Generation Kill : La Guerre de David Simon

Bilan de la mini-série

L’histoire de Marines au cœur de la guerre en Iraq…

Minisérie HBO de l’été, nous avions 7 épisodes pour nous plonger dans la réalité de la guerre en Irak, avec les marines de First Recon, soit le haut du panier de l’armée américaine. Tiré du livre d’Evan Wright, journaliste aussi à Rolling Stones, c’était donc une immersion totale que l’on attendait.

Dès les débuts, une évidence : Generation Kill n’est pas une œuvre facile à aborder. Beaucoup de protagonistes, des difficultés à reconnaître tout le monde, l’uniforme militaire ayant sa part de responsabilité dans ce fait, et autant de problèmes à cerner la mission des hommes que l’on va suivre. Je suis arrivée les mains dans les poches devant le projet, connaissant quelques noms d’acteurs, et quelques morceaux de bravoure des hommes que j’allais apprendre à connaître, racontés par Fabien, qui a lu le livre. Notre vision de la série sera donc différente, et beaucoup de discussions auront eu lieu durant la diffusion autour de cela, sur ce que moi j’ai perçu et mes attentes, différentes des siennes. Difficile d’être déçu par une scène d’action de trop courte durée quand on ne sait pas que dans la vraie vie, ils ont failli y passer. Mais d’un autre côté, il était plus facile pour lui de savoir qui était qui, les rôles et les places de chacun, ainsi que le jargon technique, tout étant explicité dans l’ouvrage.

Mon premier reproche sera le manque de place offert à Evan Wright, incarné ici par Lee Tegersen, bien connu des téléspectateurs de HBO. Le journaliste est comme nous, il débarque, il ne connaît quasi rien, et il va découvrir. Il a suivi forcément un entrainement, mais il ne connaît personne et il est là pour découvrir, vivre, faire ressortir une image réaliste de ce qu’est réellement la vie là bas pour les soldats américains. Seulement voilà, Wright se balade, il voit du monde, mais nous, on ne le voit quasiment jamais. Nous sommes omniscient, témoin de scènes dont parfois, surtout dans les débuts, il nous manque quelques mots de vocabulaire. Alors que dans l’ouvrage, Wright présente tout au lecteur, nous, on doit se débrouiller comme des grands. En plus de gâcher un peu le talent de l’acteur, qui méritait mieux que de faire beau dans le paysage, cette décision rend l’approche plus épineuse.

Certains membres de la First Recon seront vite identifiables. De Colbert à Pearson, en passant par Fick, Espera ou Reyes (ce dernier étant d’ailleurs joué par Reyes himself), on va vite découvrir certains visages et caractères. Ce sera bien plus difficile pour d’autres, que l’on croise régulièrement, ou qui sont toujours présent, mais dont le taux de parole limité nous empêche de toujours réussir à retenir qui ils sont, et ce qu’ils font. Ainsi, pour certains hommes, présent depuis le début, on ne réalise vraiment leur rôle que quand ils prennent un peu d’importance.

Tout ce beau monde respecte une hiérarchie dont l’autorité principale est incarnée par Godfather, sur le terrain. Personnellement, entre l’envie de le faire taire ou de dormir, il m’aura achevée avant la fin du visionnage, ne pouvant quasiment plus supporter de l’entendre.

L’autorité est d’ailleurs ce qui sera le plus critiqué au cours de la mini-série. Dès le début, les choses sont claires : nos hommes sont intelligents. Ils ont leur personnalité, certes, mais ce ne sont pas des débutants, ils sont là pour faire la guerre, ils obéissent aux ordres, c’est leur travail. Seulement, il ne sera pas rare que les ordres de leur supérieur soit incohérenst, stupides, juste à remettre en cause. Ils sont ceux sur le terrain, mais ce ne sont pas eux qui décident. La série se fera bien trop répétitive sur cet aspect. Les premières fois sont instructives, mais l’insistance rend le propos lassant, et on aussi par se dire que c’est même parfois exagéré. A cause de cela, on a le sentiment qu’on passe à côté de quelque chose.

Ce quelque chose se trouve être : la vie sur le terrain. Generation Kill offre une vision assez rafraichissante de la guerre – même si le terme est mal choisi, je l’accorde – dans le fait que ce que l’on voit, ce n’est pas comme d’habitude. Le réalisme est là, c’est une guerre qui se déroule de nos jours, nous évoluons dans une armée moderne, dans un pays avec ces coutumes et croyances, dans un monde du XXIe siècle. Cette guerre n’est pas si courante. Qui plus est, nous sommes avec de vrais professionnels, des hommes qui ne sont pas là pour nous dire que la guerre c’est mal, non, la guerre, c’est leur travail. C’est donc assez différent, et ce qui est le plus critiqué est l’exploitation de la guerre, plus que cette dernière elle-même. Il n’y a aucun problème à tuer des soldats, beaucoup plus à tuer des civils. Malheureusement, cela aurait pu être développé. Comme tout ce qui va avec. Quelle est exactement leur condition de vie ? L’état de leurs vivres ? Depuis combien de temps ne se sont-ils pas lavés ? Il y a des moments où ils entrent en conflit entre eux, et l’on se dit que ce type de renseignements serait plus que nécessaire pour comprendre leur psychologie. Ils passent de l’état de surexcité à celui d’un être ordinaire, tout dépend depuis combien de temps ils ont dormi, combien de cachets pour rester éveiller ils ont enfilé, mais cela, même si on le voit de loin, le temps nous file entre les mains, et tout n’est pas limpide.

Comment sont-ils ravitaillés ? En eau, en nourriture, en armement ? Ils ont toujours l’air d’avoir des balles, par contre, ils passent à une ration par jour, et on ne sait rien de plus. Ces aspects-là auraient pu nous aider à comprendre beaucoup de choses, et sont souvent passés à la trappe. Pourtant dans une série qui s’offre la classe de ne pas aboutir à un plaidoyer contre la guerre (seulement une grosse critique des commandants de l’armée), elle aurait pu s’offrir le luxe de plonger le spectateur dans le monde des soldats, de faire comprendre leur vie, les difficultés, tout autant que les facilités. On passe ici à côté d’un point essentiel.

Si Generation Kill montre sur la durée des répétitions dans ses idées, elle n’en a pas sur le plan technique. Et là,  ce n’est pas vraiment la peine de s’y arrêter, car tout est impeccablement maitrisé, que ce soit l’image, la réalisation ou l’ambiance sonore, tout nous plonge dans l’existence des soldats. Pas de musique, des bruits de balles, quelques explosions, les pas sur le sol. On regrettera un peu le manque de scènes d’actions, qui sont à couper le souffle, en particulier celle de nuit.

Si j’ai quelque peu insisté sur les défauts de la mini-série, c’est surtout, comme je viens de le démontrer avec le court précédent paragraphe qu’il est difficile de critiquer le reste. À partir du moment où c’est réussi, Generation Kill ne fait pas de faux pas. Quelques dialogues sont poussifs, mais qu’est ce que cela est quand 95% sont justes, réalistes et honnêtes ? Tous les acteurs sont excellents, et si quelques-uns font preuve de plus de charisme que certains, cela ne change rien au fait qu’il n’y en a pas un qui n’a pas sa place. Ils sont tous impeccables. On file donc avec ce beau monde vers Bagdad, on attend les ordres, sachant forcément au bout d’un moment qu’ils vont changer. On suit et on découvre la vie de ces soldats sur un sol inconnu, sur une guerre dont on ne savait définitivement rien. Loin des idées reçues sur l’armée et ses hommes, sur le combat et la vie en Irak, Generation Kill tente d’offrir au spectateur une retranscription de l’expérience d’Evan Wright, avec intégrité et honnêteté. On ne tait pas les erreurs, ni les moments de bravoures ou de faiblesses, il s’agit de montrer la guerre telle qu’elle est. Qu’importe qu’on l’accepte ou non, elle est là. Et ils sont ceux qui sont là-bas.

 

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