Portrait Actrice : Chloë Sevigny

Beaucoup la croit Française par son nom, Chloë Sevigny est pourtant bel et bien américaine, née un 18 novembre 1974 à Darien, petite ville conservatrice et pieuse du Connecticut. Actrice, styliste, égérie de mode, elle part s’installer à 18 ans à New York où elle devient rapidement assistante de mode pour le compte du magazine Sassy, ses tâches étant principalement de mettre en valeur l’authenticité de la mode de rue. Repérée par Kim Gordon, bassiste de Sonic Youth, Chloë fait une apparition dans un de leurs clips et devient dans la foulée l’égérie de la marque de vêtements X girl, ligne créée par Kim. Tout s’enchaîne ensuite, d’abord par des rencontres, Marc Jacobs (entourage proche de Kim Gordon), puis Harmony Korine (scénariste de Kids et petit ami de l’époque), puis Larry Clark, le réalisateur qui va la faire débuter au cinéma dans le film Kids (1995), où elle joue le rôle d’une jeune séropositive.

Suivent deux participations aux films de son chéri de l’époque, Harmony Korine donc, Gummo et Julien Donkey-boy, qu’elle qualifie elle-même de cinéma ‘expérimental’. Plusieurs d’autres longs-métrages s’enchaînent comme  Trees Lounge (Buscemi), Palmetto (Schlöndorff), The last days of disco (Stillman), mais c’est surtout en 1999 qu’elle se fait remarquer dans le film Boys don’t cry, de Kimberley Peirce. Ce rôle de jeune femme amoureuse d’une autre voulant être un garçon lui a permis d’être nominée pour plusieurs prix, dont le Golden Globe et l’Oscar. Chloë regrette pourtant de ne pas recevoir beaucoup de proposition par la suite, peut-être à cause d’une certaine paresse dit-elle, où son refus de vivre sur Los Angeles, trop attachée à la ville de New York. Les seconds rôles se succèdent, en secrétaire du serial-killer Patrick Bateman dans American Psycho (Harron, 2000), en espionne inquiétante dans Demonlover (Assayas, 2002), en jeune séductrice dans Dogville (Von Trier, 2003) et en amoureuse de Vincent Gallo dans The Brown Bunny (Gallo, 2003). Très controversé, ce film a suscité un vrai buzz médiatique pour la scène de fellation qu’elle fait à son boyfriend de l’époque, qui n’était autre que le réalisateur. Le film connaîtra alors un petit succès grâce à ce passage qui a fait couler pas mal d’encre.

Même si Chloë fait beaucoup partie du cinéma indépendant, elle estime qu’il n’est pas plus intelligent qu’un autre et qu’elle en a même un peu sa claque de ce petit monde. Les nouveaux projets sont aussi pour des seconds rôles, mais l’agenda se remplit tout de même petit à petit. Après une participation dans un épisode de la série Will & Grace, sort la même année Melinda & Melinda de Woody Allen (2004). Assistante et amante de Jessica Lange dans Broken flowers (Jarmusch, 2005), elle a intégré le cast hollywoodien du film Zodiac (Fincher, 2007) où elle interprète la femme du dessinateur Robert Graysmith.

Côté mode, malgré un physique atypique, elle a posé en tant que modèle pour bon nombre de marques et de campagnes publicitaires pour des vêtements ou des parfums. Parmi les plus connus et les plus récents, les parfums Chloé (avec Clémence Poésy et Anja Rubik), Uniqlo, les jeans Ellus et la marque M.A.C. Cosmetics. En 2008, elle signe même une collection pour le compte de  Opening Ceremony, dont le style est surtout inspiré de ses années lycées. Dans la vie de tous les jours, elle a un look bien à elle car, plus jeune, sa mère avait l’habitude de l’habiller en vintageries, un style qu’elle a gardé. Elle essaie d’être le moins fashion possible au cours des cérémonies, milieu qu’elle qualifie comme « tristement conservateur », en gardant son propre genre. Chloë a aussi eu le privilège d’être publiée dans le magazine Self Service où une centaine de pages mode lui ont été consacrées et dont elle a été l’auteure.

New-Yorkaise de cœur, elle y est aussi attachée parce que son frère y vit, Paul Sevigny, qui détient une boîte très à la mode dans la ville. Elle y a d’ailleurs rencontré son dernier boyfriend en date, Matthew McAuley (bassiste des A.R.E. Weapons), dont l’histoire d’amour s’est terminée en novembre dernier après huit ans de bonheur.

En ce moment, elle fait donc partie du casting de la série Big love, diffusée sur HBO où elle a signé pour un contrat de six ans. Elle joue le rôle de la seconde femme de Bill Paxton/Henrickson, mormon et polygame. Pour ce qui est du grand écran, Chloë a plusieurs projets sur le feu, The Killing Room, Barry Munday, Mr. Nice, et My son, my son, what have ye done.  A ses débuts, en 1994, l’écrivain Jay McInerney lui consacrait sept pages dans le New Yorker en la décrivant comme la it girl du moment. Sauf que Chloë se fout bien d’être en haut des marches, elle ne se prend pas la tête. Elle dit même « Je ne suis pas une pretty woman. Scarlett Johansson l’emportera toujours sur moi. » À la fois mystérieuse et discrète, son côté rock’n’roll, tant dans ses choix de carrière que dans son style, est, je trouve, bien plus captivant que miss Scarlett.

avatarUn article de .
3 commentaires