I Hate Suzie : Nous, on l’adore

I Hate Suzie Billie Piper - I Hate Suzie : Nous, on l’adore

Neuf ans après la fin de Secret Diary of A Call Girl, Lucy Prebble et Billie Piper font de nouveau équipe, mais pour Sky Atlantic avec I Hate Suzie. Drame – présenté en comédie alors qu’elle n’en a que le format – en huit épisodes de trente minutes, la série est un regard incisif, dépressif et pourtant résilient sur une femme déroutée par la divulgation de photographies compromettantes d’elle sur le net.

Suzie Pickles (Billie Piper) est donc au centre de la série. Femme dans la trentaine et ancienne pop star, elle est maintenant reconnue pour avoir incarné un personnage dans une série culte de science-fiction et pour jouer dans une série de zombies. Alors qu’elle travaille à donner forme au troisième acte de sa carrière, elle vit également retranchée à la campagne avec son mari et son fils. Mais alors qu’une séance photo se prépare chez elle, Suzie découvre qu’elle s’est fait pirater son téléphone et des photographies nues sont maintenant sur internet. Le hic, enfin le second, c’est que ce n’est pas son mari qui est avec elle sur les images.

S’en suit alors une réaction en chaîne qui fait exploser toute sa réalité et la force à regarder sa vie en face, à faire une introspection réellement nécessaire. Cela impacte tous ses satellites, de son mari à sa famille en passant par sa meilleure amie et son amant. Personne n’est épargné par l’événement et ses répercussions. En huit épisodes, la série explore tous les pans de la personnalité de Suzie, femme, star, épouse et mère, sans que l’un ne mange l’autre.

En réalité, I Hate Suzie est moins une réflexion sur la célébrité ou la maternité qu’une focalisation sur ce qu’est le désir et ce qu’il peut nous faire faire. La série a un côté très imprévisible dans son cheminement, changeant tout le temps d’objectif. Chaque épisode, qui suit très simplement les étapes d’un deuil (choc, déni, peur, etc.) par rapport à cet événement qui bouleverse la vie de Suzie, a pourtant une teinte particulière. L’homogénéité de l’ensemble, outre cette affaire de piratage, réside dans le portrait de cette femme que l’on découvre manipulée par son désir. En cela, le quatrième épisode est à la fois trash et révélateur des pulsions qui l’habitent.

On parle alors tout aussi bien du désir au sens propre que celui de la maternité, de la reconnaissance, de la stabilité. Tout I Hate Suzie est traversé par le désir d’être aimé sous toutes ses formes et que cette violation de la vie privée vient chambouler. C’est un point de vue assez inédit et qui donne à l’œuvre une portée plus universelle que son postulat peut laisser penser.

Ce qui est rafraîchissant, c’est que malgré les actions qu’elle peut mener, la caméra ne juge jamais Suzie. Le mélange des genres que la série propose offre à la fois un second degré et une pertinence assez rare. On change constamment notre perception de ce qui se passe (un coup, elle est seule dans un lit puis la minute suivante, quelqu’un est en fait avec elle), on passe d’une ambiance thriller à un soft porn. Tout y passe, l’humour en prime grâce à Naomi, meilleure amie de Suzie, qui est l’incarnation de cette distanciation.

Il va sans dire que l’atout principal de I Hate Suzie est Billie Piper. Après des seconds rôles, elle retrouve ici une partition à sa hauteur, faisant écho à son passé de pop star, tout en se rapprochant de ce qu’elle faisait dans Secret Diary of A Call Girl. Elle porte la série sur ses épaules et, si elle est aidée par une caméra et une écriture qui l’adorent, on aurait aimé qu’elle soit un peu plus soutenue par Daniel Ings (Cob, son mari) qui joue un peu trop de manière unidimensionnelle.

I Hate Suzie est un miroir éclaté, celui de son personnage principal, qui se déconstruit et se reconstruit au fur et à mesure de ses épisodes. Percutante et sans détour, la série ne ménage pas ses effets. Si elle ne s’attarde pas beaucoup sur l’univers des tabloïds, c’est pour mieux ausculter les effets qu’un scandale peut avoir sur une femme à qui l’on reproche d’être ce qu’elle est, à multiples facettes, tout simplement.

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