The Good Fight Saison 5 : La série cherche son compas moral dans l’après-Trump

3 Sep 2021 à 15:00

The Good Fight Saison 5 Episode 7 - The Good Fight Saison 5 : La série cherche son compas moral dans l’après-Trump

Un être vous manque et tout est dépeuplé. L’adage s’applique autant aux êtres chers qui s’en vont (Boseman, Lucca) qu’à nos ennemis les plus viscéraux. The Good Fight se construit depuis ses premières heures en réaction aux années Trump, au retour à un racisme à visage découvert, à un sexisme sans commune mesure et à une perte totale des valeurs de solidarité, d’égalité et d’inclusivité. Mais nous sommes en 2021 et l’Amérique, tout comme la série, a perdu son grand méchant, Donald Trump. Comment rester pertinente quand tu as enfin vaincu ce pour quoi tu te battais ?

La série ne tarde pas à nous prouver qu’elle en a encore dans son sac. Joe Biden a été élu, mais le soupir de soulagement est de courte durée. La pandémie est passée par là et a redirigé toutes nos inquiétudes et nos priorités. Ainsi, le premier épisode de la saison, sous forme d’un Previously On d’une heure, utilise sa forme audacieuse pour résumer cette année si particulière et le chemin parcouru par les personnages. Les départs de Lucca (Cush Jumbo) et Boseman (Delroy Lindo), pourtant précipités, sont englobés dans la volonté d’une nouvelle perspective au sortir du confinement, deux personnages percutés par le Covid et ce que la société (notamment le meurtre de Georges Floyd) a subi en 2020.

Ensuite, les King nous emmènent à un autre point de bascule : l’insurrection du Capitole du 6 janvier. Si Trump est parti, il emporte avec lui toute l’Amérique et ses valeurs, une partie du pays étant prête à faire trembler les fondements de la démocratie. Par le regard de Diane (Christine Baranski) et toute une storyline impliquant son mari Kurt (Gary Cole), la série explore les répercussions politiques — mais aussi intimes — d’une scission provoquée par un seul homme dont la défaite ne signe pourtant pas la fin des idées qu’il porte. Le monde devient de plus en plus complexe, oui, et embarque avec lui le reste de sens moral qu’il pouvait avoir.

L’énième remise en question des name partners au cabinet se construit dans ce sens. Alors que Boseman est parti, une crise de leadership revient au centre, forçant Liz (Audra McDonald) à remettre en cause son partenariat avec Diane. Certains veulent retourner à une firme exclusivement afro-américaine alors que Diane souhaite une coalition féminine. Cette intrigue soulève alors une problématique extrêmement intéressante et brillamment exécutée : y a-t-il une échelle des valeurs dans l’oppression et son combat, son militantisme ? Est-ce que la solidarité, l’intersectionnalité est conditionnée à toujours s’effacer devant plus opprimé que soi ?

Diane est une femme qui se bat pour les femmes mais une femme blanche et cela dérange certains associés, la voyant comme l’ennemi. Ce qui est soulevé ici est une conséquence de la société patriarcale et blanche qui a mis l’oppression et la division dans son ADN, poussant les minorités à se battre, parfois entre eux-même. La scène avec Ruth Bader Ginsburg, dialogue absurde n’en fait pas moins ressortir toute l’histoire que Diane porte, sans nier celle que Liz veut brandir. Mais comment concilier tous les combats ?

Des systèmes, il s’en crée de nouveaux après une période si troublée que la présidence Trump, celle qui a le plus malmené le sens de la justice et la justice elle-même. De fait, les King traduisent cela par la création d’un nouveau tribunal alternatif par le juge Wackner (Mandy Patinkin). Derrière un magasin de photocopies, cet homme s’auto-proclame juge et règle les problèmes selon son propre système, fait de ruses pour faire tomber les préjugés et les masques (parfois en les mettant) et de jugements au seul critère de ce qui est juste. Par l’absurde (au sens philosophique presque) de cette intrigue, les scénaristes questionnent une justice sclérosée par le pouvoir et le rôle des avocats là-dedans, une société tellement construite par l’image qu’elle ne peut juger sans, la notion de justice par le peuple et ses dérives. Il y a même un constat amer derrière cela au fur et à mesure de la saison et de la dérive de Wackner : la justice est une notion subjective et le système est là pour préserver des dérives même s’il en crée de nouvelles. Le peuple ne peut pas avoir la justice en main, mais ne peut non plus s’y substituer. D’ailleurs, tout le monde suit les règles des différents tribunaux, voyant bien qu’il faut se prêter au jeu pour le changer.

Il est bien clair que la question au centre de cette saison de The Good Fight est que, après quatre années de Trump, qu’est-ce que la justice ? Est-ce une parodie dirigée par des gouvernements ou des systèmes incluant les avocats et une logique capitaliste misérablement liée au patriarcat ou un idéal du peuple pour le peuple qui n’a de beauté que l’idée, incapable de surmonter ses dissensions ? Au milieu se trouve nos héroïnes et héros, englués autant dans leurs idéaux que dans le jeu qu’ils ont accepté de jouer.

Après un final à couper le souffle (littéralement, une course contre la montre implacable), The Good Fight tire sa cinquième révérence avec une estime encore plus haute de ma part. Elle sait balancer tous les sujets qu’elle veut traiter pour finir dans une explosion finale montrant que la folie ne s’est pas arrêtée avec 2020 mais a juste revêtu encore plus de costumes.

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