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Séries Germinal : Sous les pavés, la mine

Germinal : Sous les pavés, la mine

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Germinal Serie francaise - Germinal : Sous les pavés, la mine

Encore une adaptation de Germinal d’Emile Zola. Voilà ce que je me suis dit quand l’annonce est arrivée sur France 2, prêtant à David Hourrègue l’antenne pour une saison de six épisodes. Le film de Claude Berry de 1993 reste en tête et l’œuvre d’Emile Zola est si large que l’on aurait aimé voir autre chose. Mais force est de constater que l’ambition était là, les moyens également et que cette moulure 2021 est une surprise et une réussite.

Le point de départ ne change pas. En 1884, dans une mine du nord de la France, les ouvriers d’Anzin sont exploités par Philippe Hennebeau (Guillaume de Tonquedec), poussant toujours plus ses employés à un travail dangereux pour une paie de misère. Toussaint Maheu (Thierry Godard) et sa femme La Maheude (Alix Poisson) recueillent dans leur nombreuse famille Etienne Lantier (Louis Peres). Son arrivée va faire souffler un vent de révolte qui s’enflammera à la suite d’un accident en grève.

La première chose qui surprend dès les minutes introductrices, c’est l’ambition visuelle que la série s’est donnée. Elle prend place au sein d’une mine et d’un village d’ouvriers dans la campagne. L’ambiance poisseuse, précaire et dangereuse pèse sur les personnages jusque dans les couleurs des vêtements, des décors. Un soin tout particulier est apporté à la lumière, David Hourrègue filmant la campagne d’une façon que l’on voit uniquement chez nos voisins anglo-saxons. Si l’arrangement musical est parfois à contre-emploi, la série peaufine ses décors à la perfection sans rogner sur la période et le contexte qu’elle veut peindre.

Les rapports de pouvoir sont au cœur de Germinal. Ici, Etienne Lantier est un déclencheur, présentant des idées qui vont séduire petit à petit, des Maheu à la quasi-intégralité de la mine, posant en même temps les questions de ce qu’est être un leader, ce que cela demande. Philippe Hennebeau, le directeur est également au centre d’un jeu de pouvoir, de dominant-dominé, que ce soit avec la compagnie et ses représentants, violents industriels prêts à tout pour le profit et ennemi encore plus lointain et inatteignable, ou avec Victor Deneulin (Sami Boujila) avec qui il est en concurrence. Lantier et Hennebeau sont deux visions du monde quand celui-ci va se soulever, pile au point de rupture.

Les choses ne sont pas aussi manichéennes qu’il peut paraître. Autour d’Etienne, la résistance est dans la nécessité de survivre, de manger, de boire, d’être aimé. Ainsi, Catherine (Rose-Marie Perrault) choisit Cheval (Jonas Bloquet), monstre alcoolique mais qui lui offre la sécurité, plutôt qu’Etienne. Celui-ci, face aux responsabilités qu’il a désormais dans la grève, peut tenter de la sauver mais paie le prix de son combat. De l’autre côté, Paul Négrel (Aliosha Schneider), travaillant pour la compagnie, se rend compte petit à petit du chemin que cela a pris et se pose des questions, notamment poussé par la bonté naturelle de la fille de Cécile Grégoire (Marilou Aussiloux), personnage sous-exploité au demeurant.

Mais ce que la série réussit par-dessus tout, c’est sa force vive, sa foule, ses ouvriers et leurs conditions de vie. La Maheude (formidable, formidable, formidable Alix Poisson) est La Liberté guidant le peuple, pendue à ses enfants qu’elle ne peut pas nourrir, aux dangers que prennent ses enfants et son mari en descendant dans la gueule du loup ou se jetant sous les balles. Et tout cela ne l’empêche pas de prendre les armes et de se battre pour une juste cause. L’étincelle qu’a provoqué Etienne dans cette famille, réveillant les consciences sur leur place dans le monde et ce qu’ils devraient exiger d’humanité, prend feu et lorsque lui se brûle, c’est vers elle que les grévistes se tournent tous, véritable force de conviction.

Quand la fin arrive, c’est le retour à la réalité pour tous mais avec une flamme toujours allumée par ce qui est né de leur combat, portée vers Paris par Etienne. Tous pansent leurs plaies et l’Histoire ne se fait pas en un coup d’éclat. David Hourrègue n’oublie pas de rester cohérent avec le monde tel qu’il est mais conclut sa série sur une note d’espoir, celle qu’il vient de se passer quelque chose qui doit faire écho, à l’époque et aujourd’hui.

Certes imparfaite, Germinal prend son sujet pour tendre un miroir à ce que l’on vit aujourd’hui, nous indiquant qu’il faut regarder les précaires comme des hommes et non des chiffres Pôle Emploi, d’immigration ou des ressources interchangeables et dispensables. Au final, la série fut une excellente surprise de bout en bout.

L’intégralité de Germinal est disponible sur la plateforme Salto.