissants de la série était la manière avec laquelle Nancy, une femme blanche issue de la classe moyenne aisée, devait toujours faire face aux menaces et à la violence de ses concurrents afro-américains ou d’origine mexicaine. La saison 4 amplifia cela en plaçant Nancy dans une relation compliquée avec Esteban Reyes (Demián Bichir), maire de Tijuana et baron de la drogue.

Ce sortir de tout cela demanda quelques saisons. Weeds ne paraissait pourtant pas se diriger vers une fin, continuant à avancer sans destination. La qualité des saisons était assez irrégulière et le niveau des deux premières paraissait impossible à retrouver, mais la saison 6 fut tout de même marquée par une sorte de renaissance créative. Nancy et ses proches acceptèrent de confronter leurs erreurs alors que la satire de société américaine fit son retour. La série reconnecta avec ce qu’elle était et aborda les défaillances de ses personnages. Malheureusement, ce n’est pas sur cette note positive que le show s’est conclu. Il a en effet continué deux saisons de plus.

Il est souvent reproché aux séries Showtime qu’elles durent trop longtemps, perdant trop rapidement ce qui les rendait si spéciales au point de départ. Weeds est en partie responsable de cette critique. Au commencement, elle injectait quelque chose d’original dans le paysage télévisuel américain, quelque chose qui s’est perdu dans un trop-plein de twists toujours plus improbables et de développements problématiques des personnages, ainsi que dans un manque d’idées assez évident. Pire, son humour cinglant s’est progressivement dilué pour devenir insipide au point que, quand arrive la fin, on pouvait aisément avoir complètement oublié à quel point la série pouvait honnêtement faire rire à ses débuts.

On peut dire que Weeds s’est non seulement terminée trop tardivement, elle s’est aussi achevée dans une indifférence qui diminue bien trop fortement l’importance qu’elle avait à son lancement. Dans son approche et sa tonalité, la série influença bon nombre de comédies du câble. Elle proposa également une anti-héroïne en plein cœur d’une ère dominée par les hommes. Si elle s’était arrêtée assez tôt, elle aurait certainement gagné une meilleure reconnaissance. Ce ne fut donc pas le cas, ce qui est regrettable.

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