The Night Of nous entraine avec brio dans l’enfer du système judiciaire américain

The Night Of

Déjà publié en juillet 2016, cet article est aujourd’hui remis en avant à l’occasion de la diffusion sur Canal+ de The Night Of dès ce lundi 30 octobre à partir de 21h00.

The Night Of est l’histoire d’une tragédie, autant dans les coulisses qu’à l’écran. Quelques mois après que HBO ait donné son feu vert, James Gandolfini trouva la mort. Producteur exécutif et acteur sur le projet, l’avenir de cette adaptation américaine de l’Anglaise Criminal Justice se révélait teintée par le drame.

Marcher dans les pas de Gandolfini (qui devait faire ici son retour à la télévision) n’était certainement pas chose aisée. Après avoir proposé le rôle à Robert DeNiro, c’est finalement John Turturro qui prendra la tête, sans pour autant avoir été épargné par les doutes. L’acteur, également ami de Gandolfini qu’il a rencontré via sa sœur Aida Turturro (aka Janice Soprano), acceptera le rôle après avoir visionné le premier épisode (pour constater que l’acteur était à peine présent dedans) et écrit à la femme de Gandolfini.

C’est ainsi que Turturro s’est retrouvé pour la première fois de sa carrière à la tête d’une série télévisée. Comprenant 8 épisodes, The Night Of est un thriller judiciaire qui propose de nous montrer les rouages complexes du système lorsque Nasir Khan (Riz Ahmed – Nightcrawler), un homme d’origine pakistanaise, est accusé du meurtre d’une jeune femme.

Écrite par Richard Price (The Wire) et Steven Zaillian (le second ayant réalisé quasiment l’intégralité de la mini-série), The Night Of s’amorce comme une sorte de mystère policier après une soirée un peu trop arrosée qui est destinée à être passée au crible. Nasir voit donc son existence être transformée en un instant et les quelques heures qui ont précédé ce moment menace d’entièrement briser son futur.

Si The Night Of peut laisser planer le doute sur l’innocence ou la culpabilité de Nas en se reposant sur le fait qu’il y a un trou noir dans la soirée qu’il a passée avec Andrea – la victime –, le scénario n’est pas vraiment intéressé par exploiter cet élément. Cela n’a pas grande importance, à la différence des origines de Nas qui modifie la perception que d’autres ont de lui ou la situation financière de ses parents qui n’ont pas les moyens pour faire face à ce qui arrive.

Au cours de la saison, Richard Price et Steven Zaillian cherchent à décrypter les défaillances d’un système et de sa composante humaine. Nasir est pris dans les mailles du filet criminel. Il doit s’adapter pour survivre tandis que d’autres veulent brader sa potentielle liberté, exploiter sa situation, ou encore transformer l’histoire pour assurer que leur version soit la plus convaincante lorsque le jury l’entendra.

Il n’est pas question de chercher à découvrir la vérité ou même à la dénicher parmi un lot de preuves. Nasir fait un coupable idéal, peu aidé par son comportement après la découverte du corps, et le reste est malléable.

Il y avait alors de quoi relater une intrigue particulièrement noire – l’originale étant plutôt intense dans son registre. Ce n’est pourtant pas l’angle choisi par les deux scénaristes. The Night Of possède ses moments sombres, à commencer par l’adaptation de Nasir en prison qui n’est pas dépourvue de scènes moralement plus pénibles. Reste que l’approche favorise le maintien d’une sorte de normalité qui retranscrit à merveille à quel point cela est une affaire parmi d’autres pour ceux qui sont dans le système.

The Night Of excelle à présenter des scènes importantes comme si elle ne l’était pas forcément. Tout est mis au même niveau ou presque. La série ne consacre pas tant de temps que cela a l’impact que l’arrestation de Nasir a sur sa famille sans pour autant négliger cet angle. Tout ce qui est dit doit être dit sans pour autant chercher à créer de l’apitoiement. Cela fonctionne à merveille, ne pouvant alors qu’ébranler par les injustices qui en découlent. La douleur est présente, mais elle n’est pas exacerbée.

Cela ne s’arrête pas qu’à Nasir et ses proches, The Night Of faisant de même avec ses autres personnages, dont John Stone – son avocat joué par Turturro. Alignant les heures pour une clientèle habituée des salles de tribunaux et des cellules de police de quartiers, John n’est pas le grand avocat que l’on peut régulièrement croiser dans les séries. Il est ce type qui rôde dans les couloirs pour y trouver de quoi subvenir à ses besoins, celui qui a passé suffisamment d’heures auprès de plus petits poissons pour en connaitre plus sur l’humanité que certains de ses collègues n’en sauront jamais. Souffrant d’eczéma, allergique aux chats, et pas dépourvu d’un bon sens de la répartie, John est l’avocat qui mérite une meilleure situation, mais qui n’a pas tordu ses valeurs pour l’obtenir. Le genre de personnes qui est aisément sous-estimé et qui ne devrait pas l’être. Le genre qui semble presque par moment sortir d’une autre période et qui participe à donner à l’ensemble un ton unique.

The Night Of s’affirme alors à travers des personnages mémorables, une ambiance travaillée et un soin du détail qui élève l’ensemble pour mieux captiver. Ce qui ressemble alors au départ à des gimmicks se transforme au fil des épisodes en des éléments faisant entièrement partie des personnages que l’on apprend à connaitre pour nous offrir des portraits qui se complexifient sans jamais céder à la facilité. Rien n’est simple dans The Night Of, même comprendre pleinement les agissements du détective Lucas (Jeff Wincott) demande d’acquérir un certain recul pour mieux cerner sa position et déduire ce qu’il peut bien penser.

À ce niveau, signifier que le système judiciaire est défaillant pourrait juste être redondant. Cela ne cesse d’être remis en avant, alimenté par l’explosion des histoires vraies qui sont passées au crible dans des œuvres comme la série documentaire Making a Murderer ou le podcast Serial ou simplement exploré dans de multiples articles tout au long de l’année. L’équipe derrière The Night Of le sait bien et utilise cet élément à son avantage. La série nous dépeint une tragédie, une réaction en chaine qui viennent affecter le quotidien de manière pernicieuse et altère des vies à tout jamais, faisant des dommages irréparables. Cela ressemble à une spirale dans laquelle on ne peut que se laisser emporter dans un récit avec une fin qui peut aller dans deux directions opposées et conserver tout son impact et son importance.

The Night Of nous plonge dans un univers où la plupart des gens cherchent à faire leur travail, ce qu’on attend d’eux, ce qu’on veut d’eux et ce que le système réclame. Cela laisse au fond bien peu de place à une véritable forme de justice – coupable ou innocent, cela ne change rien. Pour en savoir plus sur la conclusion, nous lui avons consacré un article spécial.

La mini-série The Night Of est également disponible en DVD et Blu-Ray.

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